Quelles perspectives pour cette gauche française saisie du remord du pouvoir dans l’urgence de sa refondation systémique et d’ensemble ? par Xavier Dumoulin

Créé par le 11 mai 2020 | Dans : a0-blog citoyen, socialiste et républicain par temps de coronavirus, a2-Blog-notes politique de XD

 

Quelles perspectives pour cette gauche française saisie du remord du pouvoir dans l’urgence de sa refondation systémique et d’ensemble ? P1030266

Crédits photographiques du blog citoyen, socialiste et républicain Statues dans la rue à  La Havane

 

« Nous croyons à la force de nos idées … il faut rebattre le jeu, redistribuer les cartes et nous faisons confiance en nos idées pour – dans un cadre plus vaste – progresser, s’affirmer, devenir majoritaire. Donc, c’est un calcul stratégique qui fait fond sur l’analyse que nous faisons de la crise de la mondialisation, qui fait fond aussi sur les espaces qu’elle ouvre à une gauche digne de ce nom ! »  Extrait d’un entretien avec Jean-Pierre Chevènement pour le blog citoyen, socialiste et républicain en 2008

« La vraie question s’est d’abord d’être au clair… pour construire ensemble une nouvelle dynamique… Moi, je plaide pour qu’on crée une université populaire et permanente de la gauche avec toutes les forces intellectuelles de gauche de ce pays pour qu’on se confronte, qu’on aille au bout des discussions pour savoir ce qui nous fédère et ce qui nous divise. »  Extrait d’un entretien avec Marie Noëlle Lienemann pour le blog citoyen, socialiste et républicain en 2008

« Ce qui a constitué le progrès de l’humanité, c’est le fait que les gains en efficacité obtenus par la raison, par la technique, par la science, ont permis aux êtres humains d’avoir plus de mieux être et moins de  mal être tout en ayant plus de libertés, plus de temps libre, plus de temps disponible pour autre chose que le travail, que l’affrontement à la nature.»   Extrait d’un entretien avec Jacques Généreux pour le blog citoyen, socialiste et républicain en 2008

« Pour moi, le parti communiste français, c’est comme une nappe phréatique. Il a subi, certes, beaucoup de défaites. Le communisme a été trahi ! Horriblement trahi  par certains dans le monde. Mais la nappe phréatique du communisme français, elle est toujours vivante… Et lorsque certains abandonnent les mots communiste et révolutionnaire, je pense qu’il est important pour nous de les conserver. Mais bien sûr, de les faire vivre avec les temps d’aujourd’hui et les temps de demain… »   Extrait d’une table ronde avec Claude Cabanes et d’autres militants lors de la fête des Pins à Tarnos en 2008

« Donc ce qui est important, aujourd’hui (… ) c’est de travailler à une vraie refondation et à quelque chose qui sera mieux qu’un rebond. C’est à dire faire ce que les hommes du mouvement ouvrier tentent depuis toujours de réaliser – enfin plus exactement depuis l’industrialisation de la France, fin 18° et au 19°siècle quand les ouvriers sont arrivés dans les villes, les métropoles régionales… avec des salaires très bas, les enfants dans les usines… Mais malgré le massacre de la commune, grâce à tout ce qui va se produire sous la Troisième république, il y aura un changement profond. Et puis ce sera l’école publique, gratuite ! Ce sera bien entendu, le droit du travail qui avancera- ce sera plus long – et puis ce sera un pays qui deviendra profondément républicain – c’est à dire un peuple  souverain qui ne s’en laisse pas conter ! »  Extrait d’un entretien avec Georges Sarre pour le blog citoyen, socialiste et républicain en 2008

« Mais la gauche, elle existe ! Elle travaille ! Elle est là ! Ce n’est pas parce qu’elle a des représentants qui ne la représentent pas qu’elle n’existe plus ! Je vous assure qu’elle travaille et elle travaille bien ! Pas seulement en France, mais dans le monde entier… Croyez-moi, le mouvement, il est parti ! Il est irréversible ! La seule inquiétude, c’est de savoir où en sont les dégâts. Et s’il n’y a pas une situation irréversible dans les dégâts et dans le processus de la destruction de l’humanité. Actuellement, le régime, le système actuel, il est à bout de souffle. Cet argent qui a étouffé tout le monde, il s’étouffe lui-même aujourd’hui. Et il ne faut pas le laisser mourir tout seul. Il faut l’aider à mourir et le combattre mais la relève est là et croyez-moi, l’alternative elle est prête, elle est là ! »  Extrait d’un entretien avec Danielle Mitterrand pour le blog citoyen, socialiste et républicain en 2008

Synthèse de l’article dédié à Jean-Marie, citoyen accompli.

Douze ans après la crise financière, la période présente agit comme un révélateur et ouvre un regard nouveau sur un monde en proie au coronavirus. En France, les sous-capacités hospitalières en réanimation, l’absence de masques, de tests et de matériels médicaux jettent un trouble profond dans une opinion médiatisée et retournée qui retrouve les vertus des « premiers de corvée », soignants, caissières, livreurs, les plus exposés, dans une insécurité certaine en début de pandémie.

« C’est le kairos, le moment où il faut saisir le retournement idéologique » selon le politologue Rémi Lefebvre.

Les développements contenus dans l’article proposé ci-dessous bénéficient d’un éclairage concret au travers de l’authenticité de nos humbles engagements dans les courants socialistes et républicains, de l’exercice de nos responsabilités professionnelles au sein du service public de l’emploi et de la santé et, plus largement, de nos pratiques et questionnements éthiques et politiques de « citoyen ordinaire » et « spectateur engagé ».  On trouvera dans la rubrique « à propos du blog citoyen » nos éléments de présentation.

Sur les thèmes développés, nous assumons une posture idéologique apparentée à un « réformisme révolutionnaire » sans doute plus révolutionnaire que réformiste, même dans son acception traditionnelle, le terme étant à présent totalement dévoyé par les réformes néolibérales. Nous nous  interrogeons sur les perspectives d’une gauche à refonder pour donner sens à son retour aux responsabilités nationales et nous situons résolument dans une optique de changement complet de paradigme dans une visée de reconquête démocratique des souverainetés élémentaires et nécessaires à la vie intellectuelle, politique, économique et sociale de la nation, à commencer par la première de toutes, la souveraineté populaire. Ce mouvement n’a de réelles chances d’amorcer une révolution dans les modes de production de richesses au service d’une humanité réconciliée avec son environnement qu’à la condition de s’émanciper de la doxa néolibérale. L’audace de nos « pistes » programmatiques et projectives à court, moyen, voire très long terme (il ne s’agit pas, ici, dans ce mode libre, purement exploratoire que nous livrons en débat, du niveau de précision d’un programme électoral d’élaboration collective soumis aux électeurs : calendrier, financement, détail dans l’articulation des mesures, etc.,), vient ainsi à point pour secouer les réflexes pavloviens d’une gauche frileuse et repliée, idéologiquement défaite ou confuse, et qui « s’éclate » ainsi malgré tout.  Cette contribution citoyenne en croise des milliers d’autres aujourd’hui dans un débat public dé confiné, souvent informel et spontané, qui concerne citoyens, militants et traverse les formations associatives, syndicales et politiques. Les développements sont articulés autour des points et résumés suivants : Lire la suite »

Bella Ciao : Max Gallo raconté par sa femme

Créé par le 05 août 2017 | Dans : a-le quartier libre de XD, autres articles

Voir aussi Actes du colloque de la Fondation Res Publica : « Max Gallo, la fierté d’être français »

Les actes du colloque du 21 novembre 2017 sont disponibles en ligne sur le site de la Fondation Res Publica.

lBella Ciao

« Et voilà qu’à mon tour, je sacrifie à la mode de l’egocentrisme. Je ne vaux pas mieux que mes congénères, pire, je suis peut-être pire qu’eux puisque j’entreprends d’écrire sur moi, sur Max, enfin sur nous, sur notre désarroi. Je ne me pose pas la question de savoir si l’épreuve que nous traversons mérite d’intéresser quiconque. Écrire m’apparaît comme le seul moyen de résister, résister à ma manière, non pas à l’invasion des Allemands, mais à la maladie de l’homme que j’aime, un homme qui n’est plus celui que j’ai aimé. Moi non plus, je ne suis plus celle qu’il a aimée. J’ai pris conscience, il y a bien longtemps, qu’il existait plusieurs versions de soi-même. » 

Le rapport à la maladie de Parkinson, la vie de couple perturbée dans une relation d’amour qui n’endigue pas l’épuisement, générant parfois la colère, sont évoqués dans une totale sincérité et laissent place à l’interrogation sur la nature humaine.

Dès les premières pages de son récit de vie avec Max, Marielle soulève la question de la dualité de l’être – « il existe plusieurs versions de soi-même » qui peuvent être « concomitantes » – dans « une multiplicité de temps individuels, superposés mais discordants ». Tout est rassemblé en quelques phrases. Mais au fond cette problématique n’est elle pas beaucoup plus large?

La maladie exacerbe à l’évidence ce difficile rapport à l’Autre. Elle ne saurait résumer les contradictions de l’existence. Marielle évoque sa vie compliquée avec ses trois enfants issus de trois pères, constat d’une vraie difficulté dans la vie de couple. Avec cette situation rocambolesque des retrouvailles des époux Gallo dans la garçonnière de Max pour s’adonner aux jeux de l’amour, loin des risques de promiscuité avec leurs enfants respectifs qui pourraient faire irruption dans la chambre d’amour quand Julien, le fils de Max déjà trentenaire au moment de l’écriture du roman, avait fait élection de domicile chez son père, Max refusant la recomposition parentale sous un même toit.

Ses moments de tendres complicités, Marielle en parle avec pudeur et drôlerie évoquant  quand même ses tenues affriolantes et ses talons aiguilles avec sa garde robe, précieusement rangés dans leur nid d’amour. Lire la suite »

« Être libre en politique, c’est avoir l’intelligence de son temps » Tribune de Jean-Pierre Chevènement pour l’hebdomadaire « Le Point », parue le 2 mars 2021

Créé par le 20 mar 2021 | Dans : Articles de fond, Blog du Che

« Être libre en politique, c’est avoir l’intelligence de son temps »

Tribune pour l’hebdomadaire « Le Point », parue le 2 mars 2021

Être libre en politique, c’est d’abord savoir « où on habite. » Tel se vit comme « citoyen du monde. » Je me vois, quant à moi, comme citoyen français. Partout chez lui, le premier n’habite nulle part. Je m’inscris pour ma part dans une Histoire, celle de la nation française. Cette appartenance à la France ne m’empêche pas d’appartenir à l’humanité. Au contraire, elle me le permet : c’est à travers la France que je peux prendre mes responsabilités vis-à-vis du monde. Aussitôt entends-je s’élever un cri : « Et l’Europe ? Que faites-vous, là-dedans, de l’Europe ? » Certes, la France fait partie de la grande famille des nations européennes. Mais bien que la construction européenne ait été proposée – par la France justement – comme le moyen de surmonter l’antagonisme franco-allemand, au lendemain des deux guerres mondiales, je sais que le sentiment d’appartenance à l’Europe est encore loin d’atteindre chez les différents peuples européens, la force du sentiment d’appartenance nationale. Or c’est celui-ci qui permet l’exercice de la démocratie, c’est-à-dire l’acceptation provisoire par une minorité du fait majoritaire. À l’ignorer, l’Union européenne s’exposerait à de graves mécomptes. La construction de l’Europe est utile et même nécessaire dans un monde que domine de plus en plus la rivalité des États-Unis et de la Chine, mais la construction de ce « tiers acteur » ne peut se faire que d’une manière très pragmatique. Elle s’effectue dans la réalité de façon quelque peu désordonnée, selon une règle assez éloignée de la démocratie, proche du « consensus implicite ». Lire la suite »

Le souverainisme peut-il être un programme de gauche ? À retrouver dans l’émission LE TEMPS DU DÉBAT par Emmanuel Laurentin sur France Culture

Créé par le 12 mar 2021 | Dans : Non classé

Le souverainisme peut-il être un programme de gauche ?

https://www.franceculture.fr/emissions/le-temps-du-debat/le-temps-du-debat-emission-du-jeudi-11-mars-2021

A l’occasion de la sortie en kiosque du nouveau numéro de la revue de France Culture, «  Papiers » dont le dossier central se demande « par où est la gauche ? ». Soixante-trois personnalités répondent à cette question, de Bertrand Badie à Daniele Linhart, d’Olivier Besancenot à Claire Nouvian ou d’Aude Lancelin à Thomas Piketty.

Il nous a semblé qu’une des questions importantes qui structurait la gauche ces derniers temps concernait la souveraineté, sanitaire, alimentaire ou bien énergétique. Une question pas si nouvelle, puisque le Parti communiste de Georges Marchais fut à la fois internationaliste et héraut d’une certaine souveraineté nationale. Puisque le chevenementisme a participé à développer cette idée de souveraineté à gauche. Mais est-ce la crise que nous connaissons qui motive le retour de cette idée ? 

Entretien à Sud Ouest : « J’aurais pu démissionner mille fois »

Créé par le 02 jan 2021 | Dans : Blog du Che

Entretien de Jean-Pierre Chevènement au journal « Sud Ouest », propos retranscrits par Bruno Dive, dimanche 27 décembre 2020.


Entretien à Sud Ouest : "J'aurais pu démissionner mille fois"
  • Sud Ouest : Quand on regarde votre parcours, on se dit que vous auriez pu être gaulliste. Pourquoi, dans les années 1960, rejoignez-vous la vieille SFIO plutôt que de soutenir le Général ?Jean-Pierre Chevènement : Parce qu’il était difficile pour moi, jeune boursier issu d’une famille d’instituteurs socialistes, de franchir le pas et de faire carrière avec les barons du gaullisme de l’époque. Je voulais plutôt remettre la Ve République sur des bases de gauche, lui donner une base sociale sans remettre en cause ni les institutions ni la politique extérieure d’indépendance nationale, ni la dissuasion. Et cette première partie du programme, je l’ai réalisée à travers François Mitterrand qui, quoi qu’on puisse dire, a maintenu la Ve République.

 

  • Sud Ouest : François Mitterrand vous dit, en 1973 : « Le pouvoir, c’est la noblesse de la politique. » N’est-ce pas, au fond, la principale divergence que vous ayez eue avec lui, vous qui avez démissionné trois fois du gouvernement ?Jean-Pierre Chevènement : Ce n’était pas une divergence, car moi aussi je voulais venir au pouvoir. J’avais répondu à Mitterrand que « le pouvoir pour le pouvoir n’est pas une perspective ». J’ai beaucoup appris avec Mitterrand. Il a inscrit le PS comme parti de gouvernement dans les institutions de la Ve République. C’était un magnifique cadeau, si l’on considère que le pouvoir est en soi un bien. Mais si l’on n’en fait pas un bon usage, cela peut se retourner. C’est ce qui est arrivé au Parti socialiste : à force de vouloir déborder la droite sur sa droite, en inventant le « social libéralisme » il a fini par perdre son électorat populaire et les élections.
  • Sud Ouest : N’est-ce pas le problème principal du PS et le vôtre : assumer la culture de gouvernement ?Jean-Pierre Chevènement : Quand j’arrive au ministère de l’Éducation, en 1984, et que je mets fin à la querelle scolaire, j’assume une culture de gouvernement. Quand, au ministère de l’Intérieur, en 1997, je fais prendre au PS un tournant marqué pour le rallier à une culture de sécurité, je fais aussi oeuvre de gouvernement. Et quand, en 1991, je refuse la guerre du Golfe, je regrette de ne pas être écouté, parce que la culture de gouvernement, ce n’était pas d’ouvrir la voie à Al Qaïda et à Daech. Je pense donc qu’on peut être de gauche et avoir une culture de gouvernement. Je suis un homme politique réaliste !
  • Sud Ouest : En 1983, vous démissionnez une première fois du gouvernement…Jean-Pierre Chevènement : J’étais ministre de l’Industrie et je ne pouvais même pas donner quelques directives aux dirigeants des grandes entreprises que la gauche venait de nationaliser. J’ai été fusillé dans le dos. Pour moi, c’est la désindustrialisation de la France qui se profile à l’horizon. Le tournant de 1983 tel que je l’analyse, Mitterrand ne l’avait pas vraiment voulu. Il voulait même sortir du Système monétaire européen. L’homme qui a présidé au ralliement du PS au néolibéralisme, c’est Jacques Delors, remarqué par le chancelier Kohl, qui le pressent en 1984 pour devenir président de la Commission européenne. Mitterrand se laisse faire et Delors passe un accord avec le commissaire britannique, Lord Cockfield, l’oeil de Madame Thatcher à Bruxelles, auquel il confie le « livre blanc » sur le Marché unique, et qui prévoit en commission les directives de dérégulation qui, avec la libération des mouvements des capitaux, vont installer le néolibéralisme en Europe et dans le monde.
  • Sud Ouest : Espérez-vous alors que la gauche va revenir un jour à votre ligne ?Jean-Pierre Chevènement : Pendant dix ans, j’ai espéré qu’on redresserait le cours des choses. Je pensais que la gauche ne pourrait pas persister dans cette orientation suicidaire, qui l’a d’ailleurs conduite à l’état dans lequel elle se trouve aujourd’hui, coupée des couches populaires : fragmentée et impuissante. Mais elle a persisté sur une ligne qui a abouti à ce que Jérôme Fourquet appelle « l’archipelisation » de la société française. Cela remonte à ces choix fondateurs de 1983, puis à l’Acte unique de 1986. Quand j’ai lu le Traité de Maastricht en 1991, j’ai enfin compris que l’on tournait définitivement le dos aux engagements de 1981.
  • Sud Ouest : Pourtant, un peu plus d’un an après, vous revenez au gouvernement, cette fois comme ministre de l’Éducation. Et quand on regarde la politique que vous menez, on se dit que Jean-Michel Blanquer est votre digne héritier ?Jean-Pierre Chevènement : Il est certainement le ministre de l’Éducation nationale dont je me sens le plus proche depuis que j’ai quitté la rue de Grenelle. Nous aurons mené le même combat contre le « pédagogisme » ou pour la formation solide des professeurs. J’avais défini, en arrivant, la stratégie du « détour républicain » : donner à ce ministère une perspective qui est la modernisation de la société française, mais aussi la formation du citoyen. On a réintroduit l’éducation civique, on fait chanter la Marseillaise, toutes choses qui faisaient rigoler à gauche à l’époque. J’ai réécrit moi-même les programmes de l’école élémentaire, avec une idée simple : savoir écrire, lire, compter, connaître l’histoire et la géographie de la France.
  • Sud Ouest : Devenu ministre de l’Intérieur en 1997, vous parlez des « sauvageons ». Aujourd’hui, Gérald Darmanin dénonce « l’ensauvagement » de la société…Jean-Pierre Chevènement : Un sauvageon, c’est un arbre non greffé. Cela joint le défaut de l’éducation. Ce n’est pas un sauvage ! Ensauvagement renvoie à sauvage, mais ça ne veut pas dire que Darmanin ait tort, car il existe effectivement des comportements empreints de sauvagerie. Ce qui est idiot, ce que le mot sauvage renvoie aussitôt à la figure de l’immigré. C’est grotesque ! Antirépublicain !
  • Sud Ouest : Et vous organisez, non pas le Beauvau de la sécurité, mais le colloque de Villepinte, qui marque un tournant de la gauche sur ce sujet.Jean-Pierre Chevènement : J’avais l’espoir de ramener Jospin sur une ligne plus républicaine. Mais j’ai bien vu qu’il y avait des forces puissantes pour peser dans l’autre sens. Je lui ai proposé une loi de programmation sur la police, des centres éducatifs fermés qu’il m’a refusés, d’autres mesures auxquelles s’est opposée Élisabeth Guigou, qui a fini par emporter le morceau.
  • Sud Ouest : Déjà, à l’époque, ce clivage entre deux gauches… Aujourd’hui, parleriez-vous, comme Manuel Valls, de deux gauches irréconciliables ?Jean-Pierre Chevènement : Aujourd’hui, quand on parle de deux gauches irréconciliables, c’est plutôt sur la laïcité. De soi-disant laïcs, qui se prétendent « ouverts », n’ont en réalité jamais admis la prohibition des signes religieux dans l’espace public. Mais je ne fais pas de la laïcité un sport de combat. La laïcité n’est pas dirigée contre la religion, ce n’est pas l’athéisme, c’est la neutralité de l’État et l’idée qu’il y a deux espaces : l’espace religieux, celui de la transcendance, et l’espace public, délivré des dogmes, où les citoyens se mettent d’accord à la lumière d’arguments raisonnés.
  • Sud Ouest : Est-ce que vous vous reconnaissez dans l’expression « islamo-gauchiste », qui a été inventée par un de vos proches, le philosophe Pierre-André Taguieff ?Jean-Pierre Chevènement : Je suis toujours proche de lui, mais je n’utilise pas cette expression parce qu’elle prête à trop de confusion. C’est plus compliqué : des gens sont venus de la religion à la politique ; même au CERES, il y avait des gens qui venaient de « Témoignage chrétien ». Il y a en revanche un sujet : des gens voudraient importer en France le communautarisme à l’anglo-saxonne. Curieusement, ce sont ceux qui fournissent les rangs décolonialistes, « racisés », racialistes. Tout cela relève d’une idéologie totalement antirépublicaine. C’est un renversement des valeurs. Il faut les combattre.
  • Sud Ouest : Toute la gauche n’y est pas prête…Jean-Pierre Chevènement : Toute la gauche n’a pas la culture historique qui lui permettrait de mettre de l’ordre dans ses idées. C’est aussi ce qui se passe à la République en Marche, où règne une certaine confusion entre des gens bien orientés et d’autres qui céderaient volontiers à cette philosophie communautariste ou différentialiste. Il faudrait que la République en Marche mette de l’ordre dans ses idées. Est-ce possible ? Cela incombera en dernier ressort à Emmanuel Macron.
  • Sud Ouest : Mais lui-même est-il au clair ?Jean-Pierre Chevènement : Il a progressé dans la bonne direction, si j’en juge par ses récents discours, notamment celui de la Sorbonne sur la laïcité et celui des Mureaux contre le séparatisme.
  • Sud Ouest : Et cette loi va dans le bon sens ?Jean-Pierre Chevènement : Globalement, oui. Mais il faudra se méfier des obstacles que le soi-disant « état de droit » voudra mettre à son application. Au fur et à mesure que monte l’islamisme et que se multiplient les attentats, on voit la jurisprudence corseter de plus en plus le pouvoir politique et l’empêcher d’agir efficacement dans des domaines tels que l’immigration, le droit d’asile, qui est abondamment détourné, la reconduite des étrangers à la frontière, qui est pratiquement impossible. Qu’est-ce qu’un droit qui ne peut pas s’appliquer ? Il faudrait pouvoir réviser la Constitution et revoir les traités.
  • Sud Ouest : En 1998, vous êtes victime d’un accident opératoire, vous restez plusieurs semaines dans le coma. Cet épisode vous a-t-il changé ? Amené à voir la vie autrement ?Jean-Pierre Chevènement : Cet épisode m’a donné le sentiment que je n’avais plus beaucoup d’années à vivre. Qu’il fallait donc aller plus vite, et face à une société française déjà fracturée, déjà désindustrialisée, déjà ghettoïsée. Ce sentiment d’urgence m’a conduit à préconiser auprès de Jospin une politique de fermeté.
  • Sud Ouest : Et vous démissionnez encore, cette fois à propos de la Corse. Ne vous êtes-vous jamais dit :  »c’est la troisième fois que je démissionne, je vais rester dans l’Histoire comme le ministre éternellement démissionnaire » ? C’est unique dans l’Histoire !Jean-Pierre Chevènement : Parfois, il faut faire des choses uniques (sourire). J’aurais pu démissionner mille fois ! À chaque fois, l’Histoire m’a malheureusement donné raison. En 2000, mon désaccord avec Jospin sur la Corse était flagrant : je ne me voyais pas expliquer à la tribune de l’Assemblée nationale qu’on allait donner un pouvoir législatif à l’assemblée de Corse et mettre les nationalistes corses au pouvoir sans que ceux-ci aient renoncé à la violence.
  • Sud Ouest : Dans votre campagne présidentielle de 2002, vous avez fait du Macron avant l’heure : réunir droite et gauche, faire « turbuler le système »…Jean-Pierre Chevènement : En effet j’anticipe sur le « dégagisme » qui frappe les candidats issus des partis dits « de gouvernement » en 2002 et plus encore en 2017. En 2002, je dis une chose assez différente de Macron : au-delà de la gauche et de la droite telle qu’elles sont devenues, il y a la République. Je définis une politique alternative, que Macron finira par concevoir dans le discours de 2020, où il déclare « dussé-je me réinventer » et parle de reconquérir notre indépendance agricole, industrielle, sanitaire, technologique…
  • Sud Ouest : Et aujourd’hui, c’est lui qui se réclame de vous…Jean-Pierre Chevènement : Emmanuel Macron a mis le système en turbulence. Il lui reste à se réinventer. Il a fixé la ligne : la reconquête de l’indépendance. Ne reste que les moyens ; ce sera le plus difficile.
  • Sud Ouest : Trouvez-vous qu’il s’en sort bien, ou qu’il déçoit ?Jean-Pierre Chevènement : Il montre une grande plasticité, il a quand même su changer de ligne sans trop le dire : « quoi qu’il en coûte », c’est une rupture avec la règle des 3 %, qui était le maître mot au début de son quinquennat.
  • Sud Ouest : Vous voyez-vous des héritiers ?Jean-Pierre Chevènement : À mon âge, j’aimerais tellement en avoir…

Entretien de Jean-Pierre Chevènement au site « Le vent se lève », propos retranscrits par Catherine Malgouyres-Coffin, dimanche 22 novembre 2020.

Créé par le 28 nov 2020 | Dans : Blog du Che, Le Che

Entretien de Jean-Pierre Chevènement au site

  • LVSL : Qu’est-ce qui faisait la singularité du CERES ? Qui le composait ? Quels étaient son logiciel et son but politique ? Jean-Pierre Chevènement : Au retour de la guerre d’Algérie, les quelques fondateurs du CERES, il n’y en avait pas beaucoup, n’étaient pas vraiment satisfaits de l’offre politique qui s’offrait à eux. Nous étions des jeunes gens plutôt à gauche. Nous n’avions pas eu besoin d’être convaincus de l’indépendance de l’Algérie, nous y étions d’emblée favorables. Et en même temps, nous comprenions assez bien ce que voulait faire le Général de Gaulle sur le plan des institutions, de la politique étrangère et de la politique de défense. Nous pensions par ailleurs que la gauche devait être renouvelée. Lire la suite »

Mémoires de Jean-Pierre Chevènement, « Qui veut risquer sa vie la sauvera »

Créé par le 21 sept 2020 | Dans : Blog du Che, Le Che

Mémoires de Jean-Pierre Chevènement, "Qui veut risquer sa vie la sauvera"Les Mémoires de Jean-Pierre Chevènement, parution le 15 septembre 2020 (Editions Robert Laffont, 506 pages, 22 euros).

Image de prévisualisation YouTube

Mémoires de Jean-Pierre Chevènement,

« Jean-Pierre Chevènement nous fait entrer, pour la première fois, dans sa vie personnelle et familiale pour mieux nous raconter cinquante ans d’histoire française, d’engagements et de combats hors du commun. D’une enfance meurtrie dans la France occupée, il tirera l’énergie de paris successifs, mû par l’idée que celui « qui veut risquer sa vie la sauvera » (saint Matthieu). Il rencontre « l’Histoire en train de se faire » durant la guerre d’Algérie. À son retour, il entreprend avec une poignée de camarades de construire une autre offre politique à gauche, qui passe par la création du CERES, la rencontre avec François Mitterrand, le congrès socialiste d’Épinay, d’où s’élance une génération avide de « changer la vie ». Le « Che » nous raconte la conquête du pouvoir de 1971 à 1981 comme un véritable roman, où se mêlent audaces stratégiques et luttes opiniâtres. Multipliant savoureuses anecdotes et portraits sans concession, il démythifie la « deuxième gauche » et croque avec une douce ironie son leader, Michel Rocard. Il évoque Mitterrand à différents moments d’une relation de trente ans, où la complicité le dispute à l’affrontement. Il dépeint aussi les figures de Laurent Fabius et de Lionel Jospin, et rappelle le rôle injustement sous-estimé de Pierre Mauroy et de Jacques Delors qui surent dire « non » à Mitterrand. Éducation nationale, Défense, Intérieur : pendant près de dix ans, Chevènement donnera une colonne vertébrale à l’État. Quand viennent, en 1989-91, le grand retournement du monde et le triomphe planétaire du capitalisme financier, il ne renonce pas : non à la guerre du Golfe et au clash des civilisations ! non à Maastricht et à une Europe coupée des peuples ! Il éclaire les raisons toujours actuelles qui le conduisirent à mettre en pratique à trois reprises sa célèbre formule « Un ministre, ça ferme sa gueule. Si ça veut l’ouvrir, ça démissionne », contre la « parenthèse libérale » en 1983, contre la guerre du Golfe en 1991 et contre le démantèlement de l’État républicain en Corse en 2000. Bref, il nous explique comment nous en sommes arrivés là. Ce récit majeur passionnera tous ceux qui se demandent comment relever les défis d’aujourd’hui et de demain. Il permet aussi de mesurer la dimension exceptionnelle de l’homme d’État, son exigence morale et intellectuelle qui lui valent aujourd’hui respect et considération. »
 
Retrouvez la table des matières ci-après et :
– faites connaître du livre autour de vous en partageant cette page sur vos réseaux sociaux (Facebook, Twitter) avec les boutons prévus à cet effet
– commandez le livre (format papier ou numérique) sur les plate-formes d’achat (fnac, amazon) ou chez un libraire près de chez vous.

 

 
Préface

Première partie : Une jeunesse entre deux guerres
1 – Enfance d’une passion
2 – Apprentissages
3 – L’Algérie, engagement et tragédie

Deuxième partie : L’aventure de l’Union de la gauche
4 – Génération CERES
5 – D’Épinay au Programme commun : inventeurs de l’avenir ou faiseurs de roi ?

Troisième partie : La conquête du pouvoir
6 – Mai 1981, Mitterrand, Rocard et le CERES
7 – Belfort, citadelle républicaine

Quatrième partie : Ni périr ni trahir
8 – Recherche et Industrie : les ides de mars 1983
9 – De l’Éducation nationale à la Défense, le détour républicain

Cinquième partie : Le retournement du monde
10 – 1990, la grande rupture
11 – De la guerre du Golfe à Maastricht, l’effacement de la France

Sixième partie : À l’Intérieur, l’idée républicaine en action
12 – La parenthèse républicaine
13 – Un aller-retour au Val-de-Grâce
14 – Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée

Septième partie : D’une turbulence l’autre
15 – 2002, la recherche d’une alternative
16 – Résister
17 – Sagesse et, à nouveau, turbulence
18 – Pouvait-on faire autrement ?
19 – La crise du système

Conclusion : Puissance des idées

 

Chevenement.fr
12345...1148

Nouveau regard, nouvelle Ec... |
democratia |
Mers El-Kébir Franc-Tireur |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Les emprunts russes
| mouvement de soutien "waaxu...
| HYPERDEMOCRACY