Les hommes à cheval…

Posté par sr07 le 30 jan 2010 | Dans : a-le quartier libre de X D

” C'est parce que la route est longue qu'il vaut mieux seller son cheval de bon matin plutôt que de pourrir sur pied en attendant le soir. Car à trop attendre, l'espérance, elle aussi, pourrit toute seule.”

Régis Debray, préface aux ” Guerilleros à l'assaut du pouvoir - Les feux de l'Amérique Latine “, édit Martinsart, 1978

hpim2048.jpg Crédits photographiques du blog citoyen, socialiste et républicain

 ” Les hommes à cheval…

Au nord des Pyrénées, le capitalisme et l'industrie ont fait litière en quelques décennies des valeurs - cornéliennes ou stoïciennes - qui ont longtemps soutenu au sud, dans le creuset espagnol, ce modèle d'identification éthique qu'on appelle le caballero. Je ne sais pas ce qu'il en est advenu en Espagne même. Je sais seulement qu'un Fidel Castro, un Che Guevarra ou un Salvador Allende sont d'abord et avant tout des caballeros, je veux dire des hommes qui prennent au sérieux en parole et dans leur vie des vertus un peu surannées, dont le seul nom partout ailleurs n'inspire que le sourire : dignité, loyauté, noblesse… Le socialisme en Amérique Latine est à l'image des sociétés qu'il a ou aura pour tâche de transformer : greffé, par delà le pire du capitalisme, sur le meilleur de la féodalité. “

Régis Debray

A lire sur le blog citoyen, socialiste et républicain  la revue de presse dans la catégorie Amérique Latine

ou, sous la plume de XD, les articles référencés ci-dessous : 

Du temps de Fidel et de ses disciples

Che !

11 septembre, Chili au coeur ! ¡ Chile en el corazón !

Les dominants et les factieux contre une Bolivie terre d’émancipation

L’hommage fraternel des militants anonymes

La retraite du “comandante”

Cristina presidente ! Avec 43,55% des voix au premier tour selon le décompte de 75% des suffrages.

Los indios guaranies de “la tierra sin mal” : du mythe à la réalité

Los indios guaranies (suite)



Gramsci circule dans La Havane… en cédérom, par José Luis Acanda Gonzalez, professeur de philosophie à l’université de La Havane

Posté par sr07 le 16 jan 2010 | Dans : Amérique Latine, Articles de fond

Il arrive que des événements apparemment secondaires expriment des éléments essentiels d’une société ou d’une époque. C’est pourquoi je voudrais ici évoquer un événement passé quasiment inaperçu dans les médias cubains : la présentation et la distribution gratuite par l’Institut d’investigation culturelle Juan-Marinello, le 15 octobre, d’un cédérom contenant une édition critique des Cahiers de prison d’Antonio Gramsci et d’autres textes importants sur la vie et l’œuvre du grand théoricien communiste italien.

Qu’une institution, à l’heure où la circulation des idées est entravée par la dictature du copyright, offre un assemblage de textes importants et appelle à sa libre reproduction est déjà est en soi inhabituel. Mais le plus remarquable n’est pas le défi à la logique mercantile, ni même l’objet cédérom. «Gramsci à La Havane» pourrait n’être qu’un titre attirant pour ceux qui ignorent ceci : depuis 1997, l’Institut Juan-Marinello (alors sous la direction de Pablo Pacheco) ne cesse de faire connaître l’œuvre de ce penseur. Pour comprendre l’événement du 15 octobre, il faut l’interpréter dans le contexte de ces phénomènes les plus intéressants apparus depuis trois ans dans la société cubaine : l’influence réciproque entre un déploiement neuf et vigoureux de la société civile et le développement du débat sur les transformations à réaliser dans les structures du pays.

En juillet 2007, la direction politique la plus haute appelle la population à un débat sur les changements nécessaires. Des milliers de réunions eurent lieu dans les espaces traditionnels : organisations étudiantes et de voisinage, syndicats, etc. Mais l’exigence de débat déborda rapidement ces canaux pour se répandre dans d’autres, qui existaient déjà et qui devinrent plus importants. Ce mouvement conduisit à la création, depuis la base, de nouveaux lieux et formes d’expression. Le développement et la complexification de la société civile sautent désormais aux yeux. Parmi eux, l’Eglise catholique et certaines Eglises protestantes, avec leurs revues et centres culturels. Des institutions culturelles et de recherche organisent et - parfois - publient des débats. L’utilisation de l’Internet et des courriers électroniques est un élément important de puissance et de diffusion des opinions.

L’appareillage théorique de Gramsci permet de comprendre ce mouvement. La pensée néolibérale conçoit la société civile comme une sphère autonome, différente de la société politique. Dans le cas de Cuba, elle devient alors synonyme d’opposition à l’Etat. On l’identifie exclusivement à ce qui a été catalogué comme «dissidence». Gramsci a identifié la société civile à des espaces de socialisation politique, de transmission de codes et de valeurs, de formation des usages culturels et des règles de conduite. Il saisit la société civile dans sa compénétration profonde avec la société politique. Il relève ses contradictions internes. Il rejette la vision socialiste centrée sur l’Etat. Il affirme la nécessité du développement des formes de société civile permettant d’affronter l’hégémonie du capital ? Ces secteurs facilitent et exigent la socialisation du pouvoir. Sans leur développement, la révolution ne peut accéder à un plan supérieur.

Il arrive à Cuba quelque chose de cet ordre. Les contradictions de la société cubaine ne doivent pas nous surprendre. C’est le résultat nécessaire et enviable d’une révolution qui a prêché le développement culturel de sa population. Dans cette société, il existe des groupes qui souhaitent une restauration libérale ramenant le pays au passé d’avant 1959. Mais ce sont des groupes minoritaires. Ils ont peu d’influence sur une population viscéralement attachée aux politiques sociales qui, après un demi-siècle, sont un élément du sens commun politique cubain. L’intérêt vient d’autres groupes sociaux, différents les uns des autres, que ce soit par leurs formations ou par leurs intérêts, qui ont en commun deux choses : leur identification aux valeurs du socialisme et leur utilisation de l’Internet comme moyen d’expression. Les exemples sont nombreux : le cinéaste qui dénonce la censure de son œuvre ; l’acteur qui s’oppose à un éditorial paru dans un important journal national ; des écrivains et des artistes qui dénoncent les vieilles pratiques culturelles ; des économistes qui proposent des formes nouvelles de propriété en coopérative ; des communistes de base qui présentent des propositions de réforme pour développer le socialisme ; des sociologues et des psychologues qui analysent la question de la pauvreté à Cuba ; de jeunes publicistes qui organisent des débats sur des thèmes d’actualité. Ils utilisent tous les possibilités offertes par le cyberespace.

Ceux qui y voient un affaiblissement de la révolution se trompent. Mais il s’agit bien d’un défi à la tranquillité où fermentent bureaucrates et technocrates. Les acteurs de ces nouveaux espaces de débat permettent de construire ce que Gramsci appellerait un «consensus actif» - élément indispensable à la consolidation d’un projet socialiste. Le fait que Gramsci circule à La Havane n’est peut-être pas en soi une nouvelle, mais sa présence dans le cyberespace en est sans doute une : comme nouveauté, mais aussi comme espoir d’un peuple en un pari, celui qu’il fit de secouer le joug et l’aliénation du capitalisme.

Tribune libre dans Libé du 15/01/2010

L'intervention de Robert Fossaert - de Condorcet à Gramsci - reproduite en lien ci-dessous a été présentée au cours du colloque organisé par l'Ecole Française de Rome à l'occasion du Bicentenaire de la mort de Condorcet (1743-1794). Elle a été initialement publiée dans les Mélanges de l'Ecole Française de Rome (MEFRIM - Tome 108 - 1996 - 2).

http://www.macrosociologie.com/macrosociologie/Condorcet.html

Vingt thèses pour repartir du pied gauche

Posté par sr07 le 16 jan 2010 | Dans : Projet politique, Articles de fond

Par JACQUES JULLIARD Historien, journaliste

1. Nous vivons un nouvel âge du capitalisme. Après l’ère des managers, voici venue celle des actionnaires. Les détenteurs du capital, longtemps silencieux, ont mis au pas les gestionnaires, qui s’appuyaient sur leur expertise technique. Les seconds pouvaient avoir le sens de l’intérêt général ; ils s’accommodaient de certaines formes de régulation et négociaient avec les syndicats la répartition de la plus-value. Les actionnaires, au contraire, se désintéressent de l’objet même de leur investissement ; ils réclament des profits immédiats et énormes, jusqu’à 15% du capital investi. C’est pourquoi ce nouveau capitalisme consacre le triomphe de l’hyperlibéralisme. Il est de nature essentiellement financière et bancaire, le plus souvent déconnecté de l’économie réelle. Il est donc avant tout spéculatif. Il est à l’origine de la crise mondiale que nous traversons.

2. Ainsi le nouveau capitalisme a choisi de ressusciter son pouvoir de classe dans sa nudité. Il s’est installé à la faveur de l’effondrement des régimes communistes. Sans concurrence ni contestation, il a pu imposer ses exigences sans en craindre des conséquences politiques et sociales. Il a multiplié les licenciements spéculatifs, les délocalisations, sans redouter les réactions exclusivement défensives de la classe ouvrière. Il a éliminé toute concertation globale, tant avec l’Etat qu’avec les syndicats. Dans le domaine bancaire, il s’est lancé dans une fuite en avant sans précédent, multipliant les spéculations risquées et inventant des produits financiers dérivés sans contrepartie économique réelle. Sans égard pour les situations sociales souvent dramatiques qu’il suscitait, il a fait sauter le vernis de civilisation qui, depuis la Seconde Guerre mondiale, recouvrait le capitalisme évolué.

3. C’est à la faveur de la mondialisation de l’économie qu’un grand coup de force intellectuel et social a pu être exécuté sans coup férir. Le capitalisme financier a su tirer parti de l’ouverture des marchés émergents, mettre en concurrence les travailleurs à l’échelle internationale pour faire pression sur les salaires. Il s’est imposé comme la seule hyperpuissance à l’échelle planétaire, au détriment des Etats.

4. La déréglementation de la production, des marchés et des services, dont Ronald Reagan, Margaret Thatcher et George W. Bush ont été les agents les plus actifs, n’a pas tardé à produire ses effets néfastes, rendus visibles par la crise financière commencée en 2008. En dépit des vœux de l’opinion publique, des experts et d’une partie de la classe politique, le néocapitalisme continue de s’opposer victorieusement à tout retour de la réglementation. Les G7, G8, G20 en ont été pour leur frais. Jamais la domination du secteur financier sur le secteur industriel, et du secteur économique sur le secteur politique et diplomatique, ne s’était affirmée avec une telle arrogance, malgré le discrédit des acteurs.

5. Dans les grands pays industriels, la financiarisation de l’économie s’est accompagnée d’une désindustrialisation délibérée et de la destruction d’emplois par millions. Désormais, le plein-emploi n’est plus recherché comme un objet de l’activité économique ; le chômage est devenu structurel ; le néocapitalisme s’est reconstitué une armée industrielle de réserve.

6. Le néocapitalisme a retrouvé ses instincts prédateurs longtemps endormis dans la recherche de la paix sociale. Les dirigeants des grandes entreprises partagent désormais la mentalité des actionnaires. Il s’agit pour eux de se vendre le plus cher possible et d’accumuler en quelques années, parfois en quelques mois, des fortunes colossales. La rémunération des dirigeants, longtemps marginale dans le chiffre d’affaire des entreprises, est devenue un poste considérable. L’explosion des bonus, parachutes, primes, indemnités de toutes sortes a décuplé en une vingtaine d’années. Le continuum des rémunérations a fait place à une société de corps séparés et de privilèges, telle qu’elle existait en France à la fin de l’Ancien Régime.

7. Privés de toute perspective d’avenir, de tout projet positif, les syndicats se sont repliés sur une posture purement défensive de préservation de l’emploi et des rémunérations. Les grandes entreprises ont éliminé toute concertation globale et, dans le meilleur des cas, regardent les syndicats comme des auxiliaires utiles dans le maintien de l’ordre social. En perte de vitesse auprès de leurs adhérents, ceux-ci se trouvent marginalisés dans le nouvel ordre économique. Nous vivons un véritable réensauvagement des rapports sociaux.

8. L’Europe, qui, à cause des positions de ses deux nations de tête, l’Allemagne et la France, aurait dû jouer un rôle de contrepoids aux tendances hyperlibérales du capitalisme anglo-saxon, a failli complètement, au chapitre économique comme au chapitre politique. Conduite par des politiciens médiocres et sans vision, elle s’est faite l’instrument docile des tendances les plus dérégulatrices du capitalisme international. Cette véritable forfaiture explique le discrédit qui la frappe dans les classes populaires de tous les pays membres.

9. A l’échelon politique national, la deuxième gauche, qui s’était donné pour mission la modernisation économique et culturelle de la France, grâce à la participation de la société civile à la décision politique, représente une voie désormais dépassée. Elle reposait sur la notion de compromis social, c’est-à-dire la négociation entre les principaux partenaires économiques. Cette voie contractuelle a été délibérément bafouée par le néocapitalisme qui, assuré de la victoire, a préféré l’affrontement. C’est la fin de l’idéal d’une société policée, soucieuse d’affermir le lien social. Quelques-uns des membres les plus éminents de la deuxième gauche se sont fait les auxiliaires du pouvoir sarkozien : c’est dire l’étendue de leur renoncement et de leur faillite.

10. Le risque actuel, c’est un nouveau populisme. Le prolongement de la crise, désormais probable, notamment sous la forme du chômage, crée un trouble politique profond. A la différence de celle de 1929, où la faillite du libéralisme conduisait la droite à envisager des solutions fascistes et la gauche des solutions communistes, le monde politique est aujourd’hui muet. Il en va de même des intellectuels chez qui les droits de l’homme et l’écologie constituent des religions substitutives de salut. L’absence de solution politique favorise le développement de dérives psychologiques : l’envie, la haine de l’autre, le culte du chef, la recherche du bouc émissaire, le culte de l’opinion publique à l’état brut représentent autant de succédanés au vide politique béant de la période.

11. Les droits de l’homme ne sont pas une politique. Ils sont un problème ; non une solution. Ils sont une exigence nouvelle de la conscience internationale ; mais ils tardent à se concrétiser dans un mouvement politique cohérent. D’autant plus que l’alliance traditionnelle entre le libéralisme économique et le libéralisme politique est en train de se déliter. La Chine donne l’exemple inédit d’un grand marché libéral gouverné par une dictature politique intransigeante. La bataille pour les droits de l’homme est de tous les instants ; mais elle a besoin de s’inventer dans une politique internationale nouvelle.

12. L’écologie n’est pas une politique. Pour le système industriel, la défense de l’environnement n’est pas à l’échelle macroéconomique une solution à la crise et au chômage, mais une contrainte supplémentaire. Pas plus que l’informatique hier, elle ne saurait répondre aux problèmes posés par la financiarisation de l’économie et l’absence de régulation à l’échelle internationale. Elle tend à rendre plus coûteuse et plus difficile la relance économique nécessaire pour donner du pain et du travail aux habitants de la planète. L’écologie demeure bien entendu une préoccupation nécessaire ; une ardente obligation économique et sociale, non le prétexte à des opérations politiciennes.

13. La révolution n’est pas une politique. Aussi longtemps que le socialisme centralisé n’aura pas apporté la preuve qu’il pouvait changer le modèle de développement sans attenter aux libertés civiques, il restera inacceptable, et du reste inaccepté par les citoyens. Le piétinement des partis révolutionnaires, incapables de trouver une base de masse dans les milieux populaires, en fait l’expression de la mauvaise conscience, voire de la conscience mystifiée des nouvelles classes moyennes. Ils sont l’une des formes principales, insuffisamment soulignées, de la démobilisation de l’électorat de gauche. Face au néocapitalisme, le gauchisme ancien n’a strictement rien à dire.

14. Pour autant, l’antisarkozysme ne saurait être une solution. Le sarkozysme est un étrange corps mou et caoutchouteux. Elu sur une campagne hyperlibérale, Nicolas Sarkozy s’est retrouvé sur des positions dirigistes deux ans plus tard. Favorable à un rapprochement avec l’Angleterre, il a fini comme ses prédécesseurs par privilégier l’alliance avec l’Allemagne. «Américain» au temps de George W. Bush, il a fini par incarner les velléités de résistance européenne à l’hégémonie américaine. Son évolution actuelle, qui n’est pas sans rappeler le bonapartisme de Napoléon III, en fait une silhouette mouvante et une cible illusoire.

15. L’alliance exclusive avec le centre ne saurait être une solution. Le programme d’un regroupement centriste ne serait guère différent des pratiques politiques de Nicolas Sarkozy depuis le déclenchement de la crise économique : ce serait celui de l’aile éclairée du néocapitalisme, sans influence sur le cours des événements. Sa base sociale se révélerait vite des plus étroites. Sa cohérence ne résisterait pas à l’exercice du pouvoir. Pour autant, l’évolution d’une grande partie de l’électorat centriste doit être prise en compte. Pour des raisons politiques, sociales, mais aussi culturelles, il est en train de se détacher du principe jusqu’ici immuable de l’alliance à droite.

16. Pour les mêmes raisons, la gauche ne saurait être représentée, lors de l’élection présidentielle, par un représentant de l’establishment financier. L’élection d’un tel candidat, incapable d’établir un rapport de forces avec les représentants du milieu dont il serait issu, conduirait aux mêmes impasses et aux mêmes désillusions que l’alliance centriste. Le candidat de la gauche doit être porteur d’une solution alternative.

17. L’avenir est à un grand rassemblement populaire, ouvert à toutes les forces hostiles au néocapitalisme, du centrisme à l’extrême gauche, décidé à installer un nouveau rapport de forces au sein de la société. Au fur et à mesure que la crise développera ses effets, la nécessité d’un tel rassemblement s’imposera davantage. Elle ne pourra se réaliser uniquement à partir de combinaisons d’appareils ; c’est la société qui doit l’imposer à ceux-ci. La nature de ce rassemblement sera évidemment d’essence réformiste et se pensera au sein de l’économie de marché. L’avenir est à une social-démocratie de combat.

18. Le facteur déclenchant pourrait être la constitution d’un bloc syndical, doté d’un programme d’urgence, dont la CGT et la CFDT doivent prendre l’initiative. Les clivages syndicaux actuels sont des héritages de la guerre froide, que seule la tendance des appareils à se reproduire à l’identique continue d’imposer. A défaut d’une unité organique qui est l’objectif à moyen terme, un pacte d’unité d’action s’impose. Il ne devrait pas se limiter à des objectifs purement défensifs, mais ambitionner, comme à la Libération, une réforme en profondeur des structures financières et économiques du pays. Ce nouveau bloc devra envisager la coordination de son action à l’échelle internationale, et d’abord européenne.

19. Le premier objectif du rassemblement populaire doit être la maîtrise du crédit, au moyen de la nationalisation, au moins partielle, du système bancaire, qui est à la source de la crise actuelle. Telles qu’elles fonctionnent actuellement, la plupart des banques ont déserté leur mission essentielle, à savoir la collecte des capitaux au service de l’expansion économique, au profit d’activités purement spéculatives et nuisibles. Le but de la nationalisation est de ramener le système bancaire à sa fonction productive.

20. La destruction de toute forme de planification indicative et de toute politique industrielle, en un mot de toute espèce de régulation, est l’une des causes principales des dérives que nous connaissons aujourd’hui. La nécessité de rétablir une régulation économique respectueuse du marché est aujourd’hui comprise de tous. Seuls manquent pour le moment la volonté politique et les moyens de l’exercer. Il appartient à un rassemblement démocratique de les faire apparaître.

Dans Libé du 18/01/2010

Une évolution à rebours du service républicain de l’Education nationale, par Francis Daspe

Posté par sr07 le 09 jan 2010 | Dans : Education, Gouvernement, Front de gauche

Tribune & idées  Article paru le 8 janvier 2010 dans l'Humanité

Par Francis DASPE, président de
la Commission nationale Enseignement primaire et secondaire du Parti de Gauche (*)

La communication sarkozyste s’emploie à faire passer les différentes réformes gouvernementales comme des avancées indispensables à toute entreprise de modernisation et d’adaptation de notre pays. En dépit de ces manipulations de circonstance, les acteurs du mouvement social et les salariés ne se font pas abuser par ces discours dilatoires. Ils savent pertinemment qu’il s’agit de « contre-réformes » régressives, voire franchement réactionnaires au sens premier et plein du terme. Le secteur de l’enseignement illustre parfaitement ce qui traduit à la fois une imposture consternante et une dérive préoccupante. La connaissance du passé peut permettre de percevoir avec clarté le présent immédiat afin d’alerter nos concitoyens de cette réalité malheureusement sans équivoque. Quelques rappels historiques comparatifs sur les conditions d’organisation du corps des instituteurs en fournissent à cet égard un exemple édifiant. Cette organisation s’effectua principalement en s’émancipant, progressivement et non sans mal, de la tutelle de l’Église. Une étape véritablement déterminante est à retenir dans ce processus. À partir de 1854, le recteur d’académie nomma seul les instituteurs, les dégageant de la sorte du contrôle de l’Église et du « certificat de bonnes mœurs » que cette dernière délivrait.

On ne peut s’empêcher de rapprocher cette mesure du discours du Latran du président de
la République dans lequel il théorisait la supériorité intrinsèque du prêtre sur l’instituteur dans la transmission des valeurs, au motif qu’il manquera toujours au second « la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance ». C’était aussi dégager les instituteurs de l’ingérence des notables locaux par une mise à distance salutaire des intérêts privés et des agissements clientélistes dans le fonctionnement de l’école. Force est de constater que l’on se dirige aujourd’hui dans la direction inverse avec les projets d’autonomie qui voient le jour au travers de la mise en place des Epep (Établissements publics d’enseignement primaire) s’orientant vers un mode managérial ou avec la présidence des conseils d’administration des lycées confiée à des personnalités extérieures dites « qualifiées » (par exemple élus locaux ou chefs d’entreprise). Le prestige qui s’attacha aux instituteurs découla pour partie de la solide formation spécifique qui leur fut peu à peu accordée. Si les prémices datèrent de la loi Guizot de 1833 créant les Écoles normales, l’accélération décisive se produisit sous la 
IIIe République, sous laquelle l’acte d’enseigner devint un métier qui devait faire l’objet d’un apprentissage. La récente loi de recrutement et de formation des enseignants, connue sous le terme de « mastérisation », contrevient gravement à cette garantie élémentaire et à ce principe de bon sens en réduisant à la portion congrue le temps de formation, sous couvert d’économies budgétaires.
La IIIe République octroya également aux instituteurs un statut qui participa grandement à façonner leur image de « hussards noirs » de
la République.

En 1889, le corps des instituteurs intégra la fonction publique, portant à son terme le processus de sécularisation de l’institution scolaire. Cette fonctionnarisation représentait la condition sine qua non pour un exercice empreint de sérénité de leur métier. Depuis quelques années, nous assistons au contraire à une gigantesque entreprise de destitution de l’enseignant qui passe notamment par une volonté sourde de casser les statuts (les décrets de mai 1950 sont régulièrement dans le collimateur, que ce soit avec celui de Robien de 2006, le rapport Pochard de 2008 ou les versions successives de la réforme du lycée). Le recours de plus en plus systématique à des précaires (les fameux vacataires recrutés pour un contrat de droit privé de 200 heures, sous-payés pour être ensuite congédiés sans autre préavis) s’inscrit dans cette logique dévastatrice d’abaissement. Il est vrai que les libéraux ont fait du démantèlement de la « forteresse enseignante », une priorité.

La quasi-totalité des dernières dispositions ou intentions gouvernementales se situe résolument à rebours de l’évolution séculaire qui avait permis la structuration du service public de l’éducation nationale, institution de la République par excellence. Elles dessinent en creux un projet de société sans contestation possible rétrograde. Certes, nous ne sommes pas encore revenus au temps de Vichy qui décida de supprimer les Écoles normales considérées comme des foyers de sédition. Mais il convient d’affirmer avec autant de force qu’il existe davantage que de simples relents réactionnaires dans la politique éducative de l’actuelle majorité. Les remises en cause du droit de grève et la criminalisation de la contestation ne risquent-elles pas de donner des idées aux nostalgiques du serment d’allégeance que Vichy imposa aux enseignants ? Sans verser dans la dramatisation et l’anachronisme de mauvais aloi, contentons-nous de dire qu’il y a tout de même matière à s’alarmer.

(*) Secrétaire général de l’Agaureps-Prométhée (Association pour la Gauche républicaine et sociale – Prométhée). 



Nos voeux de combativité pour 2010

Posté par sr07 le 31 déc 2009 | Dans : a-le quartier libre de X D

Il y a des hommes qui luttent un jour et qui sont bons.
Il y en a d'autres qui luttent un an et qui sont meilleurs.
Il y en a qui luttent pendant des années et qui sont excellents.


Et il y a ceux qui luttent tout une vie: ceux-là sont indispensables.

(B. Brecht)

hpim2148.jpg Crédits photographiques du blog citoyen, socialiste et républicain avec l'accord des mères de la place de Mai

Lire les billets de X D en cliquant sur les catégories référencées ci-dessous

  • a-le quartier libre de X D
  • a1-Abc d’une critique de gauche. Le billet de X D
  • a2-Blog-notes politique de X D
  • a3-Civisme, citoyenneté et militance chez X D
  • a4-Le blog citoyen croque Sarkozy et sa politique
  • a5-Les entretiens du blog citoyen
  • a6-Les colères du dogue patriote
  • Au sein de chaque catégorie les billets de X D ont été redistribués selon leur chronologie

    Relire Jaurès en ce début d'année sur le blog citoyen, socialiste et républicain :

    Le courage selon Jaurès dans son “discours à la jeunesse” (extraits)

    L’actualité du Grand Jaurès 

    La culture en danger

    Posté par sr07 le 30 jan 2010 | Dans : Non classé

    Depuis l'appel national lancé de la Seine-Saint-Denis le 19 décembre par Claude Bartolone, Président du Conseil général et Député de la Seine-Saint-Denis, en présence de Jack Ralite, Sénateur de la Seine-Saint-Denis, vous êtes déjà 20450 à avoir rejoint ce mouvement de mobilisation nationale que nous sommes toutes et tous désireux de voir s'amplifier et s'étendre dans les semaines à venir.

    Un grand merci pour votre soutien et votre engagement !

    Parce que l'Art et la Culture sont au coeur de la vie sociale de notre pays, de son équilibre démocratique, de son identité et de son rayonnement.

    Parce que nous refusons la mise en faillite d'un système public et la remise en cause de 50 années de décentralisation culturelle.

    Nous vous invitons à relayer cette mobilisation le plus largement possible.

    Afin de mieux échanger avec vous et de vous informer de la suite des actions que nous envisageons de mettre en oeuvre, nous créons ce jour un site internet entièrement dédié à la menace qui pèse aujourd'hui sur la vie artistique et culturelle française.

    Ce nouveau site dédié est disponible dès maintenant à l'adresse suivante:

    http://www.lacultureendanger.fr

    Merci de relayer le plus largement cet appel.

    Les 8 décisions du sommet de l’ALBA pour Haïti

    Posté par sr07 le 27 jan 2010 | Dans : Amérique Latine

    http://www.larevolucionvive.org.ve/spip.php?article1338



    25.01.10. Caracas. La réunion des chanceliers des pays membres de l’ALBA a abouti à huit décisions de coopération concrète avec le peuple haïtien, avec pour axe central la santé.

    L’efficacité de cette coopération reposera sur une action à court, moyen et long terme, supervisée par une commission nommée à cette fin.

    Le plan a pour premier point le secteur de la santé, divisé en trois phases fondamentales.

    a) l’urgence, pour soigner les traumatismes et les pathologies directement produites par le tremblement de terre ;

    b) l’épidémiologie, pour traiter les conséquences dérivées de l’insalubrité, avec des services de base ;

    c) la réhabilitation.

    20 millions de dollars ont été engagés pour commencer ce travail.

    Second point : un appui financier à travers le Fond Humanitaire de l’ALBA pour Haïti, doté par les États membres dans le but de rassembler des Fonds des organisations politiques apportés de manière volontaire. Cela se développera via les collectes d’entreprises comme Pétroles du Venezuela (Pdvsa) et de l’entreprise CITGO. Pour cela le président Chávez a suggéré une première dotation de 100 millions de dollars.

    Troisième point, la continuation de l’appui énergétique à travers Petrocaribe. Le président vénézuélien a souligné l’annulation de la dette d’Haïti envers Petrocaribe. Il a également annoncé la création d’un plan spécial pour l’approvisionnement direct en combustible à travers les stations-service dans les endroits stratégiques.

    Elles seront orientées sous la forme d’aides gratuites pour les véhicules utilisés par les centres d’assistance humanitaire, hôpitaux et personnel de soutien, ainsi que l’aide directe à la population pour la génération d’électricité.

    Quatrième point : des initiatives agricoles seront développées pour la fourniture d’aliments et des plans de production seront réactivés tels qu’ils s’effectuaient auparavant dans le cadre de l’initiative ALBA-Aliments. Débutera une campagne de reforestation, pour laquelle seront construits de petites réserves d’eau, des citernes de captation, des puits artésiens avec des camions-perforeurs, des dons de semence et d’outils agricoles tels que des machettes seront effectués, ainsi que des microtracteurs, des pelles pour la construction, dans le but de construire une école de formation en agro écologie, initiative de la Brigade de la Vía Campesina du Brésil, présente en Haïti.

    L’éducation constitue le cinquième point : il s’agit de former les jeunes haïtiens à des carrières techniques de cycle court. Un plan prioritaire sera développé pour la réhabilitation et les fournitures scolaires, la formation de maîtres et la réception prioritaire d’enfants dont les parents migreraient vers des pays de l’ALBA dans des écoles de systèmes publics nationaux.

    Sixième point, le chef de l’État vénézuélien a souligné l’importance d’intensifier les plans de l’ALBA en décrétant l’amnistie migratoire aux fins de faciliter le mouvement dans les deux sens :

    a) Réception des familles dans les pays de l’ALBA.

    b) Création d’une brigade solidaire de coopération qui apportera une aide à travers les réseaux de haïtiens qui résident au Venezuela, environ 15000 personnes.

    Point sept, une étude détaillée sera faite avec des recommandations pour concentrer l’effort et refonder le développement humanitaire en Haití. A cette fin seront créés trois campements avec une capacité de loger jusqu’à 8 mille victimes à Port-au-Prince, Jacmel et Leogane, avec la logistique de l’entreprise pétrolière CITGO aux États-Unis (filiale de Pdvsa) pour acquérir les outils, les matériels spécialisés nécessaires à remettre en état les ports haïtiens. En ce sens CITGO a acheminé sur les lieux de la catastrophe 2 mille 500 transmetteurs de radio et des milliers de tentes de campagne.

    Le huitième point concerne la coopération en matière de sécurité, de transport et de logistique pour réunir les efforts et appuyer le peuple de manière efficace sur le plan humanitaire.

    Les représentants de l’ALBA ont souligné l’importance de ce que “les efforts pour reconstruire Haití devront veiller à ce que le peuple et le gouvernement de ce pays en soient les principaux protagonistes. Ils ont insisté sur le principe de souveraineté et d’intégrité territoriale“.

    Ils ont manifesté leur préoccupation au sujet de “la présence excessive de forces militaires étrangères en Haití, sans motifs qui le justifient et sans  que soient précisés leur autorité, leurs objectifs, leurs compétences  et la durée de leur séjour”.

    Les pays de l’ALBA rappellent que “l’instance la plus indiquée est le G-192, constitué par l’Organisation des Nations Unies (ONU), afin de garantir que nul ne profite de la terrible situation que vit Haïti pour entamer une nouvelle occupation qui viole la souveraineté de ce pays et pour que nulle entrave ou restriction d’aucune sorte ne soient mises aux pays qui souhaitent coopérer”.

    (FIN/ Rodicely Cárdenas Barillas)

    Traduction : Thierry Deronne, pour www.larevolucionvive.org.ve/



    Le chômage, banni des cours d’économie de seconde ?

    Posté par sr07 le 27 jan 2010 | Dans : Education

    Les nouveaux programmes, selon l'association des profs de SES, évacuent les questions de société, comme le pouvoir d'achat ou le chômage.

    Par MARIE PIQUEMAL dans Libé du 26/01/10

    Déjà, les professeurs de Sciences économiques et sociales (SES) sortaient perdants de la réforme du lycée, qui commence à se mettre en place à la rentrée 2010. Le volume horaire n'y est pas. L'option de trois heures hebdomadaires en classe de seconde disparaît. A la place, les élèves auront, au choix, une heure trente de SES ou de «Principes généraux de l'économie et de la gestion», une nouvelle matière.

    Deuxième nouvelle : les nouveaux programmes de l'option SES évacueraient purement et simplement la plupart des questions de société. Et en premier lieu, le chapitre consacré au chômage et aux problèmes liés à l'emploi. L'information, révélée par Rue89, n'a pas été confirmée par le ministère de l'Education qui insiste ce mardi soir : «Il est prématuré de parler des nouveaux programmes. Rien n'a été arrêté, nous en sommes encore à l'étape de la préparation.»

    «J'aimerais bien que ce soit vrai… Mais les nouveaux programmes ont déjà été transmis aux éditeurs», assure Sylvain David, président de l'association des professeurs de SES (Apses). Il fait partie du groupe d'experts qui a travaillé sur les nouveaux programmes, aux côtés notamment des économistes Philippe Martin et Christian de Boissieu. «On s'est réuni trois fois. Les discussions ont chaque fois été constructives… Mais, au final, les choix que nous avons fait n'ont pas été repris par le cabinet du ministère», explique-t-il. Exemple type : la notion d'élasticité des prix. «On était tous d'accord pour considérer que ce concept, abstrait et technique, n'était pas nécessaire pour une première approche de l'économie en seconde.» Il a finalement été retenu dans le chapitre 1, intitulé «ménages et consommation».

    Adieu l'ethnologie, bonjour l'épargne

    Egalement sur le point de tomber dans les oubliettes, les inégalités sur le revenu, l'investissement… Pas question non plus d'aborder le thème de l'entreprise, en parlant d'innovation ou de la distinction entre chiffre d'affaires et profit. Les élèves découvriront à la place «les joies des constructions des courbes de coûts», de l'épargne ou de «la construction du prix d'équilibre», détaille l'association dans son communiqué.

    Quant à la sociologie et l'ethnologie (avec entre autres la notion de la famille, dans le programme actuel), elles sont reléguées à la toute fin du programme – étant précisé dans la maquette que l'enseignant devra traiter «au moins les 10 premières questions». «Le ministère a pris soin de nous laisser aucune marge de manœuvre, se désole Sylvain David. J'ai demandé à ce que, dans chaque thème du programme, on ait le choix entre plusieurs entrées… Refus net.»

    En lutte depuis des années pour défendre leur discipline dans sa globalité (sciences économiques ET sociales), les profs sont appelés à se mobiliser une nouvelle fois. Dans la rue, samedi prochain, avec l'ensemble des enseignants. L'association entend ensuite présenter un «programme alternatif». Et si, le ministère s'entête, ils lanceront un appel à «la désobéissance citoyenne», appelant les profs à ne pas respecter les programmes.

    Le mot «communisme», ses blessures, sa charge explosive

    Posté par sr07 le 25 jan 2010 | Dans : Gauche anti-libérale, Articles de fond

    Dans Libé Politiques 21/01/2010 à 00h00

    Par DANIEL BENSAÏD Philosophe

    Publié il y a trois semaines dans la revue «Contretemps», ce texte est le dernier de Daniel Bensaïd, mort le 12 janvier.

    1. Les mots de l’émancipation ne sont pas sortis indemnes des tourments du siècle passé. […] Socialisme, révolution, anarchie même, ne se portent guère mieux que communisme. Le socialisme a trempé dans l’assassinat de Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg, dans les guerres coloniales et les collaborations gouvernementales au point de perdre tout contenu à mesure qu’il gagnait en extension. Une campagne idéologique méthodique est parvenue à identifier aux yeux de beaucoup la révolution à la violence et à la terreur. Mais, de tous les mots hier porteurs de grandes promesses et de rêves vers l’avant, celui de communisme a subi le plus de dommages du fait de sa capture par la raison bureaucratique d’Etat et de son asservissement à une entreprise totalitaire. La question reste cependant de savoir si, de tous ces mots blessés, il en est qui valent la peine d’être réparés et remis en mouvement.

    2. […] La tentation de se soustraire à un inventaire historique critique conduirait à réduire l’idée communiste à des «invariants» atemporels, à en faire un synonyme des idées indéterminées de justice ou d’émancipation, et non la forme spécifique de l’émancipation à l’époque de la domination capitaliste. Le mot perd alors en précision politique ce qu’il gagne en extension éthique ou philosophique. Une des questions cruciales est de savoir si le despotisme bureaucratique est la continuation légitime de la révolution d’Octobre ou le fruit d’une contre-révolution bureaucratique, attestée non seulement par les procès, les purges, les déportations massives, mais par les bouleversements des années 30 dans la société et dans l’appareil d’Etat soviétique.

    3. On n’invente pas un nouveau lexique par décret. Le vocabulaire se forme dans la durée, à travers usages et expériences. Céder à l’identification du communisme avec la dictature totalitaire stalinienne, ce serait capituler devant les vainqueurs provisoires, confondre la révolution et la contre-révolution bureaucratique, et forclore ainsi le chapitre des bifurcations seul ouvert à l’espérance. Et ce serait commettre une irréparable injustice envers les vaincus, tous ceux et celles, anonymes ou non, qui ont vécu passionnément l’idée communiste et qui l’ont fait vivre contre ses caricatures et ses contrefaçons. Honte à ceux qui cessèrent d’être communistes en cessant d’être staliniens et qui ne furent communistes qu’aussi longtemps qu’ils furent staliniens !

    4. De toutes les façons de nommer «l’autre», nécessaire et possible, de l’immonde capitalisme, le mot communisme est celui qui conserve le plus de sens historique et de charge programmatique explosive. C’est celui qui évoque le mieux le commun du partage et de l’égalité, la mise en commun du pouvoir, la solidarité opposable au calcul égoïste et à la concurrence généralisée, la défense des biens communs de l’humanité, naturels et culturels, l’extension d’un domaine de gratuité (démarchandisation) des services aux biens de première nécessité, contre la prédation généralisée et la privatisation du monde.

    5. C’est aussi le nom d’une autre mesure de la richesse sociale que celle de la loi de la valeur et de l’évaluation marchande. La concurrence «libre et non faussée» repose sur «le vol du temps de travail d’autrui». Elle prétend quantifier l’inquantifiable et réduire à sa misérable commune mesure par le temps de travail abstrait l’incommensurable rapport de l’espèce humaine aux conditions naturelles de sa reproduction. Le communisme est le nom d’un autre critère de richesse, d’un développement écologique qualitativement différent de la course quantitative à la croissance. La logique de l’accumulation du capital exige non seulement la production pour le profit, et non pour les besoins sociaux, mais aussi «la production de nouvelle consommation», l’élargissement constant du cercle de la consommation «par la création de nouveaux besoins et par la création de nouvelles valeurs d’usage» : «D’où l’exploitation de la nature entière» et «l’exploitation de la terre en tous sens». Cette démesure dévastatrice du capital fonde l’actualité d’un éco-communisme radical.

    6. La question du communisme, c’est d’abord, dans le Manifeste communiste, celle de la propriété :«Les communistes peuvent résumer leur théorie dans cette formule unique : suppression de la propriété privée» des moyens de production et d’échange, à ne pas confondre avec la propriété individuelle des biens d’usage. Dans «tous les mouvements», ils «mettent en avant la question de la propriété, à quelque degré d’évolution qu’elle ait pu arriver, comme la question fondamentale du mouvement». Sur les dix points qui concluent le premier chapitre, sept concernent en effet les formes de propriété. […] Ces mesures tendent toutes à établir le contrôle de la démocratie politique sur l’économie, le primat du bien commun sur l’intérêt égoïste, de l’espace public sur l’espace privé. Il ne s’agit pas d’abolir toute forme de propriété, mais «la propriété privée d’aujourd’hui, la propriété bourgeoise», «le mode d’appropriation» fondé sur l’exploitation des uns par les autres.

    7. Entre deux droits, celui des propriétaires à s’approprier les biens communs, et celui des dépossédés à l’existence, «c’est la force qui tranche», dit Marx. Toute l’histoire moderne de la lutte des classes, de la guerre des paysans en Allemagne aux révolutions sociales du siècle dernier, en passant par les révolutions anglaise et française, est l’histoire de ce conflit. Il se résout par l’émergence d’une légitimité opposable à la légalité des dominants. Comme «forme politique enfin trouvée de l’émancipation», comme «abolition» du pouvoir d’Etat, comme accomplissement de la République sociale, la Commune illustre l’émergence de cette légitimité nouvelle. Son expérience a inspiré les formes d’auto-organisation et d’autogestion populaires apparues dans les crises révolutionnaires : conseils ouvriers, soviets, comités de milices, cordons industriels, associations de voisins, communes agraires, qui tendent à déprofessionnaliser la politique, à modifier la division sociale du travail, à créer les conditions du dépérissement de l’Etat en tant que corps bureaucratique séparé.

    8. Sous le règne du capital, tout progrès apparent a sa contrepartie de régression et de destruction. Il ne consiste in fine «qu’à changer la forme de l’asservissement». Le communisme exige une autre idée et d’autres critères que ceux du rendement et de la rentabilité monétaire. […] Il ne saurait y avoir d’épanouissement individuel dans le loisir ou le «temps libre» aussi longtemps que le travailleur reste aliéné et mutilé au travail. La perspective communiste exige aussi un changement radical du rapport entre l’homme et la femme : l’expérience du rapport entre les genres est la première expérience de l’altérité et aussi longtemps que subsistera ce rapport d’oppression, tout être différent, par sa culture, sa couleur, ou son orientation sexuelle, sera victime de formes de discrimination et de domination. […]

    9. Le Manifeste conçoit le communisme comme «une association où le libre développement de chacun est la condition du libre développement de tous». Il apparaît ainsi comme la maxime d’un libre épanouissement individuel qu’on ne saurait confondre ni avec les mirages d’un individualisme sans individualité soumis au conformisme publicitaire ni avec l’égalitarisme grossier d’un socialisme de caserne. Le développement des besoins et des capacités singuliers de chacun et de chacune contribue au développement universel de l’espèce humaine. Réciproquement, le libre développement de chacun et de chacune implique le libre développement de tous, car l’émancipation n’est pas un plaisir solitaire.

    10. Le communisme n’est pas une idée pure, ni un modèle doctrinaire de société. Il n’est pas le nom d’un régime étatique, ni celui d’un nouveau mode de production. Il est celui du mouvement qui, en permanence, dépasse/supprime l’ordre établi. Mais il est aussi le but qui, surgi de ce mouvement, l’oriente et permet, à l’encontre des politiques sans principe, des actions sans suites, des improvisations au jour le jour, de déterminer ce qui rapproche du but et ce qui en éloigne. A ce titre, il est, non pas une connaissance scientifique du but et du chemin, mais une hypothèse stratégique régulatrice. Il nomme, indissociablement le rêve irréductible d’un autre monde de justice, d’égalité et de solidarité ; le mouvement permanent qui vise à renverser l’ordre existant à l’époque du capitalisme ; et l’hypothèse qui oriente ce mouvement vers un changement radical des rapports de propriété et de pouvoir, à distance des accommodements avec un moindre mal qui serait le plus court chemin vers le pire.

    11. La crise, sociale, économique, écologique, et morale d’un capitalisme qui ne repousse plus ses propres limites qu’au prix d’une démesure et d’une déraison croissantes, menaçant à la fois l’espèce et la planète, remet à l’ordre du jour «l’actualité d’un communisme radical» qu’invoqua Benjamin face la montée des périls de l’entre-deux-guerres.

    Du nouveau leadership aux embarras de la puissance, par Bertrand Badie

    Posté par sr07 le 24 jan 2010 | Dans : Une autre mondialisation

    Jamais une catastrophe naturelle n'avait été portée à ce niveau de politisation, mobilisant les chefs d'Etat, les ressources diplomatiques et militaires, engageant débats et même polémiques. Nulle trace de ce type lors des gigantesques inondations qui firent 300 000 morts au Bengale en novembre 1970, tandis que, plus récemment, les tremblements de terre qui frappèrent l'Indonésie ou l'Iran n'eurent guère le même impact. Même le tsunami qui déferla sur l'Asie du Sud-Est n'atteignit pas les mêmes niveaux de réactions politiques.

    L'ampleur de la catastrophe y est pour beaucoup, mais la médiatisation pour plus encore. Après tout, le monde accueillit dans l'indifférence l'annonce faite par la FAO, en novembre 2009, que le seuil du milliard d'affamés était effectivement franchi. Lorsque les images choquent, la diplomatie publique est en marche, devenant même diplomatie d'opinion. Mais si l'émotion devient une ressource de la politique mondiale, elle n'explique pas tout.

    Bien des raisons poussaient Barack Obama à réagir de manière si active et manifeste. Au-delà de la sincérité de l'homme d'Etat qui assiste à une tragédie à moins de 1 000 kilomètres de ses côtes, le souvenir de la passivité de son prédécesseur face au désastre causé par Katrina ne pouvait que peser. On retiendra surtout une autre face du message : la reconstruction du leadership américain sous l'angle de la bienveillance et de l'assistance, rompant avec l'image de l'intervention musclée qui alimentait, avec l'échec qu'on sait, les mirages du “regime change”, de l'affrontement militaire avec l'”axe du Mal”, ou de la démocratisation forcée. Le nouveau président veut mettre un terme à ce que Pierre Hassner appelle “le wilsonisme botté” pour revenir vers ce que la science politique libérale nommait autrefois le “benign leader” (”leader bienveillant”).

    Le changement n'est pas radical. La pratique avait été amorcée après la chute du Mur : l'opération montée en Somalie, décidée par Bush père en décembre 1992 et exécutée par Bill Clinton, était un peu la promesse de l'aube. Ne s'intitulait-elle pas “Restore Hope” (”rétablir l'espoir”) et ne cherchait-elle pas à porter secours à un pays affamé ? Elle échoua bien vite, d'autant plus promptement qu'elle rencontrait une guerre civile et qu'il fallut donc livrer bataille. Quatre ans auparavant, des éléments de l'OTAN intervenaient en Arménie, encore soviétique, victime d'un séisme puissant, le jour même où les Nations unies votaient la résolution sur le devoir d'ingérence humanitaire…

    La parenthèse est oubliée, ou presque, car tout conduisait à la refermer : la nature exceptionnelle du contexte, le succès mitigé des opérations, leur dérive politique dans la Corne de l'Afrique, tout comme la périlleuse assistance portée aux convois humanitaires au Kurdistan irakien au printemps 1991. Allons au-delà : la malédiction de la puissance ne se limite pas aux risques de sa dérive guerrière : en cela, le pari de M. Obama est quelque peu aventureux. La forme de son engagement en Haïti est généreuse, mais incertaine. Le président entend affirmer qu'il adhère toujours à l'idée du leadership américain. Ce choix conduit pourtant à une triple incertitude.

    Dans le monde post-bipolaire, l'usage de la puissance conduit aux vertiges de la concurrence contrariée, et donc au ressentiment. On le voit lorsque le président français demande, avec toutes les précautions d'usage, une place privilégiée dans une opération montée de Washington et revendiquant pour principaux partenaires le Brésil et le Canada, dans la parfaite ligne de la doctrine Monroe (qui en 1923 réserve aux Américains le droit d'intervenir sur leur continent). On le perçoit à travers les récriminations infinies et discrètement politisées nourries par ceux, officiels ou ONG, qui n'ont pas les faveurs de l'autorité aéroportuaire de Port-au-Prince sous administration américaine. On le conçoit lorsque l'Union européenne montre sa faible réactivité, laissant les Etats qui la composent agir en ordre dispersé. On le pressent lorsqu'on observe les initiatives de la Chine, jusque-là peu présente au sein d'un pays qui préférait regarder du côté de Taïwan.

    Diplomatie contestataire

    Dans un monde globalisé, dominé par de fabuleuses inégalités, la puissance alimente machinalement la protestation. Elle vient aujourd'hui du Venezuela et des souverainismes les plus rigides : elle peut provenir demain de tous ceux qui gagnent à nourrir une diplomatie contestataire et qui peuvent légitimement demander si la coopération, voire la solidarité, vaut une suspension aussi ostentatoire des attributs de souveraineté d'un petit pays. Le débat n'est pas nouveau : le concept d'Etat effondré avait été inventé exprès lors de la crise somalienne pour justifier l'intervention étrangère.

    Depuis, on a appris que le concept était relatif, peu solide, et sujet à tous les abus. On se persuade surtout qu'il appelle logiquement au multilatéralisme, dont la mission est justement de prendre le relais d'une autorité publique défaillante. Cette subsidiarité est infiniment plus légitime et moins risquée sur le plan des dérives.

    Dans un monde où “l'intersocial” remplace de plus en plus l'international, la restauration des acteurs locaux dans leurs droits et leurs devoirs est à la base même d'une action efficace. La militarisation des crises et des modes d'intervention fait peser un risque fort, d'autant plus occulté qu'une sorte de loi tendancielle repousse toujours au lendemain la remise aux sociétés de ce que la puissance a appris à faire au quotidien.

    Cette crise que la nature a rendue paroxystique et dramatique existait déjà dans l'indifférence politique presque générale. Sa politisation brutale peut la faire évoluer, vers le meilleur ou vers le pire. Le meilleur tiendrait à une prise de conscience globale des souffrances d'un peuple oublié qui réapparaîtrait ainsi sur la carte du monde. Le pire serait d'en faire un laboratoire d'essais d'un leadership repensé, demain l'objet d'une compétition diplomatique revigorée, et après-demain un symbole de résistance aux apories de la puissance.


    Bertrand Badie est professeur de relations internationales à Sciences Po.

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