Identité nationale: que doit dire la gauche?

Posté par sr07 le 19 nov 2009 | Dans : Projet politique, Articles de fond, Gouvernement

 

Mercredi, 18 Novembre 2009 13:37

Tribune publiée sur le site de Mediapart : http://www.mediapart.fr/club/edition/les-invites-de-mediapart/article/181109/identite-nationale-que-doit-dire-la-gauche#

Pour les deux anciens ministres socialistes Marie Noëlle Lienemann et Paul Quilès, la gauche ne doit pas déserter le débat. Même si la manœuvre est électoraliste.

Tout a été dit sur la grossièreté de la manœuvre : le moment choisi pour parler de ce sujet sérieux et complexe -à quelques mois d'élections difficiles pour la droite- ; la problématique -des thèmes sélectionnés pour plaire à l'électorat d'extrême droite- ; la méthode -une fausse consultation, ignorant le Parlement, à partir d'un questionnement faussé et tendancieux- ; son maître d'œuvre - un renégat socialiste, ancien pourfendeur du sarkozysme et de ses inquiétantes dérives… Bref, tout concourt à disqualifier l'opération, dont la finalité électoraliste ne fait aucun doute.

La gauche a raison de ne pas se prêter au jeu politicien qui consiste à organiser des réunions dont le caractère superficiel et la finalité ne font aucun doute. Pour autant, elle ne doit pas se contenter de dénoncer la manœuvre, car elle peut la retourner contre ses auteurs, en requalifiant les enjeux et en refusant de se placer sur le terrain erroné et dangereux choisi par le « ministre de l'identité nationale et de l'immigration ». Héritière des conceptions universalistes et progressistes de notre histoire, elle doit répondre aux incertitudes nationales et démontrer que la politique du gouvernement est fondée sur l'exaltation des différences, la compétition entre groupes et communautés, le creusement des inégalités. La devise de la République, liberté, égalité, fraternité est vidée de sa force propulsive. 

Une crise d'identité ? Plutôt un manque de perspective d'avenir

Nos concitoyens voient bien que cette opération est un dérivatif pour éviter le débat sur les sujets brûlants: le chômage, les difficultés sociales, la désindustrialisation, les inégalités croissantes, la fiscalité et l'endettement, la remise en cause des services publics, la montée de la violence… Ils veulent des solutions concrètes à leurs problèmes, mais ils s'inquiètent de l'avenir de leur pays et de leurs enfants,  ils regrettent la perte de cohésion de la société et l'affaiblissement de la transmission des valeurs républicaines -auxquelles ils adhèrent très majoritairement- et ils aspirent à un projet commun qui porte une vision d'avenir, une perspective de progrès.

Car ils savent que l'identité nationale -si ce concept a réellement un sens- est d'abord la construction d'un espace politique autour de principes partagés, qui évoluent au cours du temps en s'enrichissant et autour d'une langue commune. Quand ce pacte n'est plus explicite, quand les promesses de progrès s'éloignent et que se creuse un fossé entre les principes et la réalité, le pays connait un lourd malaise et, d'une certaine façon, une crise d'identité.

La mondialisation libérale et la politique de Sarkozy menacent plus l'identité nationale que l'immigration

Expliquer ce malaise et cette crise à partir de la question de l'immigration est inacceptable et erroné. En réalité, c'est plutôt la mondialisation libérale qui tend à contester et à remettre en cause les principes républicains, fondateurs de notre identité nationale. Ceux-ci se sont forgés au cours de l'histoire, se développant et s'élargissant, souvent grâce à l'apport décisif de la gauche. Ces éléments majeurs du pacte républicain, qui constituent l'identité française aujourd'hui, s'appellent :
- la devise de la République: liberté, égalité, fraternité ;
- les droits de l'homme et du citoyen ;
- l'Etat, qui incarne l'intérêt général, garantit la cohésion nationale, prépare et garantit l'avenir du pays ;
- le peuple souverain, qui entend maitriser son destin ;
- la délibération collective, contre le pouvoir personnel ;
- le droit du sol;
- la laïcité ;
- l'école publique et l'attention au développement et aux droits de l'enfant
- la protection et la sécurité sociale ;
- les services publics, acteurs essentiels de l'égalité et garants des biens communs, en particulier des ressources naturelles
Qui ne voit que ces conceptions ont été mises à mal par la montée du libéralisme économique et la domination des conceptions anglo-saxonnes ?

Nicolas Sarkozy avait d'ailleurs clairement annoncé, au cours de sa campagne présidentielle, qu'il fallait rompre avec le modèle social français. Il s'est fait depuis le chantre de ces thèses, en sapant d'autres piliers de cette identité ou en prétendant la rénover : remise en cause de la laïcité (discours de Latran, Loi Carle, accord Kouchner/Vatican …) ; discrimination positive (tentative d'inscrire dans la constitution la reconnaissance des diversités !) ; accroissement de la dérive monarchique du pouvoir ; utilisation fréquente de propos « provocateurs », qui mettent à mal la vision humaniste que devrait promouvoir le chef de l'Etat. La Présidence de Nicolas Sarkozy est donc bien une menace pour l'identité française.

L'identité de la France, c'est la République

Plus largement, le problème vient surtout du fait que nos valeurs républicaines s'incarnent de moins en moins dans le réel et ne semblent plus orienter l'évolution de la société française. Comment convaincre que la devise inscrite sur nos frontons est notre ambition commune, quand les inégalités sociales s'accroissent, le racisme s'installe, la promotion sociale est stoppée, certains quartiers dérivent en ghettos, quand se développent les privilèges pour certains et se multiplient les handicaps pour les autres, quand l'héritage et la fortune transmise comptent plus que le travail et le talent de chacun, quand le mauvais exemple vient du haut et que la République est sans cesse convoquée pour imposer des contraintes, des limitations et de moins en moins  pour favoriser l'émancipation de tous ! Certains enragent, d'autres se résignent. Le pays est désorienté.Il est évident que l'intégration des populations immigrées est plus difficile, si le pays doute de lui-même, perd ses repères  et ne se donne pas les moyens de la réussir.

La France n'est ni un territoire unique, ni une nation ethnique

Le choix du terme « identité » est contestable, car il privilégie une vision intemporelle et statique de la nation : approche partagée par ceux qui nient l'apport permanent des immigrés à notre pays et ceux qui valorisent la référence à la terre « éternelle ». Tenter de rattacher cette identité à la terre est d'ailleurs assez cocasse. De quelle terre parle-t-on ? Celle de Philippe Auguste? De Louis XIV, qui lui ajouta quelques provinces étrangères comme l'Artois ou le Roussillon? De Napoléon Bonaparte, qui crut pouvoir l'étendre à toute l'Europe? Des colonies, de l'Algérie d'avant 1962?….Cela n'a pas de sens. La France n'a jamais été une réalité achevée, une donnée figée de la nature et de l'histoire. Ni territoire ni « esprit d'un peuple », la France est, comme l'a rappelé Fernand Braudel, un résidu, un amalgame, des additions, des mélanges.

Géographiquement, la France hexagonale est un carrefour entre des mondes  - continental, océanique, méditerranéen-, fait de centaines de micro-milieux, d'une mosaïque de paysages marqués par l'homme, lui-même contraint par la diversité des milieux. Il n'existe pas une France naturelle, mais des France géographiquement différentes. C'est encore plus vrai aujourd'hui, avec l'apport de l'outre mer.

La réalité démographique et ethnologique est, elle aussi, complexe et artificielle, faisant cohabiter les trois principaux mondes de l'Europe occidentale: germanique, celte et méditerranéen. La population française est - sur notre continent - celle qui a le plus précocement et le plus complètement brassé les ethnies.
Le pacte républicain est devenu le fondement déterminant de notre destin commun et le socle de l'unité de notre nation. C'est le 14 juillet 1790, au Champ de Mars, à Paris, que les représentants des provinces décidèrent de créer ce que Renan définissait comme “cette grande agrégation d'hommes, saine d'esprit et chaude de cœur, qui crée une conscience morale qui s'appelle une nation”.

La gauche a une responsabilité historique

La France naît à chaque instant d'un contrat collectif et d'un combat permanent qui, s'il s'interrompait, ferait tout s'écrouler. Peut être cette «  fragilité » apparente inquiète-t-elle nos concitoyens, surtout lorsque personne n'éclaire plus l'avenir. Là est la tâche de la gauche.

Elle a imposé l'égalité dans notre devise, alors que la droite l'a toujours contestée, en tentant, récemment encore, de lui substituer l'équité. Elle a promu la fraternité, en alliant reconnaissance des droits individuels, des droits fondamentaux avec l'indispensable solidarité, la mutualisation des risques, le brassage social. Elle a porté en permanence l'élargissement de l'idéal républicain à l'ensemble des champs de la vie collective et singulièrement dans l'économie et le social.

Elle a toujours occupé une place déterminante dans les combats pour la liberté, dont certains reprennent, hélas, une singulière acuité, comme celui pour la laïcité, l'humanisme ou le développement des libertés publiques. Quant à l'internationalisme, c'est un des grands apports de la gauche, qui n'a jamais confondu la nation et le nationalisme, l'amour de la patrie et le repli sur soi ou le rejet des autres. Elle sait que, lorsque le nationalisme s'installe dans notre pays, il s'affaiblit, il recule et les problèmes intérieurs, les difficultés sociales s'accroissent. Elle sait aussi que la citoyenneté française n'exclut en rien la revendication de participer à une citoyenneté européenne et même l'espérance d'une citoyenneté mondiale.

L'épopée républicaine de notre pays n'est pas achevée. Elle constitue toujours un moteur  puissant pour nos concitoyens et elle conserve une force d'attraction indéniable dans le monde. On le voit bien, la crise et les bouleversements actuels requalifient  le modèle français, que le cycle ultralibéral a tant malmené. Y a- t- il dans notre pays une volonté politique suffisante pour engager cette reconquête ? Aurons-nous l'audace et le courage d'affronter le grand défi de l'égalité ?  Sans progrès vers l'égalité, le doute prendra le pas sur l'espoir. La gauche a, là, une responsabilité majeure et doit porter cette vision mobilisatrice de l'avenir. L'identité nationale a moins besoin de débat que d'action.

Marie Noëlle Lienemann et Paul Quilès, anciens ministres, animateurs du club Gauche Avenir



Pas de quoi fouetter un chat !

Posté par sr07 le 16 nov 2009 | Dans : Ségolène Royal, Ségolisme, a-le quartier libre de X D

Invitée par le Sénateur-Maire de la ville François Rebsamen, au même titre que l'ensemble des membres du courant ” l'espoir à gauche “,  Ségolène a créé la surprise et l'irritation au rassemblement de Dijon. Jusqu'à incommoder ses proches et consumer la rupture avec Vincent Peillon, son ancien lieutenant, aujourd'hui aux commandes de son courant.

L'intrusion de Ségolène au rassemblement de Dijon a fait éternuer les socialistes qui voulaient privilégier le dialogue avec les démocrates du Modem et les écolos sans compliquer les débats par des considérations de leadership. L'attitude de l'ancienne candidate méritait-elle pourtant ces protestations en provenance des ségolistes historiques, de Lang à Valls, et de ses irréductibles détracteurs fabiusiens? Pourquoi tant de foin pour une si minable affaire?

L'incident aura au moins deux mérites. D'abord, celui de faire monter la moutarde  chez ces faux-nez du ségolisme tentés par un oecuménisme de circonstance avec les franges molles de la droite et de la gauche au détriment d'un projet refondateur de socialisme républicain, jadis cher à Vincent Peillon. Ensuite celui de dénicher tous ces faux-culs, jouant tour à tour la carte de la proximité avec Ségolène pour se hisser dans les sommets de la vie politique puis celle du désamour quand le destin paraît échapper à leur leader d'hier. Le retour à la fessée au Parti socialiste, prônée par Aurélie Filippetti, jusqu'alors indéfectible ségoliste, viserait alors juste en frappant fort tous ces ingrats plutôt que leur ex-maîtresse femme de candidate.

Ségolène ne chavire pas. Elle peut bien se consoler de cet apparent désamour et continuer à taper fort. On parle d'elle quand elle donne sens à cet adage : qui aime bien chatie bien !

Avis aux amateurs!

X D

Pour un programme de salut public

Posté par sr07 le 16 nov 2009 | Dans : Non classé

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Suite

1 - Lutter contre la concurrence déloyale du dollar et des pays à très bas salaires
Entre la concurrence déloyale du dollar et celle des bas salaires de la Chine, la France doit affirmer son indépendance stratégique en oeuvrant de manière déterminée pour un euro moins cher contre le dollar et pour la mise en oeuvre de protections commerciales à l'échelle de l'Europe (à 27 ou à défaut à 6), réponses les plus sérieuses aux délocalisations et à la pression à la baisse sur les salaires. La France doit rechercher la coopération de l'Allemagne à cette stratégie, ainsi que la mise en place d'un gouvernement économique de la zone euro. A défaut, la sortie de la zone euro de plusieurs pays dont la France s'imposera comme le seul moyen d'échapper à l'asphyxie.

2 - Programmer le retour au plein emploi
La priorité absolue doit être accordée à la protection des emplois industriels, agricoles et dans les services existants par une protection commerciale européenne, la taxation plus forte des suppressions d’emplois par les grands groupes, le soutien à l’emploi non délocalisable, un statut du travail dans les activités de service à la personne, etc.

3 - Nouer des partenariats avec les puissances émergentes
La France doit mener une politique étrangère de construction de grands partenariats avec les puissances émergentes (Russie, Inde, Brésil, etc.), seule politique réaliste pour échapper à l'étau sino-américain qui structurera le début du XXIème siècle. Il ne saurait par ailleurs être question pour la France de renoncer à son siège au Conseil de sécurité des Nations Unies ou de le partager, ni de demeurer dans le commandement intégré de l'OTAN.

4 - Lutter à l'échelle planétaire contre la dégradation de l'environnement
La politique environnementale doit prendre acte des grands déséquilibres écologiques et orienter une très grande partie de l'effort de recherche vers les projets de captation du Co2 et d'énergies propres (incluant le nucléaire de 4ème génération). Ces grands projets doivent aider les pays émergents à se développer sans dégrader l'environnement.

5 - Desserrer l’étau de la dette en acceptant une inflation modérée
L'explosion des dettes privées et publiques dans les grands pays industrialisés rend d'ores et déjà très difficile leur remboursement. L'acceptation d'un taux d'inflation modéré de l'ordre de 5 % par an peut aider à soulager de manière décisive le poids que font peser sur les économies ces dettes. Le pouvoir d'achat des ouvriers et des employés sera garanti par une échelle mobile des salaires.

6 - Nationaliser les banques subventionnées par des fonds publics
Le système bancaire doit être profondément assaini par la nationalisation des banques ayant reçu des aides publiques et la séparation légale des banques de dépôt et des banques d'affaires. Il doit être mis un terme au système des bonus extravagants dans les activités prédatrices pour l'économie. De nouvelles réglementations nationales, européennes et internationales doivent encadrer drastiquement les activités financières.

7 - Lancer une politique industrielle ambitieuse
Une politique industrielle ambitieuse doit être lancée urgemment à partir d'un emprunt national dans les domaines d'intérêt stratégique pour la France : réseaux haut-débit et fibre optique, réseaux de ferroutage, isolation des logements, énergies propres et renouvelables, automobile propre, nanotechnologies, biotechnologies, matériaux du futur, etc. Ces grands investissements prépareront les 50 prochaines années.

8 - Rendre le logement plus abordable pour les familles
Le logement devient une charge de plus en plus lourde dans le budget des familles et des personnes seules, qu'il faut réduire. Le parc locatif public doit être soutenu par la création de logements à loyer abordables et de qualité. Un programme national pour les logements sociaux et privés de rénovation et d'économies d'énergie doit être engagé afin de réduire la facture énergétique des locataires. Les avantages fiscaux qui encouragent la spéculation immobilière seront supprimés.

9 - Revenir à des impôts progressifs en fonction de la richesse des ménages
Prenant acte de l'envolée des plus hauts salaires et de la concentration du capital, immobilier en particulier, une réforme de la fiscalité nationale et locale sera engagée pour donner la priorité absolue à la réduction des inégalités, par la suppression du bouclier fiscal, le retour à la progressivité de l'impôt selon les ressources et le rétablissement de l'impôt sur les successions pour les patrimoines supérieurs à 500 000 euros.

10 - Développer l'égalité républicaine
Les services publics, éléments essentiels de l'identité républicaine de la France, doivent être adaptés aux nouveaux besoins des citoyens (éducation, santé, eau, réseaux Internet, transports). Leurs moyens doivent être développés par une contribution de l'ensemble des revenus, en particulier financiers, à l'effort de cohésion nationale. Des services publics forts et modernisés, en particulier dans les zones rurales, périurbaines ou les banlieues populaires, seront un levier puissant de l'égalité entre tous les citoyens.

Entre les voix du Front national et celle d’un écrivain libre, il faut choisir

Posté par sr07 le 16 nov 2009 | Dans : Articles de fond, Gouvernement

Ne nous y trompons pas. La dernière saillie du député Eric Raoult contre l'écrivain Marie NDiaye est d'une extrême gravité. Elle aurait pu passer en d'autres temps pour le dérapage isolé d'un député en mal de réélection.

Mais son parti, majoritaire à l'Assemblée nationale, lui a aussitôt emboîté le pas. Et le ministre de la culture qui concevait, il y a quelques semaines encore, que son rôle était de prendre la défense des artistes, s'est lavé les mains de cette polémique “anecdotique” et “dérisoire”, mettant au même plan l'offense et l'offensé et renvoyant dos à dos l'écrivain et le député… Pourtant le député ne s'était pas contenté d'exprimer “ce qu'il avait sur le coeur”, mais il avait écrit une véritable lettre de dénonciation au ministre pour lui demander “ce qu'il comptait entreprendre en la matière” contre l'écrivain. 

Eric Raoult n'en est pas à son coup d'essai. Le 31 octobre, déjà, il avait justifié l'expulsion de Tunisie d'une journaliste du Monde, Florence Beaugé, sous le prétexte qu'il ne faut pas s'étonner “quand on fait de la provocation à l'égard du président Ben Ali”, d'être “remis dans l'avion” à l'arrivée à Tunis. Eric Raoult, qui préside le groupe d'amitié France-Tunisie à l'Assemblée nationale, légitimait ainsi, selon Le Monde, “les attaques personnelles les plus farfelues et les plus ignobles, quotidiennement formulées dans la presse tunisienne” à l'encontre de la journaliste accusée tour à tour, d'être : “psychotique”, “hystérique”, “bonne pour la psychanalyse”, “maléfique”, et par-dessus le marché “idiote”, sans compter, “c'est bien connu, volage”…

A l'encontre de Marie NDiaye, les propos d'Eric Raoult sont sans précédent. “Nous lui avons accordé le prix Goncourt parce qu'elle a du talent, a-t-il déclaré. Qu'elle soit moins militante. Maintenant qu'elle a le Goncourt, elle peut penser comme elle veut, mais, en l'occurrence, il faut qu'elle soit un peu l'ambassadrice de notre culture.”

Il faut entendre ce que recèle ce “nous”, et ce qu'il exclut. Marie NDiaye visiblement n'en fait pas partie. Et nous alors ? Mais qui, nous ? Nous, les Blancs ? Nous, la droite ? Nous, l'Occident ? Ce “nous” “menacé par la haine de soi”, selon les mots de Nicolas Sarkozy à La Chapelle-en-Vercors, jeudi 12 novembre ? Ce “nous” n'est-il pas cet obscur objet du débat sur l'identité française ? Qui fait partie de votre “nous”, M. Raoult ?

Cette déclaration porte atteinte non pas seulement à la liberté d'expression d'un écrivain, comme on l'a dit ces derniers jours. Mais il met en cause la liberté tout court, celle qu'a tout citoyen de trouver en effet “monstrueux” - c'est l'adjectif employé par Marie NDiaye - de reconduire manu militari des Afghans dans leurs pays en guerre, “monstrueux” de traquer des enfants sans papiers dans les écoles maternelles. “Monstrueux” de criminaliser ceux qui prennent leur défense, comme aux pires heures de l'histoire de France. “Monstrueux” d'avoir tant valorisé l'expulsion, le rejet de l'autre, la clôture sur soi, qu'il est désormais plus coûteux pour la communauté nationale d'expulser que d'accueillir, d'honorer les statistiques de reconduites aux frontières que de respecter les lois de l'hospitalité.

Doit-on poursuivre ? “Monstrueuse” la législation sur les malades mentaux, la responsabilité pénale des mineurs, le tout-sécuritaire, les tentatives réitérées de fichage de la population, la traque des délinquants dès le plus jeune âge, la criminalisation des banlieues, la culpabilisation des chômeurs, la sanctuarisation du profit, la garde à vue pendant plusieurs mois de Julien Coupat, le culte de l'argent drapé dans la méritocratie…

“Monstrueux”, encore, d'entendre le président de la République parler des liens charnels qui lient “l'identité nationale française” avec… la “terre” ! Et marteler le mot “terre” cinq fois en dix lignes de discours de peur que ne passe inaperçue cette référence explicite à “la terre qui, elle, ne ment pas”, chère au maréchal Pétain en juin 1940. A force de chercher les “racines” introuvables de l'identité, on tombe sur les vieux cadavres, ceux d'une histoire mal enterrée, celle de Vichy.

L'anti-intellectualisme, le mépris des artistes et des intellectuels, font partie du code génétique de ce régime qui a besoin pour imposer ses réformes de traquer la critique jusque dans la langue… Un écrivain n'a pas d'autre citoyenneté que sa langue maternelle. Pas d'autre patrie que le langage dans sa diversité. Pas d'autre territoire à défendre que le pays sans frontières de sa langue. Comment s'étonner alors qu'il soit sensible aux déformations qu'on lui fait subir ? Marie NDiaye ne s'inscrit en rien dans la tradition de l'écrivain engagé, qui “dit le droit pour les autres” dans la lignée de Zola, Camus ou Sartre. Son engagement est “écoute” et “attention”, un souci extrême pour la langue. Un gardien du vocabulaire, comme le disait André Breton.

Ce n'est désormais un secret pour personne : la langue du pouvoir s'est abaissée à des niveaux sans précédent. Le sarkozysme, comme l'inconscient lacanien, est structuré comme un langage. Ou plutôt il est “déstructuré” comme un langage ; c'est une zone de langage effondrée.

Ses attentats syntaxiques sont quotidiens. La liste est longue de ces violences verbales et de ses outrances, de ses lapsus et jeux de mots. Des métaphores guerrières (le “Karcher”, la “racaille”, le “croc de boucher”) en vulgarités (“casse-toi pauvre con”), de lapsus (les fameux “coupables” du procès Clearstream) en plaisanteries machistes ou racistes (les Arabes d'Hortefeux acceptables en petit nombre exclusivement ou Rama Yade qui ferait bien plus “couleur locale” dans le Val-d'Oise).

Cher Eric Raoult, entre la “culture” et la “terre”, il faut choisir. Entre les voix du Front national et celle d'un écrivain rétif à tout embrigadement, il faut savoir celle qu'on veut entendre. Récemment le mur de Berlin est tombé et, avec lui, croyait-on, la tentation d'embrigader les artistes et les écrivains. La guerre froide est terminée depuis vingt ans, mais votre langage et sa rhétorique de la responsabilité, du patriotisme, des ambassadeurs culturels, continue à lui appartenir… comme lui appartient la “prudence” (de chat ou d'apparatchik ?) de notre ministre de la culture.

Nicolas Sarkozy voulait supprimer, dit-on, le ministère de la culture. Que ne l'a-t-il fait ? Il semble qu'il ne soit pas compatible avec son voisin de l'identité nationale et de l'immigration. Pourquoi ne pas lui donner un intitulé nouveau : “ministère de la réserve et de la modération” ? On le confierait à Eric Besson. Il aurait pour mission de récompenser les écrivains “modérés”, amis du régime, envoyés dans des ambassades ou conviés à déjeuner, à qui l'on confierait des missions, des émissions de radio et des chroniques dans les journaux. L'élection du prix Goncourt serait soumise à son approbation. Alors la France, comme Marie NDiaye, n'habiterait plus la France. p


Christian Slamon est écrivain, ex-directeur du Parlement international des écrivains.

Christian Salmon



SAMEDI 21 NOVEMBRE RENCONTRE SOLIDAIRE AVEC LA BOLIVIE

Posté par sr07 le 15 nov 2009 | Dans : Amérique Latine

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La Sécu, au cœur de notre identité nationale

Posté par sr07 le 14 nov 2009 | Dans : Articles de fond

Par PIERRE-YVES GEOFFARD Pierre-Yves Geoffard est chercheur au CNRS et professeur à l’Ecole d’économie de Paris.

L’Assemblée Nationale vient de voter une loi de financement de la sécurité sociale qui prévoit, pour 2010, un déficit de 30 milliards, dont la moitié rien que pour l’assurance maladie, ce qui constitue de très loin un record absolu d’écart entre les recettes et les dépenses de soins financées par la solidarité nationale. A part quelques timides propositions vite abandonnées de mieux contrôler les dépassements d’honoraires des médecins libéraux, le seul point du débat parlementaire qui ait connu un certain écho concerne la taxation des revenus des sportifs de haut niveau, mais cet écho était seulement dû à la cacophonie gouvernementale qu’il a provoquée. De fait, pas vraiment de discussion sur le fond, comme un consensus mou pour ne rien faire, laisser filer le déficit, et admettre qu’il manquera l’an prochain 15 milliards à l’assurance maladie publique pour qu’elle équilibre ses comptes.

Faut-il s’inquiéter ou se réjouir d’une telle inaction ? Un pessimiste verra dans le refus obstiné d’augmenter les prélèvements obligatoires une manière perverse de gonfler la dette, et de contraindre cyniquement les gouvernements futurs à restreindre les dépenses et à réduire le périmètre de la solidarité nationale. Un optimiste sera plutôt soulagé que le Parlement reconnaisse que le moment est mal venu pour remettre en cause le «modèle français» de protection sociale. Après tout, les dépenses d’assurance maladie n’ont pas beaucoup augmenté, et la moitié du déficit de 2009 est due à la perte de recettes fiscales et sociales induite par la récession.

Pourtant, pour garantir l’avenir de l’assurance maladie, il va bien falloir réformer… non pas pour essayer de dépenser moins, mais pour tenter de dépenser mieux. La part de la richesse consacrée aux soins de santé est appelée à croître, et il faut surtout s’en féliciter.

Car, à l’instar des dépenses des ménages en informatique, par exemple, c’est bien parce que l’innovation nourrit la société de nouvelles possibilités techniques que celle-ci lui consacre de plus en plus de ressources. En santé, le progrès technologique permet de prendre en charge, de traiter, et parfois de guérir, de nombreuses pathologies qui jusqu’à présent nous pourrissaient la vie. Mais, contrairement à l’informatique, la dépense de soins est en grande partie publique, et c’est donc collectivement que nous devons décider si telle ou telle innovation mérite ou non que la Sécurité sociale la prenne en charge. Tous les systèmes publics de santé sont confrontés, et le seront de plus en plus, à la redoutable difficulté de devoir distinguer, parmi les nouveaux traitements médicaux, ce qui vaut le coup de ce qui est trop cher.

Ne pas assumer ces redoutables choix dans la transparence est la meilleure manière de condamner l’assurance maladie publique : c’est sur la responsabilité de ces choix que repose la légitimité de la hausse des dépenses, et que l’augmentation des prélèvements obligatoires sera justifiée. Refuser d’augmenter les recettes de la Sécurité sociale n’est pas tenable : cela conduit à transférer une part croissante de la dépense de santé sur les assurances complémentaires, ou sur la participation directe des malades au coût des soins. Or, un système public d’assurance reste le mieux armé pour faire face aux terribles défis posés par l’information génétique : l’effondrement du coût du séquençage complet d’un ADN humain, divisé par dix chaque année, nous conduit à très brève échéance dans une société où le risque de chacun de développer telle ou telle maladie, y compris dans un avenir lointain, sera beaucoup plus prévisible. Même avec la meilleure volonté du monde, aucun système privé d’assurance ne pourra maintenir des principes de solidarité face à un déchirement aussi brutal du voile de l’ignorance.

Lorsqu’on interroge les Canadiens sur ce qui distingue leur pays de leur voisin immédiat, beaucoup répondent, moitié par boutade, que le Canada c’est le hockey, le sirop d’érable et le système public d’assurance maladie. L’attachement au système national de santé est également très fort chez les Britanniques, nonobstant les caricatures dont ce système fait l’objet à l’étranger. En France aussi, s’il existe une «identité nationale», la Sécurité sociale en est un élément fortement structurant. Mais il n’y a pas d’autre choix : augmenter les prélèvements obligatoires, et les asseoir sur des procédures collectives garantissant que les nouvelles dépenses de soins sont justifiées, est la seule stratégie pour pérenniser cette composante essentielle de notre patrimoine national.

Pierre-Yves Geoffard est professeur à l’Ecole d’économie de Paris et directeur d’études à l’EHESS.

Dans Libé du 10/11/09

La gauche aborde les élections régionales en ordre dispersé, par Michel Noblecourt

Posté par sr07 le 13 nov 2009 | Dans : Elections

François Hollande, sous l'autorité duquel le Parti socialiste avait réussi le grand chelem en 2004, en gagnant les élections régionales, cantonales et européennes, est confiant. “Il y a toutes les raisons de croire, a-t-il assuré le 9 novembre sur Radio Classique, que les élections régionales seront bonnes pour la gauche.” Le même jour, au “talk Orange-Le Figaro“, l'ancien premier secrétaire a ajouté un codicille en forme d'avertissement : “Puisque nos partenaires veulent partir séparément de nous, relevons le défi. Au premier tour, soyons forts parce que c'est la condition pour rassembler la gauche et au-delà.” 

A quatre mois du scrutin des 14 et 21 mars 2010, la droite, qui devrait pourtant partir à la bataille dans une parfaite unité, semble revoir ses ambitions à la baisse quant au nombre de régions qu'elle espère ravir à un PS qui en détient vingt sur vingt-deux en métropole. Avec une gauche en ordre dispersé au premier tour, la “mode 2010″ est à l'autonomie. Conséquence : le PS pourrait se voir disputer une ou deux présidences par des alliés, venant de sa gauche ou plus vraisemblablement des écologistes, tentés de faire de la surenchère pour monnayer leur soutien au second tour. L'éclatement de la gauche rend l'échéance périlleuse pour le PS. Mais si chaque parti a fixé ses règles, les transgressions ne s'annoncent pas marginales.

Le PS, qui bouclera ses listes et adoptera une plateforme nationale lors d'une convention le 12 décembre, campe sur “le rassemblement de la gauche et des écologistes”. “Les socialistes doivent avoir une stratégie électorale claire”, a affirmé le bureau national, le 20 octobre, en la définissant ainsi : “Une fois seulement la gauche rassemblée, nos listes pourront s'ouvrir au second tour à toutes celles et tous ceux qui veulent se retrouver autour d'un projet de gauche. De fait, Martine Aubry a avalisé une ouverture au second tour “aux humanistes et aux démocrates”, c'est-à-dire au MoDem.

Comme en 2004, le PS a conclu des accords avec le Parti radical de gauche (PRG), qu'il avait “oublié” aux européennes, et le Mouvement républicain citoyen (MRC) de Jean-Pierre Chevènement, sur des listes communes dès le premier tour. “Le danger, souligne un expert électoral du PS, c'est que nous soyons assez faibles au premier tour et nos futurs partenaires assez forts au point de menacer de se maintenir au second tour si on ne leur donne pas satisfaction.” L'accord PS-MRC du 4 novembre fait référence à une union des “forces de gauche et républicaines”. M. Chevènement qui, comme M. Hollande et Ségolène Royal, a rencontré récemment François Bayrou, s'est converti à l'idée d'un dialogue “républicain” avec le MoDem.

Plusieurs régions dirigées par le PS, comme la Bourgogne et Rhône-Alpes, sont déjà tentées de transgresser la règle de Solférino et de s'allier avec le MoDem dès le premier tour. Vincent Peillon, qui anime le courant ségoléniste L'espoir à gauche, pousse dans ce sens. Le 14 novembre, à Dijon, il organise les premières rencontres du Rassemblement social, écologique et démocrate (qui va ouvrir son propre site sur Internet) sur le thème de l'éducation avec Marielle de Sarnez (MoDem), Robert Hue, l'ancien dirigeant communiste qui vient de fonder le Mouvement unitaire progressiste (MUP), et Gabriel Cohn-Bendit en tant qu'ambassadeur des écolos.

En renouvelant la configuration qui leur a si bien réussi aux européennes du 7 juin, celle d'Europe Ecologie, les Verts ont opté pour l'autonomie. Ils font le pari de faire jeu égal avec le PS, voire de le dépasser dans certaines régions, comme l'Ile-de-France. Cécile Duflot, leur secrétaire nationale, récuse le double procès qui leur est fait. Daniel Cohn-Bendit a vu dans leur refus de s'allier au MoDem dès le premier tour une marque de “sectarisme”. Mme Duflot met en avant leur ouverture à la société civile. Et elle exclut tout chantage sur le PS, qui amènerait les Verts à lui réclamer une présidence, même s'il est devant eux, en échange de leur soutien.

Le Parti communiste a sauté le pas. Il a choisi l'autonomie, en reconduisant avec le Parti de gauche (PG) de Jean-Luc Mélenchon le Front de gauche des européennes. Il s'est affranchi du PS - alors qu'en 2004 il avait fait liste commune au premier tour, à l'exception de sept régions - mais est résolu à le rejoindre au second tour. “Dans un gros tiers de régions, là où ils savent qu'ils n'ont aucune chance, ils seront avec nous dès le 14 mars”, dit-on au PS. Quant au MUP de M. Hue, qui va être rejoint par Jean-Claude Gayssot et rêve de créer une “confédération progressiste et démocratique”, il devrait avoir des candidats sur toutes les listes départementales menées par le PS.

Comme prévu, le Front de gauche ne s'est pas élargi au Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) d'Olivier Besancenot, qui subira à l'extrême gauche la concurrence de Lutte ouvrière. L'échec a été constaté, le 10 novembre, le NPA refusant d'entrer dans des exécutifs “dominés par le PS et/ou Europe Ecologie qui mènent des politiques d'adaptation au libéralisme”. Mais une menace de scission plane sur le NPA, et la Fédération pour une alternative sociale et écologique (FASE) animée par Clémentine Autain, venue du Parti communiste, devrait participer au Front de gauche pour porter “la colère sociale dans les assemblées régionales”. Il n'est pas sûr que cela change fondamentalement la donne.


Courriel : noblecourt@lemonde.fr.

Michel Noblecourt (Editorialiste)



Vingt ans plus tard, les murs-frontières prolifèrent

Posté par sr07 le 11 nov 2009 | Dans : Articles de fond

Par WENDY BROWN professeur de sciences politiques à l'université de berkeley (Californie)

Depuis que le mur de Berlin s’est effondré, de nouvellesbarrières politiques ont surgi partout à l’horizon. Ces vingt dernières années, des dizaines de murs se sont construits ou sont prévus par des Etats-nations. Les plus connus sont le monstre édifié par les Etats-Unis sur leur frontière sud et celui construit par les Israéliens qui traverse la Cisjordanie, deux projets qui partagent la même technologie, la même sous-traitance et qui se font référence l’un à l’autre pour leur légitimité. Mais il en existe d’autres.

Au lendemain de l’apartheid, l’Afrique du Sud s’est dotée d’un dédale intérieur complexe de «murs» et de check-points, et maintient une barrière de sécurité électrifiée controversée sur la frontière avec le Zimbabwe. L’Arabie Saoudite a construit récemment une structure de poteaux en béton de trois mètres de haut sur sa frontière avec le Yémen, qui doit être suivie par un mur à la frontière irakienne - après quoi il y a des Saoudiens pour dire qu’on murera tout le pays. Des barrières plus élémentaires ont été construites par l’Inde pour s’isoler du Pakistan, du Bangladesh et de la Birmanie, et pour réclamer le territoire contesté du Cachemire. L’Ouzbékistan a clôturé sa frontière avec le Kirghizistan en 1999, et celle avec l’Afghanistan en 2001; le Turkménistan en fait autant en ce moment avec l’Ouzbékistan.

Le Bostwana a construit une clôture électrifiée sur sa frontière avec le Zimbabwe. La Thaïlande et la Malaisie se sont entendues pour dresser entre leurs deux pays une frontière de béton et d’acier. Israël et l’Egypte s’entendent pour entourer Gaza d’un mur. L’Iran en érige un pour s’isoler du Pakistan, et Brunei en a édifié un pour se séparer de Limbang [sur l’île de Bornéo, ville-frontière entre l’Etat malaisien du Sarawak et la partie de l’île appartenant à Brunei, ndt]. La Chine construit un mur pour isoler la Corée du Nord, laquelle en dresse un à son tour sur la même frontière, partiellement parallèle à l’ouvrage chinois. Pour interdire l’immigration nord-africaine vers l’Europe, les membres de l’Union européenne entourent d’un triple mur les enclaves espagnoles au Maroc, alors que ce dernier maintient un interminable fossé doublé d’une levée de terre, destiné à protéger les ressources du Sahara-Occidental, objet d’un interminable conflit.

D’autres édifices de séparation s’annoncent : le Brésil projette d’en construire un en acier et béton sur sa frontière avec le Paraguay, Israël a l’intention de remplacer la vieille clôture par un mur sur sa frontière avec l’Egypte, les Emirats arabes unis sont en train d’en concevoir un pour leur frontière avec Oman. Le Koweït a une clôture, mais veut un mur dans la zone démilitarisée frontalière avec l’Irak. Certains envisagent sérieusement, après l’édification de l’ouvrage entre les Etats-Unis et le Mexique, d’en bâtir un autre sur la frontière avec le Canada.

Les objectifs de ces murs varient. Il s’agit, selon les cas, de faire barrage : aux pauvres, à la main-d’œuvre, aux demandeurs d’asile ; au trafic de drogue, d’armes et autres ; aux importations illégales ; au terrorisme ; aux mélanges ethniques ou religieux ; à la paix et à des modèles politiques nouveaux. Cependant, il y a aussi des dimensions communes à leur prolifération. Le plus frappant est peut-être que, même si beaucoup de ces murs correspondent aux frontières d’Etats-nations existants ou qui aspirent à exister, ils ne sont pas construits comme des ouvrages défensifs contre des attaques potentielles d’autres puissances. De fait, rarement soutenus par des Etats, les migrations, la fraude, le crime, le terrorisme et même les objectifs politiques que les nouveaux murs ciblent, découlent plutôt de forces transnationales issues de la mondialisation. A cet égard, ces nouveaux édifices de séparation sont les signes de - et des réactions contre - un monde post-westphalien [qui n’est plus fondé sur l’équilibre des puissances, ndt] dans lequelEtats et souveraineté se morcellent.

En tant que tels, les nouveaux murs abritent une multitude de paradoxes. Ils représentent de façon théâtrale et spectaculaire la souveraineté nationale en même temps qu’ils consacrent son érosion. Ils sont aussi des éléments de la scène politique en un autre sens. Ils mettent en lumière des objectifs, qui sont en réalité radicalement limités par les technologies modernes, par les voies d’infiltration et par le fait que les économies nationales dépendent en bonne partie de ce contre quoi ces murs visent à se protéger, à commencer par la main-d’œuvre bon marché. Ce n’est un secret pour personne que le mur de la frontière mexicaine ne diminue pas - mais détourne seulement vers le nord - le flux de migrants et le trafic de drogue. Sur le plan matériel, son principal effet a été de rendre les techniques de fraude de plus en plus sophistiquées, chères et dangereuses. Sur le plan symbolique, il permet de convaincre certains Américains qu’on «fait» quelque chose pour régler des problèmes qui résultent d’abord de la demande dans le Nord.

Le mur reconceptualise les pays du Sud en ennemis prêts à fondre sur les Etats-Unis pour les mettre à sac. L’ouvrage israélien en Cisjordanie exerce une inversion similaire des violences liées à - et résultant de - l’occupation. Les nouveaux édifices de séparation sont partie intégrante d’un paysage mondial fait de flux et de barrières à l’intérieur même des Etats-nations, entourant des constellations territoriales postnationales et divisant les régions du globe les plus riches des plus pauvres. Ce paysage exprime toute l'«ingouvernabilité» du monde, que ce soit par le droit ou par la politique des puissances. Par cette édification frénétique de murs, c’est le déclin de la souveraineté nationale qui se dévoile, ainsi que l’émergence de formes de violence et de forces d’opposition nouvelles accompagnant ce déclin.

Traduit de l’anglais par Edith Ochs.

Wendy Brown publie ces jours-ci «Murs» aux Prairies ordinaires, dont la version originale sortira en 2010 sous le titre «Walled States, Waning Sovereignty» (Zone Books).

Article paru dans Libé du 9/11/09

Lire aussi sur le blog citoyen, socialiste et républicain, un article en référence à l'ouvrage de Wendy Brown : “les habits neufs de la politique mondiale”

Le néolibéralisme et le néo-conservatisme désactivent la démocratie

La séduction en politique

Posté par sr07 le 08 nov 2009 | Dans : a-le quartier libre de X D

cristinakirchner.jpg Crédits photographiques du blog citoyen, socialiste et républicain. Une campagne électorale en Argentine.

C'était le thème d'une émission télévisuelle diffusée hier en soirée. On retrouvait les vedettes du genre : Kennedy, Giscard d'Estaing, Mitterrand, Chirac, Léotard et même LePen et Tapi… pour ce qu'il m'en revient dans mon écoute dilettante et abrégée.

Ce sujet bien léger renvoie de prime abord à une vision tout à fait dans l'air du temps. Celle qui priorise l'image au détriment du fond dans cet Etat-Spectacle fort bien dénoncé, dès les années soixante-dix, par R.G Schwartzenberg.

Par delà cette critique, ce regard émotif et voyeuriste sur l'homme public, aux antipodes du jugement critique et citoyen, permet de mesurer l'importance des facteurs irrationnels en politique. Depuis les rois thaumaturges, chers au médiéviste Marc Bloch, ces guérisseurs doués de pouvoirs surnaturels par la grâce de Dieu et respectés en tant que tel par le bon peuple, la fascination envers le pouvoir a-t-elle vraiment reculé?

C'est un lieu commun de signaler l'ambivalence de la perception populaire (entre le chef et le père) du personnage présidentiel, lequel s'autorise aujourd'hui une primauté absolue dans un usage constitutionnel dévoyé. Du fait même de cette assimilation entre les traits psychologiques du monarque et du chef d'Etat, ce dernier tend fâcheusement à renforcer son leadership et son espace.

Place donc à la ruse et à la séduction pour conforter le pouvoir du mâle mais surtout pour le conquérir. Avec ces stratégies en oeuvre magnifiquement illustrées dans le reportage. Un Kennedy adulé des femmes, un Giscard exhibant, malgré sa distance, son corps de sportif et ses talents d'accordéoniste, un Chirac plein de proximité et d'empressement, un Mitterrand avec la séduction chevillée au corps… Une séduction, selon les commentaires, dirigée d'abord vers l'électorat féminin à la recherche de cette protection et de cette force masculine tranquille (bonjour les clichés!).

Des attributs du charme consubstantiels à ceux du pouvoir? Il y a tout lieu de s'interroger pour mieux marquer les limites de l'exercice. La mise en scène médiatique prenant le pas sur les débats de fond on doit bel et bien craindre ce dévoiement absolu de la politique sans pour autant céder au sentiment d'impuissance à le contenir.

La télévision et la presse restant des instruments trop concentrés avec un pouvoir de manipulation énorme, on ne saurait faire l'économie d'une critique de ces médias pour garantir des chaînes et des radios publiques de meilleure qualité et une presse écrite et parlée davantage pluraliste. La toile n'a-t-elle pas déja été subvertie par les capacités citoyennes des internautes?

Mais surtout, dans l'action publique, et notamment à gauche, on ne devrait pas céder à cette tentation permanente de la facilité d'une communication d'image. Sans vouloir pour autant éradiquer en politique ce pouvoir de séduction animale qui est le propre de l'homme. Mais en le contenant autant que faire se peut!

A bon entendeur, salut, Femmes conquérantes qui aspirez à renouveler le genre en politique!

X D

Les gazouillis d’Estrosi, ce Twitter compulsif

Posté par sr07 le 06 nov 2009 | Dans : a6-Les colères du dogue patriote

Le sénateur socialiste Martial Bourquin n'a pas ménagé ses critiques des tweets du ministre de l'Industrie. Celui-ci se lâche en séance du Sénat dans des “gazouillis” sectaires de forts mauvais goûts et, qui plus est, dans une écriture approximative (le service publique, les français), ce que ne manque pas d'observer Martial dans son interpellation réactive en séance. Il faut voir la tronche de l'assistante du ministre, assise à ses côtés, au moment de cette charge. Ca ne pardonne pas ce type de bévues quand est ministre !

Les followers et les Français apprécieront ! En attendant vous pouvez toujours tester le génie d'Estrosi @ch_estrosi. S'il vous répond en bon français, délivrez lui un certificat d'identité nationale. Dans le cas contraire, un peu de soutien scolaire en quelques tweets évitera au personnage une telle densité de fautes d'ortographe. Sur 140 caractères (pas plus que deux à trois lignes de ce post), l'agressivité, la sottise et l'ignorance conjuguées, ça fait quand même un peu court et beaucoup à la fois pour un ministre! Et ça me met aux abois ces gazouillis!

Le Dogue Patriote

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