La succes story européenne connaît des couacs depuis maintenant deux ans avec les retards progressifs annoncés dans la livraison de l’A380 et de ses conséquences financières. Le nombre de suppressions d’emplois annoncé est de 10000 en Europe dont 4300 en France.

De nombreux facteurs expliquent cette dérive. On peut citer les guerres de clans franco-allemandes à partir de la création d’EADS en 2000 puisque chaque tête d’EADS est bicéphale avec un coprésident allemand et français puis, à chaque échelon de l’organigramme, une organisation en cross reporting (chaque responsable français est coiffé par un responsable allemand et réciproquement). Ce groupe regroupe plusieurs entités comme Eurocopter, la branche défense ou spatiale, et Airbus dont il détient 80 % du capital. La constitution de ce groupe avait impliqué en 1999, la fusion d’Aerospatiale-Matra avec DaimlerChrysler Aerospace Casa.

Ces bisbilles ont aussi entraîné par deux fois l’échec du rachat du français spécialisé dans l’électronique de défense Thalès mais aussi, l’échec de la création d’un géant de la construction navale par le rapprochement d’EADS, de la DCN (chantier naval public français), de l’italien Fincantieri et de l’espagnol Izar. Citons aussi la responsabilité majeure de Chirac qui en imposant Noël FORGEARD à la tête du groupe a relançé les divergences franco-allemandes. Quand on sait par ailleurs, que ce dirigeant et plusieurs autres ont vendu en mars 2006 leurs actions du groupe avant l’officialisation des retards de l’A380 et la chute du cours de bourse (en levant leurs stock-option), on se rend compte que la finance est en train de tuer l’industrie de l’Europe.

Par ailleurs, dans la composition du capital d’origine au moment de la fusion, 30 % revenait à la France (15 % à l’Etat et 15 % à Lagardère), et 30 % à l’Allemagne via le constructeur DaimlerChrysler alors que l’Etat espagnol récupérait 5,5 % du capital. Détail important, L’Etat français a gardé un droit de véto triple pour les alliances stratégiques, pour les augmentations de capital et pour les restructuration industrielles. L’Etat a donc les moyens juridiques aujourd’hui de faire prévaloir l’intérêt général sur l’intérêt des actionnaires, comme l’affirme Ségolène Royal.

De plus, dans la stratégie des actionnaires, on a pu constater progressivement un désintérêt croissant des deux principaux actionnaires privés Lagardère et DaimlerChrysler, le premier voulant se recentrer sur les médias et le second sur l’automobile en difficultés. Cela s’est traduit par le désengagement de Lagardère qui se défait de 7,5 % du capital d’ici 2009, racheté en partie par une banque russe.

On peut citer aussi les problèmes spécifiques de compétitivité européenne dus à la surévaluation de 30 % de l’euro face au dollar qui réduit progressivement les marges de profit sur chaque avion vendu. L’idéologie pathologique suicidaire de la BCE et de son surintendant Trichet entraîne l’Europe dans une difficulté majeure parce qu’elle mine les fondements de l’industrie européenne obligée de faire face à des contraintes insoutenables en matière de coût. Pour être tout à fait exact, on précisera qu’aujourd’hui Airbus se protège du risque de change en achetant en dollars à ses fournisseurs, y compris français. Si bien que, pour un avion comme l’A380, c’est plus de la moitié de son coût de fabrication (en comptant les moteurs) qui est libellé en dollars. Donc l’exposition à l’euro fort s’est beaucoup réduite.

La réalité de la crise est simple. Airbus a un besoin urgent d’argent. La facture des retards de livraison de l’A380 (moins de 4 milliards d’euros) et le doublement du coût de développement de son futur A 350 (10 milliards d’euros) imposent à ses actionnaires de trouver de l’argent frais. La solution proposée par Ségolène Royal de faire monter en régime les régions concernées qui prendraient 5 à 10 % du capital en réunissant 150 millions d’euros, est une bonne solution. Les landers allemands ont pu réaliser le même chose en rachetant le capital vendu par DaimlerChrysler. Faire prévaloir la stratégie industrielle, l’emploi et le nationalisme économique face à la logique de la finance uniquement intéressée par la restauration des profits et du cours de bourse, est une bonne solution. Le volontarisme économique et politique cher à Ségolène Royal, tel qu’elle l’a décrit à Mont-de-Marsan le 1er mars, est illustré ici de bien belle manière. Mais une telle initiative bute sur un obstacle juridique: le code général des collectivités territoriales exclut – sauf autorisation prévue par décret en Conseil d’Etat- toute participation dans le capital d’une société commerciale et de tout autre organisme à but lucratif. Cette décision est donc politique, elle est au cœur de ce qui oppose socialiste et libéraux dans cette campagne comme pouvait l’être la Directive européenne sur les services en 2005.

Quant à M. Sarkozy, pour mémoire, il a proposé lui de s’en remettre à la logique du marché et des actionnaires. C’est une solution de renoncement, de fatalité, dogmatique et idéologique, c’est une mauvaise solution !!!!

Les travailleurs sauront faire le choix dans 1 mois et demi ……

Eric FRICOT