Invité par Gilles Pargneaux, premier secrétaire fédéral du PS et maire d’Hellemmes, Jean-Pierre Chevènement a plaidé sans réserve pour Ségolène Royal.

PAR LAURENT WATIEZ
PHOTOS CHRISTOPHE LEFEBVRE
Il le reconnaît lui-même : son parcours est un peu chaotique. Lui justifie cela par une « certaine déontologie ministérielle ». Référence subtile au fameux : « Un ministre, ça ferme sa gueule ou ça démissionne ». Jean-Pierre Chevènement a son caractère. En 1983, il quitte le gouvernement de Pierre Mauroy pour protester, déjà, contre la « parenthèse libérale ». En 1991, il rend son paquetage de ministre de la Défense pour protester contre l’engagement de l’armée française en Irak. Deux ans plus tard, c’est le PS qu’il abandonne, pour transformer son Mouvement des citoyens en véritable parti. Nommé ministre de l’Intérieur en 1997, il s’en va avec fracas en août 2000, furieux de la reconnaissance officielle des mouvements nationalistes corses. Le divorce avec Lionel Jospin et le PS est consommé lors de l’élection présidentielle de 2002, où il obtient le score flatteur de 5,33 %. Une performance qui le place en sixième position des candidats, mais qui surtout, aux yeux de nombreux socialistes, prive la gauche d’une présence au second tour.
Hier soir, la grande famille était réconciliée. Jean-Michel Stievenard a évoqué ses souvenirs de 1981, espérant les revivre en 2007. Yves Perlein aussi, qui anime depuis de nombreuses années à Villeneuve-d’Ascq le mouvement chevènementiste. Olfa Laforce, au nom de la section socialiste locale, a dit « tout le plaisir et l’honneur de t’avoir parmi nous », tandis que Sylvie Mazzolini apportait la caution du Parti radical de gauche.
Tous ont appelé, bien entendu, au succès de Ségolène Royal. Mais aucun n’a assumé la tâche avec autant de fougue et de verve que l’ancien ministre de l’Intérieur. Le privilège de l’âge, sans doute, et de l’expérience. D’abord sans notes, il s’est livré à un féroce réquisitoire contre Nicolas Sarkozy, « piètre orateur », « amoureusement couvé par les quinze familles du CAC 40 », « adepte d’une thérapie libérale de choc, une sorte de madame Thatcher en pantalon de golf ! » Puis il a défendu, sans réserve, la candidate socialiste. « C’est la force de Ségolène Royal de barrer la route à cet homme-là ». Jean-Pierre Chevènement lui reconnaît le mérite « d’avoir souhaité de nouvelles règles du jeu ». D’exiger, par exemple, une « Europe qui protège contre les délocalisations », qui prône « une harmonisation des règles fiscales, une véritable politique industrielle ».
D’être celle, surtout, qui a le potentiel de faire gagner la gauche, de tenir « la potentialité du rassemblement et de la réconciliation ». Discours en main, la fin du propos paraîtra plus « dirigée ». Jusqu’à la Marseillaise.