Nous ne sommes pas superstitieux et ce vendredi 13 ne marquera pas l’histoire d’une tâche indélébile. La déclaration de Michel Rocard ne me surprend pas. Elle est dans la lignée du combat de cette deuxième gauche contre laquelle nous avons toujours ferraillé. Ma mémoire de militant est pleine de ces luttes contre « la gauche américaine ». Je me souviens du congrès de Nantes en 1977 et du discours de Michel Rocard sur les deux cultures. Je défendais alors la motion du CERES qui eut un certain écho dans ma section. Et puis vint le congrès de Metz. Alors responsable des étudiants socialistes de Bordeaux, j’ai en mémoire ces débats de fond dans une nouvelle configuration, celle de l’alliance entre le CERES et les mitterrandistes. Pour Rocard, il s’agissait encore de vilipender les jacobinistes et l’Etat contre la société civile, parée de toutes les vertus. La victoire de la stratégie d’union de la gauche en 1981 devait nous donner raison. Et nous pourrions aussi évoquer le rôle de Rocard dans les choix monétaires d’arrimage du franc au SME et ceux de la rigueur qui en découlaient. C’était en 1983. Nous avions eu des débats houleux dans ma fédération socialiste de l’Ain qui devait accueillir cette année là le congrès national; celui de Bourg en Bresse. Ces questions secouaient bien sûr tout le Parti et notamment le secteur entreprise au sein duquel je militais. Michel Rocard, premier ministre de l’époque, fut aussi un ardent préparateur et défenseur de la signature du traité de Maastricht - qui supposait plus tard l’adoption du pacte de stabilité – contre lequel nous fûmes nombreux à nous élever avant de quitter le P.S, qu’il dirigeait alors, pour fonder le Mouvement des Citoyens. Décidément, cet homme intelligent et influent, a toujours été du côté de la gauche qui renonce après son départ du PSU en 1974.

Aujourd’hui de quoi s’agit-il ? La stratégie de rassemblement des forces de gauche au service d’une politique audacieuse visant la réorientation de l’Europe et la conduite d’une nouvelle politique économique et sociale en France, n’a pas la faveur de Michel Rocard, Constant dans son refus d’une politique vraiment alternative à celle des libéraux; il peut en toute bonne conscience déclarer aujourd’hui : « Socialiste et européen depuis toujours, j’affirme que sur les urgences d’aujourd’hui rien d’essentiel ne sépare plus en France les sociaux-démocrates et les démocrates-sociaux, c’est-à-dire les socialistes et les centristes. Sur l’emploi, sur le logement, sur la dette, sur l’éducation, sur l’Europe, nos priorités sont largement les leurs. Sur la société, sur la démocratie, sur les femmes, sur l’intégration, sur la nation, nous partageons les mêmes valeurs. » Monsieur Rocard a le droit de penser cela. Mais il ne pense plus en homme de gauche quand il veut entraîner dans ses turpitudes les sociaux libéraux. La réponse de notre candidate est sans appel et c’est dans la clarté qu’elle aborde aujourd’hui cette dernière ligne droite avant le premier tour. Une fois encore Michel Rocard a succombé à la tentation de renoncer à l’essentiel. Une fois encore, à la base, nous sommes appelés à combattre énergiquement ses funestes desseins de toute la force de nos convictions.

Xavier DUMOULIN