Approche très partiale du journal Le Monde http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-823448,36-896052@51-895556,0.html

 Ce devait être une journée Chevènement. Une journée symbolique pour conjurer, en compagnie du candidat à l’élection présidentielle de 2002, un certain 21 avril. « Pour faire en sorte que le 22 avril ne ressemble pas au 21-Avril », a même lancé Ségolène Royal dans la salle des fêtes de Belfort, devant un millier de personnes qui attendaient, vendredi 13 avril, la candidate et le maire tout juste revenus des ateliers d’Alstom. Mais la publication de la tribune de Michel Rocard a perturbé le message.

Dehors, une poignée de militants du Front national avait tenté, à distance, de troubler la réunion. Drapeaux tricolores contre drapeaux tricolores puisque, désormais, ceux-ci accompagnent les manifestations de la candidate socialiste. Rien de préoccupant.

A l’intérieur, Jean-Pierre Chevènement n’a pas ménagé sa peine pour Mme Royal : il salue en elle une « femme résistante, courageuse, opiniâtre », et devient franchement lyrique : « J’ai eu parfois l’impression, lance-t-il, de voir ces peintures où l’on voit des personnes qui flottent entre ciel et terre. » Il en a fait sa religion : « Ça fait longtemps que je n’ai pas été au catéchisme mais je peux dire que tu es l’incarnation vivante de la France. »

« GUERRE CIVILE »

Inutile d’évoquer devant lui la question de l’alliance avec l’UDF. « Je ne me sens absolument pas concerné, tranche-t-il en aparté. Moi, je fais la différence entre Ségolène Royal et François Bayrou, ce n’est pas le même programme. » Si d’autres ne la font pas au PS, ce n’est pas son affaire.

Au côté de celui qui pourrait apparaître comme l’antithèse de François Bayrou, Mme Royal voudrait parler du clivage avec la droite, de la politique de son adversaire Nicolas Sarkozy faite, dit-elle dans la salle des fêtes de Belfort, « de brutalité, de violence, de guerre civile même, puisque rien n’est réglé dans les banlieues ».

« Son bras droit, M. Hortefeux, commence à négocier en douce avec le Front national, accuse-t-elle, en sonnant la mobilisation. Si l’on veut battre cette droite dure, qui cache ses véritables intentions (…), il nous faut le plus gros score possible dès le premier tour ». Elle en « appelle à tous les citoyens de gauche » mais aussi « à toutes celles et ceux qui ne savent pas, qui ne comprennent plus les clivages gauche-droite ». « Mais regardez, s’exclame la candidate, ils sont sous nos yeux les clivages ! »

Arrivé en cours de route dans le Ségotour, Arnaud Montebourg prend le relais pour parler de « quelque chose de beaucoup plus intéressant que Rocard » : la « front-nationalisation de la campagne de Nicolas Sarkozy ». « Ministère de l’immigration, l’affaire génétique, tous les signaux sont envoyés, affirme le porte-parole de Mme Royal. Ils sont en discussion à voix haute devant le pays. Chirac est sorti, la voie est libre. On est en train de voir naître une coalition front-nationalisée. »

Jean-Pierre Chevènement, lui, est encore là, le soir, au meeting de Mulhouse. Il écoute sans broncher le discours du maire socialiste, Jean-Marie Bockel qui, bien qu’écourté brutalement par la musique, tend la main à « cet électorat modéré et centriste que nous connaissons bien en Alsace (…), pétri comme nous de valeurs humanistes sociales ».

De toute façon, la journée du « Che » était un peu gâchée.

Isabelle Mandraud