En librairie depuis le 17 janvier 2007: « A droite toute » donne des clefs intéressantes pour comprendre la situation politique au lendemain de ce second tour. Le constat d’une droitisation du pays et de l’Europe est pertinent. Il est étayé par une approche du néolibéralisme et de ses processus économiques, politiques, sociaux et idéologiques. La critique de la gauche européenne devrait nous interroger quand certains, à gauche, prêchent un nouvel aggiornamento. Néanmoins sa thèse sur la posture de Ségolène Royal nous paraît critiquable et, peut être, en contre-sens. Ce livre est à recommander en ce qu’il alimente une réflexion bien actuelle.

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Quatrième de couverture et extraits de l’introduction

Et si la France de 2007 était à droite comme rarement dans son histoire ? Le sens de l’histoire s’est retourné. La droite ne se bat plus dos au mur face à un progressisme conquérant. Portée par le dogme libéral et la vague de la mondialisation, elle cherche à remodeler la société. Nicolas Sarkozy incarne cette nouvelle droite française, post-nationale et débarrassée de ses anciens complexes. La force du candidat de l’UMP est de se situer au croisement des trois traditions de la droite distinguées par l’historien René Rémond. Sarkozy est « orléaniste » par ses convictions libérales, « bonapartiste » par son autoritarisme et « réactionnaire » dans son approche de la société. Ce livre analyse les différentes facettes de cette mutation de la droite française en la comparant aux évolutions internationales. Aux Etats-Unis comme en France, les conservateurs réussissent à séduire une large partie des couches populaires en exploitant le besoin d’autorité stimulé par l’instabilité économique. L’acceptation des inégalités sociales, compensée par un discours hypocrite sur le mérite individuel, traverse l’ensemble du monde occidental. L’idéologie de droite s’appuie encore sur l’hyper-individualisme contemporain. Elle impressionne jusqu’à ses adversaires historiques. La percée de Ségolène Royal s’inscrit dans le mouvement de droitisation des gauches dans les pays riches et vieillissants.

Une mutation historique

Une victoire de Sarkozy, puis de l’UMP, en 2007 marquerait sans doute une étape historique majeure. Pour la première fois, une droite d’inspiration clairement libérale aurait devant elle cinq années pour appliquer son programme. Elle ne s’en priverait certainement pas, profitant d’un contexte porteur. Car son projet s’inscrit dans des évolutions sociologiques et idéologiques des sociétés occidentales favorables à ses valeurs. Ce livre entend pointer certains éléments de cette droitisation qui n’épargne pas la France.

Nous commencerons par resituer les mutations de la droite française dans son contexte historique. Celle-ci revient de loin. Portant le péché originel de son opposition à la Révolution, le camp conservateur a longtemps été victime d’un complexe d’infériorité. La droite était honteuse et se laissait facilement culpabiliser par la gauche. Tout cela a changé dans les dernières décennies. La droite s’est progressivement affirmée par elle-même. Se dépouillant de l’héritage gaulliste, elle est insensiblement passée sous hégémonie libérale. Jacques Chirac a joué un rôle dans cette conversion, mais c’est Nicolas Sarkozy qui l’a porté jusqu’au bout. On verra que le candidat de l’UMP a réussi à être le fédérateur de son camp en synthétisant les héritages des trois droites françaises (légitimiste, orléaniste et bonapartiste) distinguées par l’historien René Rémond.

On mettra aussi ces évolutions en relations avec les nouveaux équilibres idéologiques d’un monde occidental entraîné par la révolution néolibérale. Le discours sarkozien s’éclaire à la lumière des expériences de la droite américaine. Le candidat de l’UMP s’en inspire lorsqu’il mêle libéralisme économique et autoritarisme sociétal ou encore dans sa manière de se saisir de la question religieuse. Des deux côtés de l’Atlantique, les droites ont entrepris une reconquête des couches populaires aux prises avec de multiples insécurités. Elles marquent des points dans les milieux intellectuels où la pensée de gauche est en crise profonde. Le conservatisme profite aussi du pessimisme qui considère comme naturelles les inégalités sociales. On s’interrogera aussi sur l’inversion du rapport à la nation d’une droite française essentiellement convertie aux thèses mondialistes.

La droitisation des pays riches balaie enfin la totalité du spectre politique. Nombre d’idées de droite ont pénétré ses adversaires historiques. Les gauches occidentales sont engagée depuis plusieurs années dans un recentrage spectaculaire. C’est désormais la gauche, et non la droite, qui n’a plus confiance en elle-même. S’inscrivant dans le cadre mental du camp opposé, elle peine à marier ses anciennes valeurs avec des choix politiques contraints. Le PS n’est pas imperméable à ces évolutions, comme en témoigne l’investiture de Ségolène Royal. Dans sa tentative de reconquête des couches populaires, celle-ci a multiplié les clins d’œil à droite. Il est vrai que la France ne s’est toujours pas remise du traumatisme du 21 avril 2002. L’extrême droite continue à focaliser l’attention de l’ensemble des forces politiques. C’est une France à droite comme rarement qui risque de sortir des urnes au printemps 2007.

 

Eric Dupin est journaliste. Ancien éditorialiste à Libération, il a collaboré à de nombreux titres de la presse française. Auteur de plusieurs essais, il enseigne l’analyse des médias à l’Institut d’études politiques de Paris et publie un blog (http://ericdupin.blogs.com).