Pour rester en lice pour 2012, l’ex-candidate veut conserver ses atouts de campagne.

Par Paul QUINIO

QUOTIDIEN LIBERATION : mardi 8 mai 2007

  «V ous pouvez compter sur moi pour approfondir la rénovation de la gauche. [...] Je serai au rendez-vous de ce travail indispensable et j’assumerai la responsabilité qui m’incombe désormais.» Il est 20 h 05, dimanche, quand Ségolène Royal, reconnaissant sa défaite, indique qu’elle s’apprête à continuer le combat. Sourire aux lèvres, certes, mais sans détour. Cinq minutes lui auront suffi pour changer de personnage, quitter les habits de la candidate pour endosser le costume de chef de guerre. L’intention est double : rappeler d’emblée qu’elle ne déserte pas comme Lionel Jospin, et couper immédiatement l’herbe sous le pied des éléphants tentés de dégainer leurs critiques sur les plateaux télé. Mise à part la sortie express de Strauss-Kahn, d’ailleurs vite atténuée, l’opération a plutôt bien fonctionné.

Mais, n’en déplaise à Julien Dray qui voit en Ségolène Royal «une grande dirigeante», il n’est pas inconvenant de se demander si l’ex-candidate a les moyens de l’ambition affichée dimanche soir. Pour une raison très simple : jamais Royal n’a démontré de goût pour la joute partisane, les conclaves d’appareil, la constitution de réseaux, l’entretien d’une écurie. C’est d’ailleurs en faisant le contraire qu’elle a remporté la course à la désignation interne : elle a contourné le parti, elle s’est appuyée sur sa popularité auprès des militants et a même porté comme un étendard sa volonté d’incarner «une autre manière de faire de la politique». 

Malgré la défaite, ses atouts d’hier peuvent-ils être sa force de demain ? Un cadre socialiste, pas franchement ségoliste, est obligé de reconnaître l’engouement qu’elle a suscité pendant la campagne auprès des socialistes. Et tous les cadres du PS ont en mémoire les 60 % de voix obtenus lors de la primaire interne. Un socle sur lequel elle peut continuer de s’appuyer, en sus des 16,8 millions de voix obtenues dimanche.

Pour s’imposer, Ségolène Royal aura besoin de relais dans le parti. Pourra-t-elle compter sur la fidélité des barons locaux qui se sont précipités dans ses bras il y a un an ? «Elle peut coaguler les apparatchiks qui l’ont accompagnée et qui ne pourront pas se déjuger», pronostique un responsable fédéral. Leur attitude pourrait dépendre des résultats obtenus dimanche sur leurs terres par Ségolène Royal. Un de ses très proches confiait hier vouloir «[se] retirer sur son Aventin». Explication : Sarkozy est arrivé largement en tête dans son fief. Pour tisser un vrai réseau, Ségolène Royal devrait pouvoir compter sur François Rebsamen, son ex-directeur de campagne et, surtout, ancien responsable des fédérations.

Enfin, sur sa route, l’ex-candidate trouvera le premier secrétaire, François Hollande. Un membre de la direction du PS glissait hier que «les barons du PS soutiendront Ségolène Royal car ils veulent se débarrasser de François Hollande». Ambiance.