Pour le journal de gauche berlinois, le nouveau président a certes un programme de rupture, mais il devra l’appliquer avec la bonne vieille droite française qui est au gouvernement depuis des années.

Impossible de trouver quoi que ce soit à redire au résultat. Nicolas Sarkozy a convaincu les électrices et les électeurs français. Ceux-ci se sont prononcés sans ambiguïté en faveur de l’homme fort, ainsi qu’il s’est présenté. Ils ont élu le dur de la droite, à côté duquel même le président sortant fait figure de gauchiste. Pour un programme axé sur des solutions radicales. On pressent des coupes sombres dans le droit du travail, dans la protection contre le licenciement et le droit de grève, ainsi qu’un dégraissage du service public.Sarkozy a réussi à attiser les peurs de ses concitoyens et à les utiliser à ses propres fins. Il a su jouer aussi bien avec les angoisses très répandues que suscite la menace de l’appauvrissement individuel, de la perte de son emploi et de son domicile, qu’avec celle liée à une déchéance présumée de la France dans le monde, et avec celle, brandie par l’extrême droite, d’un « trop-plein d’étrangers », conséquence de l’immigration musulmane. Il s’est expressément adressé à « tous ceux qui ont peur ». Et il leur a promis : « Je vais résoudre vos problèmes. »Paradoxalement, en dépit du plébiscite de dimanche, il n’est pas sûr du tout que Sarkozy fasse prendre à la France ce fameux grand tournant politique. Car il compte appliquer cette nouvelle politique qu’il promet avec la même équipe, les mêmes politiciens que ceux avec lesquels il dispose depuis cinq ans de la majorité absolue à l’Assemblée.

Le propre bilan de Sarkozy au ministère de l’Intérieur est le reflet de cette contradiction entre promesses et réalisme politique. Son succès n’est incontestable que dans le domaine de la lutte contre les accidents de la route mortels. Dans le domaine essentiel de la sécurité, on a recensé davantage de voitures incendiées et d’émeutes en banlieue que jamais encore auparavant. Sa victoire s’explique en partie par le fait qu’il a pu réussir à faire oublier ce bilan.