Le leader conservateur assouplira le système des 35 heures et durcira les lois d’immigration, estime le quotidien espagnol.

Les banlieues françaises brûleront-elles ? Ou au contraire, Sarkozy est-il la seule personne capable de mener à bien les réformes dont le pays a un besoin urgent pour renouer avec la croissance économique ? Jamais un candidat n’avait suscité un mouvement d’adhésion et de rejet aussi fort, et jamais un candidat n’avait déclaré si clairement son ambition : changer radicalement le pays.Nicolas Sarkozy, 52 ans dont 30 en politique, n’a pas caché sa volonté de mettre fin au système que la France a élaboré tout au long de ces dernières décennies : il assouplira les 35 heures, retirera les allocations chômage à ceux qui refusent deux fois de suite une proposition d’emploi, bouclera à double tour les récidivistes, supprimera presque totalement les droits de succession et réduira les impôts, créera un ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale, il limitera à deux mandats la fonction présidentielle, il prônera un mini-traité pour l’Union européenne, obligera les élèves à se lever quand le maître entrera en classe, instaurera un service minimum dans les transports et durcira les lois d’immigration pour le regroupement familial… »Ensemble tout est possible » proclamait son slogan de campagne – une campagne au cours de laquelle il a fait des concessions à l’extrême droite pour le premier tour et au centre pour le second tour ; s’il reflète l’ambition de quelqu’un qui souhaite changer la France de fond en comble, ce slogan tient également compte du rejet de la mondialisation et d’un sentiment de protectionnisme économique que partage la majorité des citoyens (les critiques contre la Banque centrale européenne pour maintenir l’euro à un niveau aussi élevé figure parmi ses thèmes favoris).

« Ils nous reste deux jours pour dire adieu à l’héritage de Mai 68″, s’exclamait-il à la fin de son dernier meeting de campagne, à Montpellier, reprenant ainsi une autre de ses obsessions : effacer de la conscience collective française le souvenir de ce printemps où l’on trouvait la plage sous les pavés. Son projet de seize pages est résumé en 15 points, qui vont de « la fierté d’être Français » à « la réhabilitation du travail », en passant par « l’Europe comme résistance à la mondialisation » ou « vaincre le chômage ».

« Sarkozy est quelqu’un qui maîtrise parfaitement les moyens de communication publique et le langage politique », explique la politologue Fiammetta Venner. Cette habileté l’aidera à vendre ses premières mesures – en France on dit qu’un président fraîchement élu doit prendre les décisions les plus importantes de son mandat dans les premières semaines ; mais elle lui a également permis de se démarquer de l’action d’un gouvernement dont il a fait partie, détenant deux portefeuilles aussi essentiels que les Finances et l’Intérieur, et de survivre à une campagne qui a été centrée sur les attaques à son encontre.

« Elire Nicolas Sarkozy serait dangereux », déclarait Ségolène Royal le dernier jour de la campagne. « Je crains que des émeutes puissent éclater après son élection ; c’est d’ailleurs quelque chose dont tout le monde parle dans les banlieues », souligne l’écrivain Mohamed Razane, travailleur social spécialiste des jeunes contestataires et auteur du roman Dit Violent (Gallimard), qui vit en Seine-Saint-Denis, département qui concentre une grande part des quartiers les plus chauds. « C’est le département qui a enregistré le plus grand nombre d’inscrits en France, et ce n’est pas parce que les jeunes recommencent à croire à la politique ; cela s’explique davantage par le mouvement anti-Sarkozy », poursuit Razane.

Guillermo Altares
El País

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