Le président d’honneur du Mouvement Républicain et Citoyen était l’invité du Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI dimanche soir. Une semaine après la défaite de Ségolène Royal, dont il était membre de l’équipe de campagne, il livre ses sentiments sur le nouveau président. Mais ses pensées vont aussi aux futures législatives.

Haro sur Sarkozy

« Bonapartiste », « brutal », « nerveux », « ultralibéral »… Sur le fond comme sur la forme, Nicolas Sarkozy n’a pas les faveurs de Jean-Pierre Chevènement. Rien de nouveau pour ainsi dire. Seul « l’habileté » de Nicolas Sarkozy est reconnu par le président d’honneur du MRC et encore n’est-ce pas là le compliment le plus profond.« C’est au pied du mur qu’on voit le maçon »  a-t-il tout juste concédé, affirmant vouloir attendre les premières actions du président et juger sur pièce. « Mais je suis inquiet », par exemple sur l’Europe et alors que Nicolas Sarkozy n’envisage pas de faire passer un nouveau texte constitutionnel devant les Français via un referendum.Pour autant, et malgré ses craintes, Jean-Pierre Chevènement a dénoncé les mouvements violents dans les rues et a jugé « inopportuns » les appels à manifester, notamment des étudiants. Il préfère « s’ancrer dans les valeurs républicaines » et construire une opposition passant par le vote : « ce que les urnes ont fait, les urnes peuvent le défaire », a-t-il expliqué.

Quant à la formation du gouvernement et l’ouverture à gauche, l’ancien ministre de l’Intérieur montre un réel détachement relativisant les approches d’Hubert Védrine et de Claude Allègre.

Royal sauvée face au PS

Sur la défaite de Ségolène Royal, Jean-Pierre Chevènement a cherché à positiver en voyant dans le vote en faveur de la socialiste l’adhésion de « la force du travail » et des jeunes chez lesquels elle a obtenu la majorité. En somme, faisant un parallèle avec l’élection de 1974, il veut y voir d’abord la création d’une « dynamique ».

Cela ne le dispense pas d’apporter certaines explications à l’échec. Il a très clairement attaqué l’attitude des « éléphants » du parti et leur faible mobilisation derrière la candidate. Il y voit leur incapacité à suivre la voie ouverte par Ségolène Royal. Car Jean-Pierre Chevènement veut croire à la nouveauté incarnée par la socialiste et défend sa campagne et ses idées, par exemple sur les 35 heures ou les régimes spéciaux. « Je ne suis pas de ceux qui vont l’accabler », a-t-il résumé.

Mais il souligne « les démons » de la gauche notamment « un laxisme » sur les questions de sécurité, de régularisation des sans-papiers, des rapports aux symboles de la nation. Même ton sur les sujets économiques et le place du « mérite et du talent » dans la société. Car Jean-Pierre Chevènement reste assez critique sur le fond. Illustration des divergences de vues qui règnent encore et toujours à gauche. Pour répondre à ces constats, il appelle de ses voeux la formation d’un grand parti « républicain » de gauche réunissant « tous les talents ». Et pour porter cette refondation de la gauche, il n’en voit qu’une : Ségolène Royal.

A.B.