Par Grégory BLACHIER
leJDD.fr (avec Reuters)

Le Parti socialiste tient ce samedi un Conseil national pour préparer les élections législatives. Si l’heure est officiellement au rassemblement pour éviter un naufrage électoral après la défaite de Ségolène Royal à la presidentielle, cette réunion au sommet prépare aussi le futur d’un parti qui va devoir se rénover et s’extirper des ambitions individuelles qui le minent depuis 2002.

La Mutualité. En un lieu tient le principe auquel les socialistes doivent s’attacher, ce samedi, lors du Conseil national. Réunis dans cette salle parisienne connue pour les rassemblements politiques, les membres du Parti socialiste veulent oublier momentanément leurs divisions pour préparer les législatives. Au cours de la journée, ils doivent entériner leur programme et arrêter la liste des candidats aux élections qui détermineront l’envergure de leur force d’opposition, après la victoire incontestée de Nicolas Sarkozy à l’élection présidentielle, et le sillon creusé au centre par François Bayrou. Dès son arrivée à la Mutualité, Ségolène Royal, qui a renoncé au siège de députée qu’elle occupait depuis 1988 au profit de sa présidence de région (Poitou-Charentes), a souhaité qu’il n’y ait « pas de débats inutiles (…) qui pourraient entraîner des difficultés ou freiner le mouvement positif, essentiel, indispensable, pour gagner le plus grand nombre de circonscriptions« . Le mot d’ordre est donc, au moins jusqu’au 17 juin, au collectif, afin que la défaite présidentielle ne mue pas en déroute aux législatives. « Aujourd’hui, les enjeux ne sont pas des enjeux personnels« , a martelé la candidate battue dans la course à l’Elysée, ajoutant que c’est le premier secrétaire qui conduira la mobilisation.« Disponible« 

Arrivés ensemble, la candidate et le premier secrétaire, en l’occurrence son compagnon François Hollande, ont découvert une manifestation de soutien organisée par des militants de la Ségosphère et de Désirs d’avenir, deux sites internet pour un message qui, lui aussi, paraît de plus en plus virtuel : « Gloire à nos dirigeants qui font bloc avec Ségolène« . Illusoire car ce Conseil national, s’il devra donc être le théâtre d’un rassemblement, semble surtout être la dernière étape avant l’entrée en guerre des chefs. Toute trompe dehors, les « éléphants » socialistes ont commencé, dès dimanche, à se disputer le leadership de la rénovation d’un parti qui aura pâti de ses divisions et de l’indépendance peu appréciée de la candidate. Trois minutes après les résultats, Dominique Strauss-Kahn, battu par Ségolène Royal lors de la primaire socialiste, se disait, oeil sévère et ton grave à l’appui, « disponible » pour mener la rénovation sociale-démocrate, un mot employé par Royal vendredi… Samedi matin, il ne s’est pas exprimé en arrivant à la Mutualité.

« Plus de nous, moins de je« 

Le troisième concurrent de la primaire, Laurent Fabius, s’est en revanche confié. L’ancien ministre des Finances, désormais tenant d’un PS ancré à gauche, a plaidé lui aussi pour le rassemblement. « Il faut que l’on pratique un peu plus le ‘nous’ et un peu moins le ‘je’« , a-t-il préconisé, insistant par l’image sur le danger d’une ouverture au centre : « Nous devons évidemment être ouverts à tous ceux qui veulent nous rejoindre mais si vous appuyez à la fois dans une voiture sur la pédale droite et la pédale gauche, en général ça donne peu de résultats« . Dans Libération de samedi, il disait déjà que « la situation exige notre unité« , tempérant en apparence ses propres ambitions en donnant à Ségolène Royal « le rôle d’une importante responsable socialiste » mais plaidant pour un PS « modernisé et non pas droitisé« . Dans le quotidien, l’eurodéputé Vincent Peillon, soutien de Royal et cofondateur du nouveau Parti socialiste, souhaitait simplement que les socialistes s’attachent à « se rassembler et relancer une dynamique pour les législatives« .

Face aux défis de la division et à la lutte d’influence qui attend le PS après les législatives, ces élections, qui devraient être au centre du Conseil national, paraissent à la fois primordiales et futiles. Primordiales parce qu’un score trop faible réduirait la voilure du parti à l’Assemblée, et exacerberait les ambitions personnelles, d’autant que le PS, plutôt pessimiste, redoute le spectre de 1993, et ses 67 fauteuils parlementaires seulement, contre 141 aujourd’hui. Futiles, parce qu’à ce jour, personne ne semble se soucier des listes, alors que les dirigeants devront tout de même procéder à quelques arbitrages, au risque de provoquer des dissidences. Plutôt qu’un principe, la Mutualité n’est encore qu’un lieu pour les socialistes.