Il a gagné. Plus démagogue parce que simpliste dans ses slogans , droit dans ses bottes d’homme de droite néo-conservateur et décomplexé. Il a recueilli les fruits d’un travail de longue haleine commencé en mai 2002 quand il pénétra au ministère de l’intérieur. Sa chance est de n’avoir jamais été nommé 1er Ministre. Il l’eut fallu au lendemain du 29 mai 2005 car cela lui aurait laissé le temps de se brûler durablement les ailes. Il a réussi le hold-up parfait par une programmatique qui a mieux collé aux aspirations d’une France vieillissante, recroquevillée, qui met en avant l’individualisme, la sécurité, qui stigmatise des groupes (les « assistés » contre les « vaillants qui se lèvent le matin et cotisent »). Il a du talent pour dire tout et son contraire dans un même discours . Il a bénéficié d’un travail de fond des grands médias (1), adossés aux grands groupes financiers, qui ont préparé « du temps de cerveau humain disponible » pour les idées d’une droite qui ne fait que singer les grandes thématiques de la droite réactionnaire incarnée par Bush aux Etats-Unis. Mais il a su s’adresser au peuple. L’élection se gagne ou se perd d’abord dans ces catégories populaires représentant les 3/5 du corps électoral. Pourtant, il ne sera que le cheval de Troie d’un système libéral et mondialisé en restant du côté des forces de l’argent (le coup du Fouquets et de la croisière jet set est bien révélateur !!!)

Nous sommes tristes, réellement, parce qu’après avoir soutenu un autre candidat pendant la primaire, elle était notre candidate, celle investie par les militants. Cela justifiait de fait notre soutien plein et entier. Parce que les valeurs et décisions affichées avaient en partie repris de manière synthétique l’essentiel de ce qui pouvait nous rapprocher (même si certaines mesures étaient difficiles à porter). Hélas, un catalogue de mesures crée-t-il une politique clairement identifiable quand l’élection se résume à une bataille d’images, entre un camp rassemblé et un autre hélas très, trop morcelé, dans lequel les couteaux dans l’ombre, furent aiguisés patiemment en réserve de la République ?

La campagne a été dure, longue, passionnée et passionnante. La politique a fait son retour. Enfin !!! Les citoyens se sont mobilisés massivement, de droite comme de gauche et cela fait du bien. Mais rien n’est fini. Au contraire, tout commence…..

Cette élection va marquer la France et le quinquennat qui nous attend va être sportif. On va basculer dans une nouvelle ère politique, faite de paillettes, de démagogie mais aussi d’action, de ruptures vers un modèle qui ne correspond pas à la culture française. Des lendemains difficiles attendent les classes populaires, celles qui en partie ont été siphonnées en basculant du Front National vers le sarkozysme…..

Des lendemains difficiles attendent aussi la gauche et notre mouvement parce que le choc du 21 avril 2002 n’a jamais été analysé. Il impliquait des refondations toujours refusées ou ajournées. Il était, il est vrai, tellement plus simple d’attendre que la droite se plante …. . Ce n’a pas été le cas malgré la multiplicité des occasions qui auraient dû placer l’élection sur le terrain social. Notre cible aurait dû être Sarkozy. On lui a laissé le terrain libre dans tous les médias. Il n’a jamais du affronter le bilan désastreux de la droite car il a réussi à faire croire que cette action n’était pas la sienne.

Cette élection montre aussi que les lignes ont bougé en France, que des recompositions sont possibles, que le curseur thématique du PS devra évoluer dans une société qui a changé. Il conviendra sans doute de remettre à plat de nombreux débats en les abordant sans concession et sans tabou, à la lueur d’une société qui n’est plus la même. Plus individualiste et matérialiste, plus informée, vieillissante mais aussi à la fois ouverte et désireuse de proximité.

La politique doit changer. Le renouvellement générationnel a été un atout à droite dans cette élection avec l’apparition de jeunes et de femmes. Ce renouvellement générationnel est indispensable à gauche car la rénovation n’aura de sens et de crédibilité qu’à la mesure des idées novatrices et des acteurs de terrain nouveau, que notre parti saura présenter à nos concitoyens. Il conviendra aussi de ne pas oublier le parcours difficile et chaotique que notre candidate a rencontré à cause de la multiplicité des coups de poignards reçus et la panoplie des ségo-traitres passés dans le camp adverse. Nous ne l’oublierons jamais.

La jurisprudence Ségolène, si elle se confirme, (un mandant, un seul, pas un de plus) est une chance, un espoir de renouveau, un acte fondateur. Les petites phrases assassines du dimanche 6 mai, 20H05 sont une honte. Elles affichent un mépris à l’égard des militants effondrés qui ont lutté des mois et reflètent une caste de dirigeants que nous exécrons. Ces gens là ne représentent plus qu’eux même aujourd’hui. Ils appartiennent à un passé qui nous a encore conduit à la défaite, une défaite collective …..

(1)voir par exemple le Droit de Savoir sur TF1 la veille du débat du second tour sur la « France qui triche », évidemment celle des pauvres et RMistes !!

E.F