PARIS (AFP) – A quatre semaines des législatives et après leur cuisante défaite à la présidentielle, les socialistes s’affrontent ouvertement, Dominique Strauss-Kahn s’en prenant à François Hollande qui, lui, tente d’ouvrir une perspective en proposant des assises pour un nouveau parti.

 

La bataille se mène sur fond de tentative de débauchage par Nicolas Sarkozy d’anciens ministres socialistes -Hubert Védrine et Bernard Kouchner- qui, si elle réussit, ternirait encore l’image du PS: « ce serait un sale coup pour le Parti socialiste« , a résumé lundi l’eurodéputé Benoît Hamon.

 

Au lendemain d’un Conseil national où les ténors ont cherché à afficher un minimum d’unité, le premier secrétaire a proposé dimanche soir la tenue après les législatives d’ »assises pour refonder un grand parti de la gauche », qui couvrirait « tout l’espace » de la gauche au centre.

 

La ligne de ce parti ne saurait être « sociale-démocrate », un « modèle assez vieillissant », a-t-il dit, coup de griffe à Dominique Strauss-Kahn.

 

La réaction ne s’est pas faite attendre: DSK a accusé nommément lundi le premier secrétaire d’être « le principal responsable » de la défaite présidentielle et de vouloir « fuir, dans des manoeuvres institutionnelles, la réalité ».

 

Mais, face à « la pression » à laquelle il est soumis, et alors que « Ségolène Royal donne l’impression qu’elle veut prendre sa place », François Hollande « ne pouvait pas rester sur une ligne d’immobilisme », et devait « donner le signal d’une évolution future », souligne Pascal Perrineau, directeur du Centre d’études de la vie politique française (Cevipof).

 

La proposition du premier secrétaire procède d’une volonté de recomposition de la gauche à l’italienne, plutôt que d’une main tendue au centriste François Bayrou qui n’est pas pour l’heure « dans une stratégie de changement d’alliance », estime cet analyste.

 

Mais la suggestion d’ »assises » brouille encore un peu plus le calendrier du PS, alors que Ségolène Royal insiste sur la tenue rapide d’un Congrès d’où elle espère sortir une nouvelle fois candidate pour 2012.

 

Une précipitation qui lui est reprochée. Choisir le candidat de 2012 très tôt n’est pas « raisonnable », ce « serait verrouiller le dispositif », a rétorqué Jean-Christophe Cambadelis, proche de DSK.

 

Parler de 2012, « je ne dirais pas simplement que ce serait déplacé, cela aurait un côté un peu irréaliste », a expliqué Laurent Fabius, appelant les dirigeants du PS à « se ressaisir » avant les législatives.

 

« Le moment n’est pas venu » de savoir qui conduira la rénovation au PS, avait affirmé dimanche François Hollande.

 

Le problème, pour Pascal Perrineau, vient du fait que « Ségolène Royal, sans faire le minimum d’auto-analyse nécessaire, ne veut pas endosser la responsabilité du redoutable échec » à la présidentielle et la « rejette sur les dirigeants du parti ». « Or de manière évidente, la responsabilité incombe aux deux », estime-t-il.

 

« Après avoir refusé en 2002 d’analyser son échec historique », le PS est obligé cette fois de le faire « dans l’urgence », même si la veille des législatives « n’est pas le meilleur moment », fait valoir M. Perrineau.

 

« Tout le monde a des responsabilités, cela crève les yeux », assurait aussi lundi le maire de Paris Bertrand Delanoë, jugeant que « pour le moment, François Hollande est le seul légitime pour conduire le PS« .

 

Malgré les passes d’armes, le PS ne semble pas en danger d’éclatement: « avec le mode de scrutin et la claque qu’ils viennent de prendre, il serait périlleux pour qui voudrait jouer le jeu de la scission », souligne M. Perrineau.