Le conseil national du PS, samedi, a montré vos rancoeurs entre socialistes. Comment trouver un langage clair pour vos électeurs ?

Je ne me suis pas exprimé, samedi, car j’ai trouvé le spectacle désolant. Désolant qu’un certain nombre de dirigeants socialistes donnent le sentiment, alors que les législatives sont devant nous, qu’ils vont déterminer la politique pour les cinq ans à venir avec des petites phrases, des attaques personnelles. Je les appelle à se ressaisir vigoureusement. Dans une telle situation, il faut faire preuve d’un peu de recul et de dignité. Vous entendez l’un dire que l’on va vers un autre parti. Ecoutez, si les électeurs auxquels on demande de voter pour les candidats du PS entendent qu’une fois qu’ils auront voté, ce sera un autre parti. Bon… Quelqu’un d’autre dit : cela fait dix ans que nous n’avons fait que des bêtises. Comme argument électoral, il y a quand même mieux. Telle autre voix dit : le problème, c’est de désigner tout de suite le candidat pour dans cinq ans. Avant cinq ans, regardons cinq semaines. Vraiment, il faut que les dirigeants du PS voient quel est l’enjeu, fassent preuve de dignité et aillent à la bataille ensemble, en faisant bloc. Voilà la seule demande que je me permets modestement de formuler.

Ségolène Royal ne prononce même pas le mot de défaite !

Il y a des données. On a perdu, on a perdu. Il y a des chiffres, des faits. Mais évitons qu’on fasse comme si il n’y avait pas une échéance majeure dans cinq semaines.

Aller aux législatives sans tirer les leçons de l’échec de la présidentielle, c’est aller tout droit dans le mur ?

L’analyse est assez simple et presque schématique. Il y avait beaucoup d’arguments pour que nous puissions l’emporter. La preuve, c’est que nous avions emporté toutes les élections précédentes. Six mois avant l’élection, tout le monde nous donnait gagnants. Et puis, patatras ! on a perdu.

Nicolas Sarkozy sollicite des personnalités de gauche pour rejoindre le gouvernement. Est-ce une trahison si, par exemple, Bernard Kouchner rejoint le gouvernement UMP ?

Il n’y a pas besoin de donner de qualificatifs. Le gouvernement est un gouvernement de droite. M. Sarkozy ne s’est jamais caché de vouloir mener une politique de droite. Si on est un homme ou une femme de gauche, je ne vois pas comment faire une politique de droite dans un gouvernement de droite

Où doit commencer et finir la gauche ?

La gauche que je porte avec beaucoup d’autres doit prendre l’ensemble du spectre, qui est large. L’extrême gauche a fait de tout petits scores à la présidentielle. Mais il y a des raisons, ses divisions sont toujours désastreuses. (…) Ceux qui ne veulent pas envisager une prise de responsabilité gouvernementale sont nécessairement à côté de la perspective. Mais ils font quand même partie de la gauche.

Vous ne fermez pas la porte à des désistements éventuels au centre au second tour des législatives ?

A condition que ce soit sur notre plate-forme. Sinon, cela n’aurait aucun sens.

Ségolène Royal n’est-elle pas le leader naturel de l’opposition et du PS pour les années à venir ?

Il y a des questions auxquelles je réponds avec beaucoup de plaisir, mais je ne veux pas me laisser entraîner sur le terrain sur lequel je ne veux pas aller.

Y a-t-il un risque de scission au sein du Parti socialiste ?

Non, je ne crois pas. Il y a quand même une intelligence collective et il y a beaucoup de points communs. Il faut avoir aussi le sens des étapes et le sens des responsabilités.

Le Monde

Propos recueillis par Raphaëlle Bacqué, Thomas Hugues et Stéphane Paoli