Propos recueillis par Maud PIERRON
leJDD.fr

Co-fondateur du Nouveau Parti socialiste (NPS) en 2002, Vincent Peillon est l’un des « quadra » avide d’avenir au PS. Lors de la campagne présidentielle, le député européen a été un des porte-parole de Ségolène Royal. Candidat dans la Somme, poste qu’il a perdu en 2002, il souhaite que le PS mène une campagne offensive, avant de se poser la question de la rénovation.

Vincent Peillon tentera de reconquérir son siège de député, perdu en 2002. (MaxPPP)

Comment le PS va-t-il mener la campagne législative, alors que Nicolas Sarkozy et François Fillon ont nommé un gouvernement d’ouverture, largement soutenu par l’opinion?
Le PS ne se laisse pas intimider même si l’installation du gouvernement occupe tout l’espace. Les gens n’ont pas envie de cracher sur ce qui est neuf, sur ce qui a été choisi, donc ils expriment un avis favorable. Malgré tout, 47% des Français ont voté pour la gauche. On le voit dans nos circonscriptions, les gens veulent un contre-pouvoir. On peut être satisfait sur la forme de ce gouvernement tout en craignant un certain nombre de ses propositions. Le PS va continuer à défendre ses idées et le faire avec le plus d’énergie possible, autour de l’idée qui est celle d’une gauche qui puisse à la fois agir mais qui puisse aussi défendre contre ce qui pourraient être les atteintes du gouvernement Sarkozy/Fillon.
En ce début de campagne, comme durant l’élection présidentielle, les ténors du PS utilisent les termes de danger, de péril, pour qualifier la politique proposée par l’UMP, voire pour qualifier Nicolas Sarkozy. Or il ne semble pas que cet argument ait porté. Pourquoi continuer sur ce registre ?
Je ne sais pas si cet argument est suffisant mais quand on pense dire quelque chose de vrai, il faut continuer de le dire. Ce n’est pas seulement opportuniste. On voit bien dans le gouvernement « d’ouverture » de Nicolas Sarkozy ce qu’il y a d’opportunité, on voit bien que c’est un gouvernement qui est en campagne législative, qui veut un maximum de sièges possible et concentrer le maximum de pouvoirs. Est-ce une bonne chose en démocratie ? Sans doute non. On a donc raison de le dire. Par ailleurs est-ce que Nicolas Sarkozy a brusquement changé le soir de son élection ? Il n’y a pas de raison non plus de penser qu’il y a eu un coup de baguette magique. Un certain nombre de ses projets nous semblent dangereux. La concentration des pouvoirs politiques, financiers et médiatiques est une chose sur laquelle François Hollande a raison d’avertir les Français.

« Nous avons besoin d’ouvrir un nouveau cycle politique à gauche« 

Quels autres arguments mettez-vous en avant ?
Le projet de Nicolas Sarkozy est le même après l’élection qu’avant. Il est de démanteler les éléments fondamentaux du pacte républicain et social. Il est d’avoir une majorité pléthorique pour pouvoir remettre en cause le contrat de travail, pour continuer à faire des cadeaux fiscaux à ceux qui n’en ont pas besoin, pour progressivement mettre en place une franchise sur les soins et faire en sorte que les assurances privées viennent se substituer à la solidarité nationale. Pour tout cela il a besoin, car pour le coup c’est un programme audacieux, d’une très forte majorité. Des pleins pouvoirs quasiment, d’une opposition très faible en tout cas. C’est cela l’enjeu politique pour lui. Il va falloir mieux expliquer ces réformes aux Français parce qu’on n’a pas été assez convaincants jusque là.

Au lieu de s’unir contre ce danger supposé, pourquoi le PS donne-t-il l’impression de partir au combat désuni, tiraillé par les querelles internes ?
Ceux qui ont voulu ouvrir des débats juste après la défaite ont eu tort de le faire. Il est évident que la gauche aura à réfléchir à son échec, à faire de nouvelles propositions aux Français. Mais il y a un temps pour tout. Là on est dans un bagarre frontale qui est celle des législatives. Evidemment, toute désunion est extrêmement préjudiciable, c’est une règle élémentaire de la vie politique. Certains l’ont oublié et c’est dommage mais je pense que maintenant les choses sont rentrées dans l’ordre. Il ne faut pas baisser la tête. Les gens attendent de nous qu’on continue de dire un certain nombre de choses sur les propos de Sarkozy et sur le comportement qui est le sien depuis huit jours. Il faut mener le combat et ne pas rester chez soi, poser les armes et attendre la catastrophe.

« Ceux qui contestent la légitimité de Ségolène Royal se tirent une balle dans le pied« 

Quel sera le rôle de Ségolène Royal dans cette campagne, alors qu’elle ne se présente pas à la députation ?
Elle ne se présente pas car elle s’applique un principe, c’est tout à son honneur, qui est celui du non cumul des mandats. Elle a déjà été députée 15 ans et elle a pris des engagements à la région Poitou-Charentes. De plus, il n’y a absolument pas besoin de se présenter aux législatives pour mener une campagne nationale quand on sort d’une présidentielle. Comment peut on imaginer une seconde qu’elle ne soit pas légitime? Elle vient de représenter toute la gauche au second tour, avec 17 millions de voix. Les gens qui la contestent se tirent une balle dans le pied. Elle va faire de l’expression nationale à travers les médias, puis elle ira soutenir des candidats sur le terrain.

Si on se projette dans l’avenir, après les législatives, faites-vous partie de ceux qui plaident pour la tenue d’un congrès pour entamer la rénovation du PS et désigner le candidat pour la prochaine présidentielle?
Dans l’immédiat je crois qu’on n’est pas dans l’idée de désigner des candidats ou de faire des congrès. Pour avoir été un des principaux animateurs des deux derniers, je n’ai pas trouvé que les congrès étaient des choses utiles. Ça a plutôt figé les positions et on a perdu du temps. On se parlera les uns et les autres après les législatives, mais il faut, me semble-t-il, une démarche beaucoup plus profonde, beaucoup plus longue. Qui ne soit pas une démarche où l’on mélange le travail sur les idées et le travail sur les positions de pouvoir. Je pense enfin que dans cette démarche, il faut associer très au delà du PS, notamment les autres partis de gauche qui sont eux-mêmes en demande de rénovation mais aussi beaucoup de citoyens à l’extérieur du parti, qui comprennent que nous avons besoin d’ouvrir un nouveau cycle politique à gauche. Il faut vraiment un travail en profondeur et un travail qui ne soit pas l’otage de formes de partis qui existent déjà, y compris au PS. On a vraiment besoin d’inventer un processus de refondation nouveau.

Que serait un grand parti qui rassemblerait toute la gauche ?
Je ne veux pas préjuger de la forme que les uns et les autres souhaiteront. Personnellement, j’ai parlé d’assises de la gauche. Il ne faut pas rester entre nous, il faut que les boutiques se décloisonnent, que les partis parlent avec les citoyens, avec les syndicats, et on décidera ensemble si on fait un grand parti de gauche ou si ce n’est pas la bonne formule. Mais il ne faut pas commencer par être obsédés par la question des formes, parti unique ou pas parti unique, ni par celle des personnes. Il faudrait qu’on le soit un peu plus par la question du projet.