PARIS (Reuters) – Six semaines après la défaite de Ségolène Royal à l’élection présidentielle, le Parti socialiste a réalisé un bon score aux législatives, renforçant contre toute attente sa présence à l’Assemblée nationale.

Malgré une participation aussi faible qu’au premier tour, le PS et ses alliés devraient s’attribuer entre 206 et 212 sièges, selon les projections, contre 148 dans la chambre sortante.

En 1997, 241 députés socialistes avaient fait leur entrée au Palais-Bourbon à la faveur de la dissolution prononcée par Jacques Chirac.

Plus qu’un sursaut des abstentionnistes, les principaux dirigeants socialistes ont mis cette défaite moins sévère qu’annoncée par les sondages sur le compte de leur campagne unitaire contre le projet de « TVA sociale » du gouvernement.

Une mesure qui leur a permis de mettre en sourdine les divergences internes – ravivées en début de semaine par la nouvelle main tendue de Ségolène Royal à François Bayrou.

« La vague bleue annoncée qui devait déferler n’a donc pas eu lieu », s’est félicité le premier secrétaire du PS, François Hollande, évoquant un résultat électoral supérieur de 25% par rapport aux législatives de 2002.

Laurent Fabius a salué un « rebond spectaculaire » du PS et de la gauche. Au soir du premier tour, l’ancien Premier ministre socialiste s’était opposé au ministre de l’Economie, Jean-Louis Borloo, sur les projets qu’il qualifiait de « cachés » de la majorité présidentielle en matière de fiscalité.

Pour Claude Bartolone, bras droit de Laurent Fabius réélu en Seine-Saint-Denis, une trentaine de candidats PS « peuvent envoyer des fleurs à Fabius. Il les a sauvés! ».

LES « SEGOLENISTES » ELUS

Contrairement à ce qu’elle avait fait au soir du premier tour le 10 juin, où elle avait pris la parole quelques minutes après François Hollande rue de Solférino – donnant l’image d’un parti à deux têtes – Ségolène Royal s’est exprimée dimanche à Melle, au coeur de la circonscription des Deux-Sèvres dont elle était député depuis 1998 et où elle ne se représentait pas.

La présidente de la région Poitou-Charentes qui se voit en première opposante à Nicolas Sarkozy a tracé « la nouvelle frontière de la gauche », identifiant quatre thèmes de travail pour l’opposition (« travail pour tous », lutte contre le réchauffement climatique, invention de nouvelles relations Nord-Sud et diminution de la dette – un thème cher à l’électorat centriste).

La plupart des proches de l’ancienne candidate à l’Elysée ont sauvé leur siège alors qu’ils étaient en mauvaise posture au soir du premier tour, notamment Arnaud Montebourg (Saône-et-Loire), Jean-Louis Bianco (Alpes-de-Haute-Provence) ou encore Julien Dray (Essonne). Le nombre de « Ségolénistes » est un enjeu crucial pour peser au sein du futur groupe parlementaire.

Après ce marathon électoral qui se termine mieux qu’ils ne l’avaient craint, les socialistes ouvriront samedi le chantier de la refondation avec leur Conseil national – le parlement du parti – sur fond de bataille pour le leadership du parti.

ROYAL ATTAQUEE

François Hollande a confirmé sur TF1 qu’il ne briguerait pas un nouveau mandat lors du congrès de 2008 mais souligné qu’il resterait à la tête du PS jusqu’à cette date.

Officiellement, le Conseil national devait entamer l’examen des causes de l’échec du 6 mai. La réunion devrait surtout être l’occasion pour le premier secrétaire de présenter un calendrier de travail pour les mois à venir, comprenant notamment la date du prochain congrès ainsi que des « signes du renouvellement », a-t-on appris dans son entourage.

Jack Lang, réélu dans le Pas-de-Calais, a rouvert les hostilités en dénonçant les « luttes fratricides » de ces dernières semaines. « La politique réclame de la part de ses dirigeants un peu de dignité et de noblesse », a intimé l’ancien ministre de la Culture.

« Le débat doit commencer tout de suite. Mais débat ne veut pas dire division », a temporisé Dominique Strauss-Kahn sur France 2, confortablement réélu dans le Val-d’Oise.

Pour Marie-Noëlle Lienemann, l’un des piliers de la gauche du PS, le PS doit désormais s’interroger sur le « décalage » entre la défaite présidentielle et le score de dimanche. La bonne tenue de la gauche est selon elle la preuve que « quand on joue collectif, la gauche est capable de se redresser » – une critique à peine voilée adressée à Ségolène Royal.

Benoît Hamon, l’un des tenants du Nouveau parti socialiste, est sur la même longueur d’ondes. « On peut dire merci à Fabius d’avoir levé le lièvre de la TVA sociale, merci à Hollande d’avoir mis le parti en ordre de bataille sur ce thème et on se souviendra longtemps de ceux qui parlaient d’autre chose », a déclaré de son côté à Reuters Benoît Hamon.