Les menaces antisociales du pouvoir, franchise médicale ou hausse de la TVA ont mobilisé des millions d’électeurs. La droite a la majorité mais la « vague bleue » est endiguée.

Le tsunami sarkozyen, que laissait craindre le premier tour des élections législatives s’est heurté à de premières digues. La vague bleue n’a pas emporté l’hémicycle. Hier soir l’UMP était creditée de moins de 310 députés, un nombre important mais inférieur à la place du parti de la droite dans l’Assemblée sortante : 359 sièges. Le parti socialiste, d’un peu plus de 200 élus (149 dans l’Assemblée de 2002) Dix neuf communistes ou apparentés sont élus, dont une à La Réunion. Par ailleurs, le Nouveau centre (pro UMP) était crédité de 22 sièges, le Modem de François Bayrou, et les Verts, quatre chacun.

un sursaut des électeurs

35,2 millions d’électeurs étaient appelés à départager les 933 candidats restés en lice dans les 467 circonscriptions (sur 577) qui n’avaient pas été pourvues le dimanche précédent Ce seond tour allait-il connaître un afflux d’électeurs ? La gauche l’espérait, qui avait appelé tout au long de la semaine les hommes et les femmes ayant boudé les urnes au premier tour, à se mobiliser pour empêcher Nicolas Sarkozy de disposer des pleins pouvoirs. Un mois après une élection présidentielle marquée par une participation électorale de 84 %, le premier tour du scrutin législatif, le 10 juin, remportait un bien triste record : le plus faible taux de votants de toute la Vème république. De nombreux jeunes, des primo-votants, issus des familles et des quartiers populaires, ne s’étaient pas déplacés estimant, sous le choc de l’élection présidentielle, qu’avec la victoire de Sarkozy, il n’y avait plus rien à faire au niveau parlementaire. Allaient-ils revenir vers les urnes alors que se profilait la menace d’une « majorité écrasante », que François Fillon réclamait de ses voeux dans tous ses meetings, condamnant d’avance toute existence de « contre-pouvoir » ?La participation au scrutin n’a pas véritablement bougé L’abstention est demeurée très forte : entre 39,2 et 39, 7 %, dans l’étiage du premier tour : 39,58 %. Mais sous cette apparente stabilité, on note des mouvements internes. Des présidents de bureaux de vote observaient dès les premières heures de la matinée le retour d’abstentionnistes du premier tour. En revanche, des électeurs du 10 juin se sont faits attendre toute la journée… Pourquoi ce croisement ?

le refus d’une chambre bleue

Les projets antisociaux du gouvernement, qui doivent être présentés aux députés dès cet été, ont suffisamment inquiété les électeurs pour qu’ils ne laissent pas se former une « Chambre introuvable » chargée d’enregistrer l’arsemal de contre-réformes visant le droit du travail et la justice fiscale. Nicolas Sarkozy s’était posé en « candidat de la France qui souffre », en « porte-parole du peuple ». A peine est-il élu que sont annoncés en rafale une taxe sur les soins médicaux qui frappe du même taux le riche et le pauvre, une augmentation de 5 points de la TVA pour financer les allègements des cotisations patronales. Pas question d’augmenter le SMIC, assène le nouveau premier ministre. Mais pas question non de retarder l’instauration du bouclier fiscal qui annihile de fait l’ISF. La mise en place concrête de « la France d’après » rend plus indispensable l’existence d’une opposition de gauche forte, c’est ce qu’ont signifié les électeurs au nouvel exécutif. Sans doute également, des électeurs de Nicolas Sarkozy, certains que celui-ci disposerait d’une majorité, ne se sont pas pressés d’aller soutenir des mesures qu’ils réprouvent. Plus de 60 % des Français, sont selon les sondages effectués la semaine dernière hostiles à la franchise médicale et la hausse de la TVA ; qui ont joué un rôle d’éveilleur de conscience.Nicolas Sarkozy a subi un premier revers. La majorité parlementaire, certes confortable, est moins large que la précédente issue des élections de 2002. La défaite d’Alain Juppé, dans la ville de Bordeaux dont il est le maire, est un coup dur pour le gouvernement. L’ex « meilleur d’entre nous » comme l’appelait affectueusement Jacques Chirac, finalement rallié à Sarkozy, quitte son ministère surmédiarisé de l’écologie et du développement durable, des transports et de l’énergie. Dans une moindre mesure, l’échec d’Arno Klarsfeld, le conseiller du président sur les sans-papiers est tout un symbolique.

un groupe communiste

Si le parti socialiste occupe numériquement la première place au sein de l’opposition parlementaire, la gauche sera représentée dans sa diversité. Les communistes obtiennent des résultats bien supérieur à ceux que pronostiquaient nombre de ces contempteurs qui les avait déjà enterrés. La grande majorité des députés sortants sont réelus, en France métropolitaine et à la Réunion (avec le beau succès d’Huguette Bello, du PCR). Ils obtiennent des résultats supérieurs à 2002. Un deuxième siège est remporté en Seine-Maritime par Jean-Paul Lecoq.

Les candidats communistes présents au second tour ont rassemblé largement, recueillant plus que le total des voix des partis de gauche au premier tour Avec la constitution d’un groupe communiste, le monde du travail disposera aujourd’hui comme hier d’un outil pour se défendre.

Marie-George Buffet n’a pas écarté la possibilité pour des députés de gauche non-inscrits de rejoindre le groupe communiste. Interrogé sur France 2 sur la situation des quatre députés Verts, Noël Mamère a évoqué pour sa part la possibilité de siéger avec d’autres forces de gauche « dans un groupe autaunome du PS ».

Jean-Paul Piérot