Le bol d’air des législatives permet aux communistes d’aborder leur congrès extraordinaire plus sereinement.

Ce résultat « nous donne des responsabilités », déclarait dès dimanche soir Marie-George Buffet en se projetant immédiatement dans l’après-élections. Selon elle, il s’agit pour le PCF et pour toute la gauche de faire barrage, à l’Assemblée nationale, à la politique antisociale de la droite, mais aussi de « créer les conditions d’un réveil de la gauche ». Si la secrétaire nationale du PCF a pu se féliciter du « très beau résultat » de son parti, ce n’est donc pas pour rendre moins pressantes les questions qui, au lendemain de la présidentielle marquée par le score le plus bas du parti dans cette élection, avaient mené à la convocation d’un congrès extraordinaire. Mais avec 18 députés élus dans les circonscriptions métropolitaines, un résultat nettement au-dessus de la fourchette de 5 à 15, donnée par les sondeurs, le PCF dément tous ceux qui spéculaient déjà sur sa mort et aborde certainement plus sereinement le travail de fond qu’il s’est fixé pour les mois qui viennent.

Le premier tour des législatives, et les 4,7 % réalisés par l’ensemble des candidats communistes, signalait un sursaut par rapport à la présidentielle. Le PCF a néanmoins perdu alors trois députés, deux au profit du Parti socialiste, à Marseille et à Aubervilliers-La Courneuve, en Seine-Saint-Denis, un autre dans l’Isère à la suite de la division des communistes eux-mêmes qui avaient deux candidats concurrents. Au deuxième tour le PCF est partie prenante du redressement de toute la gauche et apparaît très rassembleur. Partout ses candidats réunissent plus de suffrages que l’ensemble des voix de gauche du premier tour, parfois beaucoup plus (5 %, 6 %), une capacité de rassemblement qui n’est pas démentie dans l’Hérault avec la perte du siège de François Liberti (le candidat de l’UMP a été élu grâce à un très bon report de voix du FN qui, contrairement à la fois précédente, n’a pas provoqué de triangulaire). Et des progrès, parfois spectaculaires, des candidats du PCF ont pu être enregistrés. Ainsi le président de l’Association nationale des élus communistes et républicains, André Chassaigne, qui avait au premier tour doublé son score de 2002, est réélu avec 65,90 % des voix contre 51,3 % en 2002. Il dépasse de près de 10 points le total des voix de gauche du premier tour.

Au total, autant de circonscriptions que lors des législatives précédentes mettent cette fois le PCF à plus de 5 %. Pour Michel Laurent, en charge des fédérations à la direction du Parti, « le paysage ne change pas par rapport à 2002. Le PCF garde une implantation nationale, mais des faiblesses se confirment quand le seuil de crédibilité n’est pas atteint ». Selon lui, il apparaît que les bons résultats et les progrès sont directement liés à l’activité de terrain, à la présence de candidats implantés de longue date, qu’ils soient soutenus par le PCF seul ou par le PCF et des collectifs antilibéraux. « Ce deuxième tour des législatives donne de l’air mais il ne faudrait surtout pas en tirer la conclusion qu’il n’y a pas de problème pour la gauche, et, dans la gauche, pas de problème pour le PCF », estime-t-il.

Le second tour a surpris dans tous les camps. Il marque aussi le fait que, lorsque la gauche réussit à être un peu plus audible sur les questions sociales, elle peut être plus forte, retrouver une assise dans les quartiers populaires, chez les jeunes. Quels sont les ressorts de ces mobilisations ou de ces démobilisations ? Quel projet de transformation sociale construire ? Avec quelle gauche ? Avec quelle place, quel rôle des communistes ? L’idée communiste a-t-elle un sens au XXIe siècle ? Les militants communistes ont décidé, avec leur congrès

extraordinaire, de mettre toutes ces questions en débat dans leur parti et dans la société. Et l’enchaînement des événements des derniers mois, l’expérience de ces élections ont fait monter, à tous les niveaux du PCF, la détermination à écarter toutes les classifications préétablies pour donner toutes leurs chances à une réflexion de fond et à l’élaboration de réponses efficace. Huistes, majoritaires, refondateurs, orthodoxes…, les observateurs qui en resteraient là risquent fort dans ces conditions de perdre le fil du débat.

Dans l’Humanité, Jacqueline Sellem