Stéphane Beaud, sociologue (revue Mouvements, Où est passée la gauche ? 1997-2007, nº 50 juin-août 2007. Éditions La Découverte) :

« Il fut un temps pas si lointain où le Parti communiste français pouvait se dire « le parti de la classe ouvrière » et où la gauche, au sens large du terme, pouvait comme en mai 1981 revendiquer en sa faveur le vote de la majorité des classes populaires. A contrario, le 21 avril 2002 peut être considéré, d’un point de vue sociologique, comme la dernière étape du processus d’éloignement de la gauche des classes populaires, moins du fait de la conversion de celles-ci au vote pour le Front national que de leur refuge massif dans l’abstention.

Les partis politiques de gauche ne peuvent plus aujourd’hui manier avec l’évidence sociale qui était la leur le vocabulaire des « classes ».

Quant au Parti socialiste, il hésite structurellement dans sa stratégie électorale à mettre l’accent sur les demandes des classes populaires ou sur celles des classes moyennes – ce qui constitue un enjeu de luttes en son sein. En même temps, à la décharge des partis politiques, on peut dire que les recherches des sociologues n’ont pas toujours été d’un grand secours pour éclairer le débat contemporain : en effet, les travaux sur les classes sociales, après avoir été très nombreux dans les années 1960-1970, se sont raréfiés au cours de deux décennies suivantes, avant de connaître un certain retour… »