PARIS (AFP) – Jean-Marc Ayrault a tenté mercredi de mettre sur pied une sorte de « shadow cabinet » au sein du groupe socialiste, radical et citoyen (SRC) à l’Assemblée, censé être le fer de lance de l’opposition face à la puissante UMP mais l’initiative a été aussitôt contestée dans les rangs PS.

Fort de sa réélection lundi à la tête du groupe, Jean-Marc Ayrault avait promis la formation d’un « cabinet fantôme » sur le modèle britannique comprenant 15 membres, comme autant de pendants aux ministres du gouvernement Fillon.  

Mais mercredi, il a dû ravaler ses prétentions. Plus question de « cabinet fantôme » – « Oh non!, je n’emploie pas ces mots-là! », s’est-il écrié alors même qu’il avait employé cette expression deux jours plus tôt.  

La difficulté s’explique par les luttes internes au PS. Car un « shadow cabinet » est dirigé par un Premier ministre alternatif. Et là est tout le problème.  

Compte tenu du calendrier que s’est donné le PS samedi dernier, le successeur de François Hollande ne sera désigné que lors du congrès de 2008 et le candidat du PS à la présidentielle de 2012 ne doit être choisi qu’en 2010.  

Dans ce contexte, impossible de désigner par avance un Premier ministre alternatif. « La tradition n’est-elle pas que le président (du cabinet fantôme) soit le Premier ministre alternatif? », s’est interrogé benoîtement Laurent Fabius, ajoutant: « Ce serait pour le coup, une novation dont il ne serait pas inutile de discuter avant d’en décider ».  

« S’il doit y avoir un shadow cabinet, c’est au parti qu’il doit être formé. On n’a jamais vu le groupe prendre l’ascendant sur le parti. Et le président du shadow cabinet ne peut pas être le président de groupe », a renchéri le fabiusien Claude Bartolone.  

Devant ces difficultés, M. Ayrault a bâti un « contre-gouvernement » de 22 membres (15 hommes y compris lui-même et 7 femmes) dont la structure se fond avec celle du groupe, avec une 1ère vice-présidence confiée à Arnaud Montebourg, et une 2ème vice-présidence revenant au fabiusien Philippe Martin.  

Les autres ont le titre de vice-président, chacun étant chargé d’un domaine d’action de l’activité gouvernementale.  

Mais, mercredi, cette liste a été aussitôt mise à mal, les députés socialistes de la commission des Finances rejetant à l’unanimité la désignation de Jérôme Cahuzac, qui devait être le pendant de Christine Lagarde, pour lui préférer Jean-Louis Idiart.

« Le propre des membres de gouvernement, c’est d’être contesté », a confié un élu PS, en commentant ce coup de canif dans l’équipe concoctée par M. Ayrault.

Certains élus notaient en outre, pour s’en plaindre, la place importante faite aux soutiens de Ségolène Royal: la présidence du groupe à M. Ayrault, deux porte-parole, André Vallini et Aurélie Filippetti et la 1ère vice présidence à Arnaud Montebourg, ancien porte-parole de Mme Royal.

M. Montebourg a lui-même expliqué à l’AFP qu’en tant que « numéro 2 du groupe », il aurait « une large délégation » et était chargé sous le vocable de « prospective » de « la construction d’un laboratoire politique capable de répondre au gouvernement et de formuler des contre-propositions sur tous les sujets afin de bâtir une alternative et finalement l’alternance ».

Dans la Vè République, il n’y a eu qu’une expérience de « contre gouvernement », en 1966 avec François Mitterrand. Ce fut un échec.