Les 30-40 ans ont désormais une possibilité de changer un parti déserté par ses ténors. Un pari sur la rénovation incertain.

Par David Revault d’Allonnes

QUOTIDIEN LIBERATION : mercredi 11 juillet 2007

Où sont passés les dirigeants socialistes ? Un Dominique Strauss-Kahn bien parti pour le Fonds monétaire international (FMI), une Ségolène Royal aux abonnés absents, hormis quelques confessions télévisées, un Laurent Fabius théorisant la posture de «sage actif», mais rencontrant Nicolas Sarkozy pour causer traité européen, un Jack Lang cédant à l’appel du même Sarkozy pour aller plancher sur la réforme des institutions.

Il y a quelques semaines encore, les leaders du PS se montraient prêts à s’étriper, avec cinq ans d’avance, pour la prochaine présidentielle. Ils semblent n’avoir, ces jours-ci, qu’une ambition : prendre du champ. De quoi nourrir l’espoir de ceux qui piétinent depuis des années dans l’ombre de leurs aînés.Les soubresauts de la double défaite, présidentielle et législative, et les coups de boutoir de l’ouverture façon Sarkozy vont-ils réussir là où le parti, depuis des années, a échoué ?

Coma.  Pour certains, particulièrement parmi les quadras et les trentenaires ambitieux et impatients, le coma dans lequel est plongé le PS constitue, incontestablement, une opportunité. «ça crée le vide, estime un quadra. C’est la fin des éléphants. La recomposition est en marche, et la relève va s’installer. Il faut construire un nouveau dispositif, de nouvelles règles du jeu. Tout ce qui aurait dû être fait en 2002.» Un renouveau qui passe par l’arrivée aux commandes d’une nouvelle classe d’âge. «Les militants et les cadres vont comprendre que toute une génération, qui a construit sa carrière sur le cynisme, a failli, poursuit cet élu. C’est un monde qui s’effondre.» Avec, cependant, des risques aux yeux de la jeune génération. «Raccrocher les crampons, c’est une chose, mais pratiquer la politique de la terre brûlée en est une autre, estime Razzye Hammadi, le président du MJS. Les gens qui ont donné leur vie à la gauche et chauffé les estrades en expliquant que l’avenir du monde était le socialisme, et qui en moins de quarante-huit heures, retournent leur veste, font des dégâts considérables dans l’opinion publique.»

Chamailleries.  Ironie de l’histoire : hormis un Bertrand Delanoë plutôt discret, il ne reste plus, parmi les éléphants en lice, que François Hollande. Lequel, en poste depuis dix ans et accusé de tous les maux par ses camarades, entend, pour soigner son bilan et sa sortie, jouer la carte du renouvellement en mettant en avant des jeunes dirigeants, comme Benoît Hamon (lire ci-dessous). Beaucoup demeurent pourtant sceptiques, c’est un euphémisme, quant au processus de rénovation engagé par le premier secrétaire, les grandes manœuvres internes ayant été reportées après le prochain congrès, en 2008, pour ne pas interférer avec la préparation des élections municipales. «Le parti est aux abonnés absents pendant un an», glisse un député, entre une commission de rénovation, qui selon un socialiste tourne au «grand flou», et des groupes de travail, dont les intitulés, le nombre et la composition suscitent des chamailleries chez les socialistes. « La méthode de Hollande, c’est très clairement le pourrissement, estime un socialiste. Jusqu’au dernier moment, pour apparaître comme un recours.»

Le coup de balai ne semble donc pas encore à l’ordre du jour. Même si la prise de distance, voire le départ de dirigeants cédant aux sirènes de l’ouverture, laisse de l’espace pour les suivants. Un trentenaire confirme : «La génération des baby-boomers, ceux qui ont occupé les cabinets ministériels sous Mitterrand, puis les ministères, et qui ont réussi à nous planter sur trois présidentielles, vont au bout du bout se retrouver chez Sarkozy. L’horizon est plutôt dégagé.» Attention, pourtant, à ne pas prendre des rêves pour des réalités politiques.