Ma ville est en fête. Mont de Marsan, grande place taurine du Sud-Ouest, connue pour la qualité de ses férias, accueille pendant une semaine les festayres dansant au rythme des bandas sous les bodegas qui ne désemplissent jamais, jusqu’au petit matin. Dans le corral, les « toros » attendent le combat ultime. Ici on a l’aficion et le premier magistrat, Philippe Labeyrie, lancera tout à l’heure, du haut de la tribune des arènes, les clefs de sa ville à l’alguazil, devenu maître de la Plaza, le temps du combat. Alors, ici, on se prépare. Et on commentera pendant ces fêtes la qualité des « toros » et de la cuadrilla de la corrida du jour en espérant de belles faenas avant l’estocade finale. On peut bien sûr ne pas aimer ce spectacle poignant, mais c’est encore une autre histoire que celle des suertes et autres jeux d’arènes venus d’Espagne… histoire que l’on doit en partie, en France, il y a de cela quelques temps,  à l’engouement de l’impératrice Eugénie de Montijo. On en revient toujours à Napoléon le petit  dont l’évocation me permet - de façon tout à fait inélégante mais  commode –  de passer du coq à l’âne : du néo-bonapartisme à ses détracteurs, des taureaux de combat aux jeunes lions et aux cuadrillas de quadras et quinquas socialistes qui tiennent le haut du pavé médiatique en ce moment.

Belle cuadrilla ces Boutil, Gorce, Hamon, Montebourg et autres Vals  en mal de célébrité, grandis pourtant dans les écuries, entrés dans la carrière quand leurs aînés  y étaient encore tous, ces aînés qui désertent aujourd’hui la place comme pour éviter la lidia sous la bronca de la base militante et sympathisante. Ceux-là aussi ne veulent  pas donner dans les jeux d’arènes et proclament haut et fort leur volonté de rompre avec les luttes de clans dans un parti en butte aux ambitions personnelles. La jeune garde du PS veut boucler le cycle d’Epinay. C’est la quadrature du cercle. « Nous souffrons d’un problème d’enfermement. L’appareil est trop tourné vers lui-même », a affirmé Montebourg, qui souhaite « la fin du nombrilisme » au PS. « Il faut peut-être tourner la page de l’organisation d’Épinay », ajoute le député de Saône-et-Loire, en souhaitant que le parti redevienne « une grande organisation politique capable de proposer un projet en accord avec les attentes de la société ». L’ancien porte-parole de Ségolène Royal a rendu hommage à la présidente de la région Poitou-Charentes « qui a fait faire des pas de géant au projet du PS », notamment sur les institutions et l’autorité républicaine. Pour sa part Gaetan Gorce entend aussi rénover de fond en comble. « Nous voulons sortir du langage gestionnaire pour aborder les sujets de manière transversale. Le monde change, pourquoi la gauche ne changerait-elle pas ? Les socialistes sont toujours dans l’hésitation et le compromis, il nous faut regarder la société en face. Dans sa campagne, Ségolène Royal a été dans l’intuition et la réflexion sur de nouveaux sujets de société qui étaient jusqu’alors les thèmes de prédilection de la droite. Il nous faut désormais aller au-delà. Et, cela ne veut pas dire « droitiser » le parti, au contraire, je crois que l’avenir du PS se joue à gauche. »

Seront-ils vraiment les leviers de cette rénovation bien différente d’une simple affaire générationnelle ? On peut craindre pour eux quelques bandérilles et autres estocades dans ces arènes tumultueuses et on leur souhaite beaucoup de bravoure dans leur combat. Mais sait–on vraiment ce qui se joue derrière ce retour de la bravitude ? S’agit-il vraiment de cette énergie virile, de cette virtù dont nous parlions hier dans notre billet, évoquant Machiavel et le Prince moderne ?

X D