Par Maud PIERRON
leJDD.fr

Dans un entretien à Paris-Match, Michel Rocard confirme qu’il a demandé à Ségolène Royal de se retirer de la course présidentielle en mars dernier… pour lui laisser la place. Selon lui, la candidate, désignée en novembre par plus des 60% des militants socialistes, n’avait plus aucune chance de gagner l’élection suprême. Il se montre par ailleurs très dur à l’égard de Royal et du PS.

« Il n’y avait plus rien à faire, elle était fichue, c’était visible« . C’est par ce diagnostic cruel que Michel Rocard justifie sa proposition indécente, faite à Ségolène Royal, au mois de mars dernier. Se désister en sa faveur, dans la course à l’élection présidentielle, à quelques semaines du premier tour. L’information avait déjà filtré dans plusieurs livres d’après campagne présidentielle. Et c’est le principal intéressé qui la confirme, revenant sur les détails de l’entrevue dans un entretien accordé à Paris-Match à paraître jeudi. « C’était à la veille du blocage des parrainages des maires pour la liste des candidats (…) C’était une possibilité d’éviter la défaite. Je savais que je restais toujours parmi les cinq ou six socialistes en tête des sondages… Mais il était peu probable qu’elle dise oui« , admet l’eurodéputé, qui se remet d’une opération au cerveau subie en Inde il y a peu.

En mars dernier, la campagne de la candidate socialiste commençait alors à connaître ses premiers ratés, plombée par les diverses polémiques suscitées lors de ses voyages au Proche-Orient ou en Chine, et les trous d’air dans les sondages. Rocard, à qui Royal avait confié une mission sur le numérique, n’a donc que tenté d’éviter le désastre annoncé. De fait, Ségolène Royal, sans surprise, a refusé le marché. Michel Rocard précise que la candidate PS lui a répondu que « si elle se désistait, ce serait au profit du premier secrétaire« , François Hollande. « Une sottise« , prend soin de commenter cet apôtre du franc-parler.

Rocard pousse la candidature d’Elisabeth Guigou pour la présidentielle 2012

Au passage et tout en souhaitant ne pas « (s’)exprimer sur Ségolène Royal« , il fait valoir que « le charme et l’innovation ne jouent en rien (…) pour aider à la paix au Moyen-Orient ou à la stabilisation du dollar et de l’euro« , mettant ainsi en cause, de manière allusive, les compétences de l’ex-candidate. Et avance que si Dominique Strauss-Kahn avait été le champion choisi par les socialistes, « au moins, la défaite n’aurait pas été certaine« . Une pierre de plus dans le jardin de la présidente du Poitou-Charentes, qui a toujours dit que les attaques venues de son propre camp – très nombreuses, d’ailleurs – avaient été les plus blessantes.

« En France, on ne peut pas parler d’une femme politique si elle est jolie. Quand on aura usé beaucoup de femmes politiques médiocres, on pourra reparler normalement des talents entre hommes et femmes« , ajoute étrangement Michel Rocard durant cet entretien. Avant de souffler le nom d’Elisabeth Guigou comme candidate à l’élection présidentielle de 2012. « Il faut en passer par l’idée qu’une femme incarne le changement. Les Français le veulent, il faut le faire« , et l’ancienne ministre de la Justice « présente la combinaison idéale de l’intelligence, de l’expérience et d’un caractère avenant« .

« L’appartenance de socialistes à une commission (…) est un devoir« 

Se plaçant au dessus de la mêlée, Rocard se fait également observateur et commentateur acerbe de la vie d’un parti qu’il a brièvement présidé (1993-1994). « Compte tenu de ce que l’on a osé appeler un programme, je ne peux pas dire que la défaite ait été une surprise. Tout candidat appuyé sur un projet insortable aurait subi la même« , relève t-il. Ce qui constitue au moins un point d’accord avec Ségolène Royal. L’ancien député des Yvelines estime que le PS « a produit un discours collectif inconséquent et disparate » car « la gauche française ne s’est toujours pas défaite de son rêve d’économie administrée« . Et d’ajouter, fataliste: « Il faudra des années pour construire une pensée critique de l’économie de marché« .

L’ancien Premier ministre de François Mitterrand a également donné son avis sur ce qui agite actuellement la vie du PS : l’ouverture prônée Nicolas Sarkozy. « L’appartenance de socialistes à une commission de sages représentant la société civile dans son ensemble n’a rien d’une trahison, c’est un devoir« , estime-t-il, évoquant clairement Jack Lang. « Quant au fait qu’un socialiste français, Dominique Strauss-Kahn, soit reconnu comme un candidat crédible à une haute fonction internationale, c’est une promotion, en aucun cas une désertion« , assure-t-il. Un jugement sans surprise, venant de la part de celui qui avait appelé, à quelques jours seulement du premier tour, à une alliance entre le PS et l’UDF de François Bayrou.