Par Claude Nicolet, Secrétaire National aux Relations Internationales / 17 sept. 2007

La monnaie unique européenne vient d’atteindre un niveau historique : 1,40 euro pour un dollar américain. A cela s’ajoute la sous évaluation de la monnaie chinoise, le yuan le tout dans un contexte de crise financière majeure depuis le printemps. La confiance a disparu et les banques ont encore perdu en crédibilité.

Cette situation a un premier effet immédiat, c’est de pénaliser très durement notre tissu industriel et économique et de renchérir le coût de nos exportations de façon significative. Nous perdons donc automatiquement en compétitivité quoi que puissent faire nos entreprises et des sacrifices acceptés par les salariés français. Il ne reste alors que les délocalisations et les licenciements comme variable d’ajustement pour retrouver des marges de manœuvre.

Par ailleurs, les Etats membres de la zone Euro n’ayant plus de possibilité d’agir sur leur politique financière et monétaire (celle ci étant pilotée par la Banque Centrale Européenne), ils ne peuvent plus jouer sur la valeur de la monnaie. L’inflation ayant disparu et les dévaluations n’étant plus possibles, le résultat est l’apparition de tensions croissantes sur les marchés et les économies européennes.

Nous sommes donc face à une contradiction qui va rapidement devenir insoutenable : lutter contre la dette publique pour satisfaire aux critères économiques et financiers dont la BCE est le garant alors qu’il ne reste aux Etats membres que la dette publique comme outil budgétaire et financier. Ce qui pose à terme la question même de l’Euro ou en tout cas de son fonctionnement actuel. Faudrait-il envisager que certain Etat quitte la zone Euro, comme l’Italie, dont l’économie est littéralement entrain d’étouffer ? Faut-il envisager la mise en œuvre de politique à géométrie variable ? Il est urgent de se pencher sur ces questions qui peuvent avoir des répercutions économiques et sociales gravissimes sur notre continent. Ce n’est pas en se réfugiant derrière une idéologie monétariste que nous serons en capacité de faire face à la situation. L’Europe du Traité de Rome cherchait à protéger le marché européen, mais l’Acte Unique en supprimant la notion de « préférence communautaire » a détruit cette protection en ouvrant l’économie européenne à tous les vents de la mondialisation financière, tandis que l’Union Européenne ne parvient pas à transformer en puissance politique et démocratique, les transferts de souveraineté que les Etats membres consentent à faire, y compris et surtout dans le domaine financier et budgétaire.

Il ne faut pas hésiter à mettre en œuvre des politiques publiques qui protègent les intérêts économiques de l’Europe et de ses industries.

Je rappelle que le MRC et le PS avaient signé un accord politique dans le cadre de l’élection présidentielle de 2007 qui abordait ces questions. Cet accord reste plus que jamais d’actualité et il faut d’urgence résoudre les difficultés, d’une façon ou d’une autre, sous peine des pires désillusions et des pires dérives.

La crise financière et économique actuelle greffée à une situation internationale très volatile, je pense aux crises du Proche et du Moyen Orient, aux tensions grandissantes sur le marché de l’énergie (en particulier du pétrole), peut provoquer une crise d’une ampleur aujourd’hui insoupçonnée.