Proche-Orient . Le premier ministre palestinien, Salam Fayad, exprime ses craintes et met en garde contre un échec des préparations de la conférence d’Annapolis.

Ramallah (Cisjordanie), envoyé spécial.

La conférence internationale que les États-Unis parlent d’organiser avant la fin de l’année à Annapolis, près de Washington, aura-t-elle lieu ? Les rencontres successives entre Mahmoud Abbas et Ehud Olmert, censées en ouvrir la voie, n’ont débouché sur rien. Le président palestinien n’avait pourtant pas caché son « optimisme », c’est le terme qu’il a utilisé, et parlait même d’une résolution définitive du conflit avant la fin du mandat de George W. Bush. Las, les prétentions autant que les préventions israéliennes auront eu raison de cet optimisme.

« Beaucoup d’efforts ont été déployés pour arriver à la tenue de la conférence d’Annapolis », explique le premier ministre palestinien, Salam Fayad (1). « Les débuts des discussions entre Mahmoud Abbas et Ehud Olmert étaient même satisfaisants. Ils ont même abordé les sujets qui sont des constantes : Jérusalem, l’occupation, l’eau, l’énergie… Mais les discussions n’ont pas connu le rythme nécessaire, malgré un suivi et un intérêt marqué des États-Unis, de l’Union européenne, en particulier l’Allemagne et la France, et la venue de Javier Solana (le représentant pour l’UE des affaires internationales – NDLR). » Salam Fayad ne cache pas qu’il est « partagé entre la crainte et l’optimisme d’une réussite qui, peut-être, ne viendra pas ». Pour lui, « l’une des difficultés est qu’Israël ne veut pas se conformer à la feuille de route ». Celle-ci impose des obligations aux deux parties. Mais Tel-Aviv exige que les Palestiniens remplissent les leurs d’abord ! « Le but de la conférence d’Annapolis est bien d’aller vers la création d’un État palestinien. Mais comment expliquer aux Palestiniens qu’on va effectivement créer un État alors que la colonisation se poursuit, qu’il n’y a pas de gel de la colonisation comme le demande la feuille de route ? » demande le premier ministre palestinien. Il poursuit : « Il ne faut pas parler d’un État palestinien à la légère. Ce n’est pas comme parler de Mickey Mouse. Nous parlons d’une terre, d’un vrai pays avec Jérusalem comme capitale et dans les frontières de 1967. Nous nous engageons à respecter toutes nos obligations. Nous l’affirmons avec force. Mais il faut qu’Israël comprenne qu’il doit libérer les terres occupées depuis 1967. Si les pourparlers se poursuivent sans cesse, au bout du compte il ne restera pas grand-chose. Ce n’est pas dans l’intérêt de la paix. »

Revenant sur l’argument principal d’Israël, la sécurité, Salam Fayad fait remarquer que « la construction du mur, les blocages des villes et des villages de Cisjordanie, les 10 000 prisonniers dans les geôles israéliennes, ne font pas avancer la sécurité d’Israël. En quoi la destruction et la fermeture des institutions de l’Autorité palestinienne, comme la chambre de commerce à Jérusalem-Est, s’explique par les besoins de sécurité d’Israël ? »

Alors qu’aucune invitation n’est encore partie de Washington pour la conférence, Salam Fayad met en garde. « Si dans les prochains jours il n’y a pas une avancée sur le fond dans la préparation de la conférence d’Annapolis, c’est la crédibilité même du processus de paix qui sera entamée. » En d’autres termes, le peuple palestinien risquerait de se détourner, et pour longtemps, de la stratégie de négociation qui ne leur amène rien. Par là même, c’est la crédibilité politique de Mahmoud Abbas et du Fatah, qui serait mise en cause avec, en embuscade, le Hamas qui tirerait l’épingle du jeu.

Le 17 décembre, la France accueille une conférence de pays donateurs

Le 17 décembre, la France doit accueillir une conférence de pays donateurs en faveur de la Palestine. Une réunion qui serait caduque en l’absence de toute perspective réelle et à court terme de création d’un État palestinien. Il serait souhaitable que Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères, qui est dans la région ce week-end, considère ces paramètres.

(1) Salam Fayad recevait

une délégation, conduite par Fernand Tuil, de villes françaises jumelées avec des camps de réfugiés palestiniens. Le directeur de l’Humanité, Patrick Le Hyaric, était également présent.

Pierre Barbancey, L’Huma