Ce devait être après la première guerre du Golfe, dans une phase de préparation du congrès socialiste de l’Arche de la Défense, ce congrès qui liquida, pour l’essentiel, dans ce que l’on appellait alors  » le nouvel aggiornamento « , les idées qui accompagnaient  la stratégie d’Epinay. Mandaté par mes amis,  j’assistais à une assemblée extraordinaire de S et R (Socialisme et République ) qui consacra largement la posture du « courant » pendant la guerre – entendez aussi celle de Jean Pierre Chevènement, alors ministre démissionnaire - et se jura solennellement dans une motion vigoureuse, adoptée par la quasi-unanimité des congressistes, de préserver le flambeau du socialisme français. La déclaration pathétique du regretté Pierre Guidoni – lequel avait déclenché la crise en votant avec d’autres secrétaires nationaux du PS appartenant au courant une motion cautionnant la stratégie présidentielle sur le dossier du Golfe – ne manqua pas de grandeur et de dignité et fut accueuillie à cet égard avec beaucoup d’applaudissements de la part de la centaine de participants présents. Pierre Guidoni étant appellé à de nouvelles fonctions d’ambassadeur se refusa alors à faire entendre sa voix discordante de la nôtre sur la politique du courant républicain. Le lendemain, une nouvelle rencontre plus large, à laquelle participait au premier rang, à côté de l’ancien ministre de la défense, Julien Dray, fut l’occasion pour Michel Charzat, l’homme orchestre de la préparation du Congrès de l’Arche, de vitupérer contre notre orientation. Retenu la veille dans une réunion du parti, il n’avait pu se démarquer alors et son absence traduisait même une certaine distance d’avec les enjeux qui nous poussaient à une telle démarche sous l’impulsion de Jean Luc Laurent, bras droit de Jean Pierre Chevènement. Charzat, cet intellectuel brillant, jadis contempteur d’un dogme sclérosé et apôtre d’un marxisme vivant d’inspiration gramscienne, réhabilitant même la pensée d’un Georges Sorel, devait quelque peu s’embourber dans les affres d’une pensée complexe qui désarma bel et bien les socialistes français en liquidant leurs références sans leur donner une vision nouvelle à la hauteur des défis du temps de la mondialisation libérale et de l’unilatéralisme. Il eut ce jour là un mot qu’il voulût cruel à l’encontre de Jean Pierre et de Julien Dray dont la présence témoignait de son soutien à la posture de Chevènement en rupture avec le président Mitterrand sur la diplomatie française « en charentaise » :  » à chacun son vieux » ou bien, je ne me souviens plus exactement,  » on a le vieux qu’on peut  » à moins que ce ne fût  » qu’on mérite « ! Quelque fût son intention, cette critique jeuniste n’était à vrai dire pas aimable à l’endroit du président Mitterrand envers lequel nous n’avions jamais manqué au respect que nous lui gardions.

En me remémorant cet épisode et la charge mentale qui fut la nôtre dans cette période de démarquation jalonnée de scrupules, de réflexions et de beaucoup de courage – nous savions que cette posture engagerait durablement notre vie militante qui basculait dans les marges de la gauche, avec tout ce que cela peut signifier en terme de sacrifices personnels lorsque l’on aspire à des responsabilités politiques – je sais gré à Jean Pierre Chevènement de cette lucidité et de ce courage à toute épreuve. Ils permirent à notre courant d’oeuvrer de manière décisive à l’unité de la gauche dans tous les grands moments de la vie du parti antérieure à l’exercice du pouvoir ( j’ai la mémoire encore fraîche des débats préparatoires au congrès de Metz quand il s’agissait alors avec le premier secrétaire de l’époque de préserver la ligne d’union de la gauche…). Ils nous mirent ensuite en capacité d’aborder en toute autonomie du PS la question européenne, à commencer par le refus des traités de Maastricht et d’Amsterdam jusqu’à celui de la constitution européenne en 2005. Avec  » ce diable de CERES « et son mentor, nous en aurons traversé des périodes difficiles dans lesquelles rien n’est acquis alors même que se joue une bonne part du destin de la République avec celui de la gauche. Notre  plus grande satisfaction n’est-elle pas de nous retrouver aujourd’hui auprès de ceux-là mêmes qui considéraient avec sévérité notre dénonciation des renoncements qui ouvrèrent la voie à tant de désarrois?

Et nous voici revenus à l’heure d’un combat essentiel : celui de l’exigence d’un nouveau référendum pour permettre au peuple souverain de trancher le débat qui nous anime sur le traité européen. Une fois encore Jean Pierre Chevènement ne se dérobe pas. Cet après-midi il sera là, Maison de la Chimie pour expliquer aux côtés de personnalités de différentes sensibilités les raisons de ce nouvel engagement contre ce déni de démocratie. Cette initiative rassemble des hommes et des femmes d’horizons divers. Je ne doute pas de la capacité de Jean Pierre Chevènement à crédibiliser cette perspective de référendum qu’il nous faut exiger becs et ongles du président avec les citoyens de ce pays. Une fois encore des voix éclairées en appelleront à la conscience du socialisme français pour qu’elle réveille son âme, et avec elle, celle du Peuple de France. Ces voix détonantes devraient être celles de toute la gauche et, même au-delà, de tout ce qu’il reste de sensibilités authentiquement républicaines, en ce triste anniversaire du coup d’Etat de Napoléon le petit. Il y a encore beaucoup d’esprits à convaincre de réagir avec force et détermination au déni de démocratie mais le chemin est aujourd’hui ouvert pour préserver l’avenir. N’attendons pas la suite, préparons la ensemble dans l’unité en sortant, s’il le faut, les dirigeants de leur torpeur! Les mots de la fidélité à nos principes républicains contre les maux de la trahison des élites, c’est toujours la meilleure façon d’avancer depuis des dizaines de générations de militants en détonant en choeur pour ouvrir l’avenir!

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