Depuis l’annonce de son retrait des affaires publiques, les journaux se livrent à une rétrospective de l’épopée du  »comandante ». Eloges et critiques se conjuguent pour retenir le meilleur et,  trop souvent,  le pire du dernier mythe vivant de la Révolution. D’aucuns en conviennent presque à contre coeur : en dépit des critiques acérées sur sa politique répressive, force est de constater le charisme persistant de Fidel Castro auprès d’un peuple instruit en proie aux vexations d’un embargo économique inique. Ce qui fait largement consensus dans les commentaires journalistiques, c’est d’abord cette nature exceptionnelle d’un personnage d’une bravoure et d’une intelligence incontestées mises au service d’une révolution légitime. On déplore ensuite, de la droite à la gauche, l’enlisement et l’effacement  de Cuba dans les enjeux de la guerre froide depuis la crise des missiles jusqu’à l’alignement sur feu le bloc soviétique. Pourtant, Castro accompagna ce grand mouvement des non-alignés dont il présida, il y a peu de temps encore le dernier sommet. S’il est encore tôt pour faire le bilan d’une vie au service d’un peuple, on peut d’ores et déjà dépassionner le débat en intégrant largement la donne internationale et la réalité concrète dans la critique d’un régime que l’on peut sans doute amalgamer au parcours du « comandante ». Ce dernier a livré le fond de sa pensée à Ignacio Ramonet dans un entretien approfondi et sans complexe, n’éludant pas la question des libertés publiques. Prenons garde de ne pas commettre de contresens en la matière et gardons la juste mesure de cette réalité, en soi toujours inacceptable. Même pour ses détracteurs,  Fidel ne mérite au pire que les limbes. Pour le plus grand nombre, il est déjà  dans le Panthéon de la Révolution.

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P.S : dernière minute de ce dimanche soir 24 février 2008, selon une dépêche AFP Raul Castro a succédé officiellement à son frère Fidel à la tête de l’Etat cubain, dimanche, élu par la nouvelle Assemblée nationale pour un mandat de cinq ans, a annoncé le président du Parlement Ricardo Alarcon. 

dans l’Huma du 20 février « Le David du Goliath américain »

Depuis la révolution de 1959 dont il fut le maître d’oeuvre, Fidel Castro a profondément marqué l’histoire de Cuba et du monde.

Nul doute que le départ de Fidel Castro va attrister les uns, ceux nombreux qui ont admiré le capitaine, révolutionnaire, d’un navire dénommé Cuba, le David du Goliath américain autant qu’il va réjouir les autres qui n’ont vu en lui qu’un tyran ou un caudillo ou un dictateur, c’est selon. Entre partisans et opposants, il y un gros caillou dans la mer : Cuba à l’existence incertaine depuis la révolution de 1959, dont Fidel Castro a été le maître d’oeuvre, tant on a voulu lui faire rendre gorge et tant le prix a été lourd à payer.

Fidel et Cuba : difficile de dissocier l’un de l’autre. Le premier avait hérité d’un « enfer » et s’était mis en tête de commencer « à construire un paradis socialiste ». La seconde, cinquante ans plus tard a vu s’accomplir une oeuvre immense, mais tout est loin d’y aller pour le mieux. Quoi qu’il en soit pour tous, il est « Fidel ». Entre ombre et lumière il a rejoint le gotha des personnages hors du commun qui ont marqué l’histoire de ce monde.

Loin des portraits officiels, ce fils de paysan gallego (originaire de Galice en Espagne) devenu grand propriétaire terrien n’a cessé de cumuler les paradoxes… À la fois opiniâtre et timide, drôle et dogmatique, voire de mauvaise foi. S’il a monopolisé les leviers du pouvoir, preuve qu’il a été un dictateur selon ses détracteurs, il ne les a pas utilisés à des fins d’enrichissement personnel, mais au contraire il a vécu simplement.

Fidel n’a pas toujours fait dans la demi-mesure. Pour lui la démocratie formelle à l’occidentale est une formule creuse. Charismatique, populaire, sans doute autoritaire, il a été profondément inspiré par José Marti (le père de l’indépendance cubaine) avant que la révolution ne devienne marxiste-léniniste. L’éthique au travail, l’idéal égalitaire, la liberté responsable, l’éducation, le patriotisme, l’indépendance et l’anticolonialisme sont autant de clés du message castriste.

Le long pouvoir de Fidel porte l’empreinte d’indéniables succès dont s’inspirent nombre de pays latino-américains décomplexés par sa résistance à l’impérialisme américain. Pour les Cubains l’éducation et la santé, l’égalité entre les sexes et l’affirmation des droits des Noirs en particulier sont à porter au crédit de la révolution. À son passif néanmoins, une situation critique pour la liberté d’expression et les droits individuels, d’association et d’opposition. Des thèmes dont se sont saisis les Cubains, notamment les jeunes, pour contribuer, eux aussi, à la modernité de leur pays.

B. D.