Hayat DHALFA et François COCQ sont candidats du MARS-Cauche Républicaine sur des listes de rassemblement de la Gauche à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis) et à Champigny-sur-Marne (Val de Marne).

Le 4 février, Xavier Darcos, Ministre de l’Education Nationale, se voyait remettre le rapport Pochard. Quatre jours plus tard, Nicolas Sarkozy présentait son plan banlieue. Difficile de ne pas faire le rapprochement entre deux « ambitions » qui en réalité, derrière le verbe, n’apportent aucune réponse concrète aux situations difficiles que connaissent les quartiers populaires. Pire, un pas de plus  a été fait pour les stigmatiser.

            En tant que jeunes acteurs de ces quartiers, engagés aussi dans la vie publique pour y réimplanter l’égalité républicaine à laquelle nous avons droit, nous nous devons de dénoncer avec force la supercherie de cet énième projet.

            Retrouvant les accents lyriques de sa campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy nous avait promis un plan Marshall pour la banlieue. Le résultat est à la hauteur du Président de la République : là où les Américains affectaient 1% de leur PIB à la reconstruction de l’Europe, la France n’en sacrifierait pas le vingtième pour ses quartiers populaires ! Une fois de plus, l’argument fallacieux des caisses vides a bon dos, quand 15 milliards d’euros ont été distribués aux 10 % les plus riches il y a à peine six mois. Il est certain que c’est là une affaire de choix politiques. Et on voit bien dans quel sens vont ceux du Président.

            Au delà, c’est l’ambition générale de son plan qu’il nous faut contester. On a beau défendre l’idéal républicain, nous ne pouvons nous satisfaire de l’idée simpliste que la méritocratie permettrait à elle seule de réhabiliter ces quartiers. De telles propositions induisent en effet que la vie des habitants des quartiers populaires relèverait d’un choix et qu’il ne tiendrait qu’à eux de s’en sortir. C’est bien connu si chômage il y a c’est la faute… des chômeurs, qui seraient autant de « glandouilleurs » ! Des propos de comptoirs au plus haut niveau de l’Etat qui évitent de dresser le constat d’une situation sociale dégradée et de la panne de l’ascenseur social. Résultat : la grande majorité des jeunes se voit une fois encore non seulement abandonnée, mais aussi mise à l’index et même spoliée de ce à quoi elle avait jusqu’ici droit. Car parallèlement à ce plan « anti-glandouille » les services publics continuent à baisser pavillon, victimes à la fois d’une politique de privatisation continue, et de suppression de postes. Et ce ne sont pas les 4000 policiers embauchés qui inverseront ce désengagement de l’Etat dans ces quartiers.

            L’hypocrisie est à son comble quand le meilleur plan « anti-glandouille » qui soit, l’Ecole, voit dans le même temps ses missions modifiées, ses moyens diminués, ses ambitions révisées à la baisse. A la rentrée 2008, ce seront près de 1400 postes d’enseignants qui seront supprimés en région parisienne. La disparition de 80 000 emplois est même programmée dans l’Education Nationale pour la période 2009 et 2012. Les Dotations Horaires Globales (DHG) pour assurer les enseignements l’an prochain qui arrivent actuellement dans les établissements sont drastiquement à la baisse. Conséquences immédiates : suppression d’options, de modules, groupes de langue à 35 élèves, dégradation de la qualité des enseignements…

            Cette politique globale d’éducation, déclinée au niveau des établissements des quartiers populaires, se traduira à la rentrée prochaine par une diminution du nombre d’heures par élève dans les zones d’éducation prioritaire (ZEP) ! Par souci d’économies, les bacs professionnels s’effectueront en trois ans et non plus quatre, au détriment bien sûr des enseignements. Les horaires élèves pourront également à terme être définis en partie localement, ce qui conduira à réduire l’enseignement dans les quartiers populaire au seul socle commun de connaissance. Une éducation au rabais en somme, qui limitera encore plus les possibilités de s’émanciper et de s’extraire de sa condition. En d’autres temps, certains auraient appelé cela une politique de classe. En tous les cas bien éloignée de la mission d’une Education Nationale.

            Dans la même logique hypocrite, le Président prévoit dans son plan des aides pour les créations d’entreprises, laissant à penser que c’est là l’horizon le plus réaliste pour les jeunes des quartiers populaires.  Il s’agit surtout d’un moyen habile pour éviter de poser la question du statut du salarié, dans un contexte où la part des salaires diminue au profit du capital. Car ce sont justement la dégradation du pouvoir d’achat, le chômage, la précarité qui touchent de plein fouet cette jeunesse et expliquent en priorité les problèmes des quartiers. Autant de terrains propices à toutes les formes d’exclusion, sociales et raciales notamment, que l’on y rencontre plus encore qu’ailleurs.

            Pour masquer sa volonté de déconstruire le lien social et de mettre au pas les quartiers populaires, Nicolas Sarkozy et son gouvernement affichent l’écran de fumée d’un plan qui mise sur la responsabilité individuelle faute de moyens financiers. Celui-ci ne résiste pourtant pas au constat du terrain. La banlieue ne saurait être l’alibi à l’affermissement de sa vision libérale des choses. Si ces quartiers doivent relever de choix politiques, ceux-ci doivent promouvoir l’égalité, l’émancipation, la sécurité, la capacité à vivre ensemble au travers d’une laïcité réaffirmée. Car ce sont les seuls viables pour leurs habitants.

François COCQ, Hayat DHALFA

Février 2008

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