Par Par Sakher ABOU EL-OUN AFP 

GAZA (AFP) – L’armée israélienne a poursuivi dimanche son offensive dans la bande de Gaza, où plus de 70 Palestiniens ont péri en 48 heures, poussant l’Autorité palestinienne à suspendre tout contact avec Israël.

Le Premier ministre israélien Ehud Olmert a annoncé la poursuite de l’offensive, baptisée +Hiver chaud+, « contre les organisations terroristes » visant à mettre fin aux tirs de roquettes visant le sud d’Israël.

Il a dans le même temps indiqué vouloir préserver les négociations de paix avec l’Autorité palestinienne. Mais le président palestinien Mahmoud Abbas a décidé « de suspendre tous les contacts à tous les niveaux (avec Israël) car ils n’ont aucun sens au regard de l’agression israélienne », selon son porte-parole Nabil Abou Roudeina.

Cette nouvelle flambée de violences a précédé l’arrivée mardi dans la région de la secrétaire d’Etat américaine Condoleezza Rice qui veut aider à progresser dans les négociations de paix relancées il y a à peine trois mois.

« La violence doit cesser et les discussions doivent reprendre », a déclaré la Maison Blanche.

A nouveau, l’armée israélienne a bombardé dimanche le nord de la bande de Gaza, où dix Palestiniens ont été tués. La veille, 63 Palestiniens y avaient péri, dont plusieurs femmes et enfants, selon des sources médicales.

Dans la localité de Jabaliya, des dizaines de blindés israéliens se frayent leur chemin dans les ruelles étroites aux murs criblés de balles. Des hélicoptères tournoient dans le ciel. Les charges artisanales palestiniennes et les roquettes israéliennes explosent.

« De ma vie je n’avais vu un tel massacre », dit Fatima Sayed, une habitante de Jabaliya. « Israël nous a chassés en 1948″, dit-elle en référence à la première guerre israélo-arabe après la création de l’Etat hébreu. « Maintenant, ils veulent nous tuer tous ».

Le mouvement islamiste Hamas, qui contrôle la bande de Gaza, a annoncé la mort de 37 de ses combattants dans l’offensive, et celle d’une dizaine d’autres activistes. Deux soldats israéliens y ont été tués samedi, et deux autres blessés dimanche.

L’armée israélienne a indiqué dimanche soir avoir saisi d’importantes quantités d’armes et arrêté une cinquantaine de suspects palestiniens.

Dans la nuit de samedi à dimanche, des appareils israéliens avaient rasé les bureaux à Gaza d’Ismaïl Haniyeh, le chef du gouvernement Hamas non reconnu internationalement.

Malgré l’ampleur de l’offensive israélienne, la plus meurtrière depuis 2000, 24 roquettes se sont abattues dimanche sur le sud d’Israël. La police a fait état d’un blessé, et indiqué qu’en soirée un autre engin avait frappé une maison à Ashkelon.

L’armée israélienne avait lancé mercredi des opérations ponctuelles à Gaza également meurtrières, après la mort d’un Israélien dans l’explosion d’une roquette à Sdérot (sud). Depuis mercredi, plus de 100 Palestiniens ont péri.

« Israël n’a aucune intention de cesser, ne serait-ce que pour un moment, les combats contre les organisations terroristes », a prévenu M. Olmert.

« Le but de l’opération, qui est de mettre fin aux tirs de roquettes, ne sera pas atteint dans les deux prochains jours, nous continuerons nos activités et devons nous préparer à une escalade », a affirmé le ministre de la Défense Ehud Barak, ajoutant que le Hamas « paiera le prix » de « la dégradation de la situation ».

En brouille avec M. Abbas, le Hamas a appelé à la formation d’un cabinet d’union nationale d’urgence.

En Cisjordanie, des milliers de Palestiniens ont protesté contre l’offensive israélienne, et un Palestinien de 13 ans a été tué par des soldats israéliens. A New York, le Conseil de sécurité de l’ONU a condamné les violences à Gaza comme dans le sud d’Israël. Le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon tout en reconnaissant à Israël le droit de se défendre, a critiqué « l’usage disproportionné et excessif de la force qui a tué et blessé tant de civils, y compris des enfants ».

Plusieurs pays arabes ont condamné l’opération israélienne, et le président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, a affirmé qu’Israël serait « déraciné ».

Les derniers décès portent à 6.270 le nombre de personnes tuées dans les violences israélo-palestiniennes depuis 2000, pour la plupart des Palestiniens, selon un bilan établi par l’AFP.