Par Nidal al Moughrabi Reuters – Samedi 1 mars, 19h51

GAZA, 1er mars (Reuters) – Quarante-six Palestiniens ont été tués samedi dans la bande de Gaza par l’armée israélienne, dont deux soldats ont également péri au cours des combats, ce qui fait de cette journée la plus meurtrière dans le territoire depuis le retrait israélien de 2005.

Au total, 81 Palestiniens au moins ont été tués en quatre jours de raids israéliens dans la bande côtière depuis la mort, mercredi, d’un civil israélien dans l’explosion d’une roquette tirée de Gaza.

Bien qu’hostile au mouvement Hamas qui contrôle Gaza depuis juin dernier, le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas a demandé que le Conseil de sécurité des Nations unies consacre des discussions sans délai à la situation.

Samedi encore, près de 50 roquettes et obus de mortier se sont abattus sur le sud d’Israël, notamment des missiles Grad de conception soviétique, plus puissants et plus précis que les roquettes Kassam produites localement, a indiqué Tsahal. Trois personnes ont été blessées à Ashkelon, ville de 120.000 habitants située dans le sud de l’État juif.

Sur les 46 Palestiniens tués, 26 étaient des civils et les autres des activistes, selon les services médicaux et le mouvement islamiste Hamas qui a pris, en juin, le contrôle de la bande de Gaza.

« Mon oncle, je ne veux pas mourir, je veux mon papa », hurlait une petite fille à l’hôpital Chifa de Gaza tandis que les médecins tentaient de soigner les brûlures qui lui recouvraient le corps. La fillette a été blessée dans une maison qui, selon l’armée, servait à stocker et à fabriquer des armes.

Parmi les civils tués figurait une mère de famille atteinte par des tirs alors qu’elle préparait le petit déjeuner de ses enfants, ont rapporté des proches et des médecins.

« PLUS QU’UN HOLOCAUSTE »

Des responsables palestiniens ont déclaré que les forces israéliennes progressaient en direction des villes de Beït Hanoun et de Djabaliya, dans le cadre de leur incursion la plus profonde à l’intérieur de la bande de Gaza depuis 2005.

Les États-Unis ont invité vendredi Israël à « réfléchir aux conséquences » de toute opération avant la visite, prévue la semaine prochaine, de la secrétaire d’État Condoleezza Rice.

La Russie et les Nations unies ont lancé des appels au calme.

De nouvelles effusions de sang risqueraient de mettre un terme aux espoirs du président George Bush de parvenir à un accord sur la création d’un État palestinien avant son départ de la Maison blanche, en janvier prochain.

À Damas où il vit en exil, Khaled Mechaal, chef du bureau politique du Hamas, a lancé un avertissement: « Je dirai aux dirigeants sionistes que s’ils décident d’envahir la bande de Gaza, ils devront se battre non pas contre une poignée de combattants, mais contre 1,5 million de personnes. »

En Cisjordanie, le président Mahmoud Abbas a jugé « incroyables » les opérations israéliennes, ajoutant que ces événements « sont plus qu’un holocauste », allusion à un responsable israélien de la Défense qui a menacé vendredi Gaza d’une « shoah ».

« Le président a réclamé d’urgence une séance du Conseil de sécurité », fait savoir le porte-parole d’Abbas, Nabil Abou Rdainah, dans un communiqué. Le président palestinien a pris contact avec le secrétaire général Ban Ki-moon à ce sujet.

Des combats d’une violence sans précédent depuis plusieurs semaines ont éclaté dans la nuit de vendredi à samedi lorsque des hommes armés ont repéré une patrouille israélienne, appuyée par des hélicoptères, qui menaient une incursion dans la bande de Gaza, rapportent des témoins.

Un Palestinien a dit avoir vu extraire d’un char au moins un soldat israélien, dont le corps était coupé en deux.

OFFENSIVE PLUS VASTE?

Les dirigeants israéliens ont averti qu’ils pourraient être contraints de lancer une offensive plus vaste dans la bande de Gaza si les tirs de roquettes sur Israël ne cessaient pas.

« Tant que l’escalade se poursuit, les chances que nous recourions à une force plus grande vont croissant », a dit à la radio israélienne le vice-ministre de la Défense, Matan Vilnai.

Le lourd bilan pourrait rendre plus difficile pour Abbas la poursuite des discussions de paix avec Israël et le négociateur palestinien Saëb Erekat a déclaré qu’une grande offensive « enterrerait » les efforts de paix.

Khaled Mechaal a juré de résister « à l’agression israélienne ».

« Quiconque jouit de toutes ses facultés ne souhaiterait voir Israël envahir Gaza, mais la bataille nous a été imposée. Les roquettes sont une réaction », a-t-il dit en accusant Israël d’avoir pris l’initiative de l’agression.

« Nous ne nous rendrons pas. Les roquettes sont l’arsenal dont nous disposons pour protéger notre peuple. La seule option qui s’offre à nous est la résistance et l’autodéfense. »

Répondant à la menace israélienne d’une « shoah », Mechaal a affirmé que les Palestinien subissent l’holocauste depuis la création d’Israël, en 1948.

Avec Khaled Yacoub Oweis à Damas et Ali Sawafta à Ramallah, version française Nicole Dupont