Dans l’interview du Figaro, le président affiche un volontarisme inébranlable malgré ses déboires personnels et ses déficits de résultats sur ses thèmes favoris de campagne. Cap sur les réformes, l’élévation du niveau de vie des Français et la mise en place de la peine de sûreté. Entendez les choses plus concrètement. Pour assurer la fluidité du marché du travail : un objectif de radiation après le refus de deux offres d’emploi et une remise en cause toujours plus poussée de la fameuse rigidité du droit du travail. Favoriser des incitations fiscales pour encourager les entreprises au lieu d’augmenter les  salaires et le SMIC. Passer en force sur les questions de peines après les limites posée par le conseil constitutionnel. Du déjà vu dans cette rhétorique incantatoire. Avec ce programme aucune nécessité de changer l’équipe. L’horizon est rivé sur la présidence de l’Union et ses mirages après l’orientation très libérale du traité de Lisbonne. On sait à quoi s’attendre !

Côté opposition, Ségolène Royal poursuit sa tournée des villes qui pourraient bien basculer. Elle affichait hier un message fort, lors d’un meeting à Toulouse pour soutenir la gauche. La présidente de Poitou-Charentes entend   »construire une gauche du courage, de la vérité, de l’action ». Dans un style très jaurésien et devant deux mille citoyens et élus, elle a déclamé quelques allégories qui ne manquent pas d’éloquence.

Verbatim :

« Le courage, c’est de dominer ses propres fautes, d’en souffrir mais de n’être pas accablé mais de poursuivre son chemin ».

« Nous n’avons pas à cacher les difficultés, nous n’avons pas à entretenir des illusions, des nostalgies ou des peurs, nous avons à regarder la France telle qu’elle est, avec ses atouts qui sont immenses et ses faiblesses qui doivent être surmontées ».

« Nous avons à fixer des priorités, à assumer des choix, à prendre des engagements, à respecter notre parole. Nous voulons une gauche rassemblée qui agisse, qui innove, qui prenne le monde tel qu’il est et qui va à son idéal par les chemins du réel ».

« Lorsque des problèmes se posent, il suffit de passer à l’action. Puisque, là-haut, ils ne passent pas à l’action, c’est dans les villes que vous (les élus, ndlr) allez passer à l’action. Une gauche du courage, de la vérité, de l’action, voilà ce que nous allons construire ensemble ».

Ce manifeste possibiliste tient lieu de stratégie de reconquête qui passe par un travail de terrain, celui qu »elle incarne dans sa région. Il est donc faux de dénoncer des socialistes qui seraient tournés vers eux-mêmes. « Ce n’est pas vrai, on le voit dans tous les programmes des listes dirigées par des socialistes (…) et les élus qui sont à la tête des collectivités le prouvent tous les jours par leur action ».

On ne tombera pas dans l’écueil d’un rejet indifférencié de la gauche et de la droite dans ces élections locales qui peuvent marquer un vote de défiance et de sanction envers la droite sarkozienne et néo-conservatrice. On prendra garde à ne pas faire le jeu d’une majorité présidentielle qui profiterait d’une abstention de l’électorat de gauche pour poursuivre ensuite, en toute légitimité, ses mauvais coups. On s’attachera à défendre les municipalités de gauche qui ont fait beaucoup pour rendre leurs communes plus conviviales et dynamiques. C’est une poche de résistance des territoires et des populations locales contre les dérégulations en oeuvre qui frappent d’abord les plus faibles.

Cette attitude ne nous dispense pas d’une  vive critique de l’imposture d’une alliance avouée ou probable avec le Modem au premier ou second tour de scrutin. Il convient dès à présent de refuser toutes ces postures post-municipales qui préparent le grand recentrage mûri dans des têtes pensantes avec en arrière plan le contre-modèle du grand arc en ciel italien impuissant à juguler le retour annoncé de Berlusconi, ce sinistre personnage, inspirateur avec Bush du style Bling-Bling et néo-cons.

Le refus d’une pipolisation de la vie politique doit s’accompagner d’un message clair : celui qui fait trop défaut à cette gauche vamporisée par des thèmes récurrents du néolibéralisme. Le possibilisme réformateur s’appuyant sur les énergies locales pour endiguer les méfaits de la mondialisation libérale ne peut tenir lieu de projet. Après le second tour, une gauche revigorée devrait poser les fondations d’une stratégie d’unité pour fixer un nouvel horizon au pays. Cette exigence suppose une volonté et des  capacités portées aujourd’hui par de larges secteurs de la gauche. Ceux-ci ne se reconnaissent pas dans un discours convenu qui fait le jeu d’une pensée néolibérale hégémonique et conduit à tous les renoncements – comme nous en fîmes récemment la triste expérience lors du vote du traité de Lisbonne. Entre pipolisme et possibilisme, il y a place pour davantage d’ambition à gauche. Comment concilier la nécessaire contestation du modèle néolibéral et l’exigence d’une capacité de proposition et de gestion ? Telle est la question chargée de sens et posée à l’échelon local, national et international.

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