La carte famille nombreuse constitue un élément de référence des tarifs sociaux pratiqués par la SNCF. Cette carte fut créée en 1921. Elle bénéficie aux membres de familles d’au moins trois enfants et donne droit à des réductions de tarifs SNCF de 30 à 75%, sans réservation préalable.

La SNCF  recense aujourd’hui 2,2 millions de cartes familles nombreuses en cours de validité, correspondant à 650 000 familles quand, selon les calculs de l’UNAF, 1,4 million y ont droit. La carte famille nombreuse vaut 18 euros pour une période de validité de trois années. Dans le cadre du programme d’économies drastiques annoncé par Nicolas Sarkozy le 4 avril – la fameuse RGPP – la secrétaire d’Etat à la famille taille dans le vif et décide publiquement, jeudi dernier, de ne plus financer le coût annuel de la carte compensé par l’Etat  soit 70 millions. Remous immédiat dans certains secteurs de la majorité attachés à la politique familiale.  L’UNAF réagit vivement : «Pas question que l’on fasse des économies sur le dos des familles». Elle est suivie par les syndicats, les politiques et les usagers des transports. Le gouvernement tente d’éteindre l’incendie, mais dans la plus grande cacophonie et fébrilité.

Jean-Louis Borloo, le ministre de l’écologie se veut rassurant et annonce le principe du maintien de la carte tandis que son secrétaire d’Etat, Dominique Bussereau estime peu après que la carte allait «certainement disparaître» pour être remplacée par un «instrument comparable». Avant de préciser que «les réductions pour les familles nombreuses ne disparaîtront pas» et que la carte elle-même allait «évoluer». Difficile de faire moins clair commente Catherine Maussion dans Libé.

Après les turbulences provoquées par cette décision, le gouvernement infléchit sa politique. François Fillon déclarait depuis Tokyo vendredi matin que la SNCF devait financer sa propre «politique familiale» et présenterait dans «les prochains jours» son «dispositif» en la matière. Car «c’est à la SNCF, désormais une entreprise comme les autres, de mettre en oeuvre cette politique familiale et c’est elle qui le fera». «C’est la relation financière entre la SNCF et l’Etat qui va changer, c’est une des décisions qu’on a prises dans le cadre de la RGPP», devait-il préciser, évoquant la Révision générale des politiques publiques, plan dont le gouvernement espère plusieurs milliards d’économies. Dans le même temps, le porte-parole de l’UMP Frédéric Lefebvre a demandé vendredi à la SNCF de «confirmer publiquement» qu’elle «prendra à sa charge les droits liés à la carte Famille nombreuse». Il rappelle que pour l’UMP, «il est normal que la SNCF, dorénavant bénéficiaire, ne perçoive plus de compensation financière par l’Etat» pour financer les avantages de la carte Famille nombreuse. Ce dispositif ne rassure cependant pas les représentants des associations familiales qui se font à nouveau entendre. Ainsi, Jean-Marie Bonnemayre, président du Conseil national des associations familiales laïques, craint qu’une prise en charge du coût de la carte famille nombreuse par la SNCF puisse être «remise en cause selon les résultats de l’entreprise» et dénonce la casse de l’Etat-providence.

Sous la pression, Nadine Moreno et le gouvernement doivent vite faire marche arrière et proposent de pérenniser le dispositif avec le principe d’un financement par l’Etat. Cette nouvelle annonce de la secrétaire d’Etat à la famille intervient à l’issue d’une réunion à l’Elysée entre Nicolas Sarkozy, le président de la SNCF Guillaume Pepy et des représentants d’associations familiales et de transport. On apprend alors que les tarifs sociaux seront étendus aux familles monoparentales et aux familles modestes de moins de trois enfants et que la SNCF versera davantage de dividendes à l’Etat. JF Coppé, opposant de la première heure et droit dans ses bottes  commente ainsi  la dernière version officielle : « la carte famille nombreuse est un pilier de notre politique familiale, pas un élément de notre politique sociale. S’il faut des économies, la sagesse est d’en trouver ailleurs avec la SNCF ».

En sortant de l’Elysée, hier après-midi, François Fondard, le président de l’Union nationale des associations familiales, exprimait sa satisfaction que les tarifs privilégiés accordés aux familles «ne soient pas tributaires de la politique commerciale forcément aléatoire de la SNCF», comme le voulait le gouvernement avec les garanties obtenues de la bouche même du Président : le maintien de la carte dans le champ de la politique familiale, la garantie du financement sur le budget de l’Etat et son universalité.

Si le patron de l’ UNAF peur être soulagé, il n’en demeure pas moins que cet épisode doit être situé dans une dégradation d’ensemble des tarifs sociaux de la SNCF dénoncée par la fédération des usagers du transport et des services publics : entrée en vigueur de la nouvelle grille tarifaire à l’automne supprimant la réduction automatique de 25% au profit des plus de 60 ans qui doivent à présent acheter une carte au coût de 55 euros. C’est la promotion d’une politique commerciale qui multiplie les tarifs pour rentabiliser le trafic en maximisant les recettes. Malgré certains avantages dans les situations de bradages des prix de tickets pour assurer le remplissage, ces dispositifs sont tout le contraire des tarifs sociaux.

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