Bien avant la parution du livre de Pierre Péan « Une jeunesse française »,  je fus convié à la Sorbonne, en ma qualité d’animateur de France Libertés, pour assister à un colloque sur Vichy. Accompagné du très regretté Docteur Jean Blum, haut personnage du MRAP aux engagements inébranlables, j’avais salué la présidente de France Libertés qui nous fit part en aparté de son regret d’un certain manque de fermeté dans une dénonciation trop nuancée de la Collaboration. Les historiens lui paraissaient en effet trop enclins à une compréhension – qui frisait pour elle la justification sinon la complaisance - envers l’attitude de certains collaborateurs, exagérément démarquée de celle des collaborationnistes.

Nous eûmes ensuite tout le temps de prolonger cette conversation sur cette période avec mon ami qui m’informa, non sans  une certaine pudeur, de la véracité de l’épisode de la remise de la francisque au jeune Mitterrand. Connaissant le passé de Résistant de Jean et ses nombreux engagements, je ne pouvais que remettre en cause mon attitude constante de dénégation de cette histoire que j’attribuais jusqu’alors à un effet de propagande de la droite. Cette révélation me laissa songeur. Lorsque parut l’ouvrage de Pierre Péan, sa lecture me permit de comprendre le processus qui, selon l’auteur, aurait conduit Mitterrand de Vichy à la Résistance. J’en restais là dans cette approche d’une trajectoire d’une certaine façon tout à l’honneur de François Mitterrand si ce n’était cette proximité ultérieure avec René Bousquet, lequel accompagna, semble-t-il, dans l’après-guerre son ascension politique.

On peut sans doute déplorer le trop long silence de François Mitterrand sur cette période. On comprendra néanmoins la difficulté de l’évoquer dans l’adversité d’une droite déchaînée, faisant feu de tous bois pour empêcher l’accession au pouvoir de la gauche avant 81 puis sa volonté de la déstabiliser après l’arrivée de François Mitterrand à la présidence de la République.

Aujourd’hui, on peut analyser la période avec plus de sérénité en prenant garde de ne pas tomber dans l’anachronisme des jugements. De ce point de vue tous les éclairages sont les bienvenus. On doit considérer dans cette affaire l’ensemble des matériaux. Les témoignages de Danielle Mitterrand restent d’une grande utilité. Ils sont bien sûr à considérer en prenant en compte la subjectivité et la charge émotionnelle de la veuve du président qui apporte cependant, dans les documents annexes de son livre, des pièces fort opportunes.

En faisant retour sur mes 24 ans, je ne saurais dire le niveau de lucidité qui eut été le mien si ils m’avaient confronté aux mêmes situations. Ce qui reste certain c’est que dans sa trajectoire, François Mitterrand apparaît comme un homme de conviction, engagé, généreux, le courage chevillé au corps dans la Résistance. Quant à  l’ambition, n’est-elle pas la qualité consubstantielle des hommes tentés d’écrire l’Histoire ?

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