J’ai regardé avec intérêt, hier au soir, l’émission de télé sur Georges Marchais le cathodique, avec comme titre principal : « part de Marchais ». Sans doute faisait-il recette à l’audimat, ce secrétaire général d’un PC résolument engagé dans l’union de la gauche en ces années 70.

 Georges Marchais combinait alors deux atouts. Celui de représenter un parti au score électoral encore élevé (un électeur Français sur quatre) et surtout ce tempérament, cet aplomb et ce culot d’acier qui prêtaient à rire. L’émission traduit formidablement cette révolution de la com’ chez ce dirigeant communiste en totale rupture avec ses prédécesseurs formés dans la tradition tribunitienne des meetings mais parfaitement incapables de présence cathodique, supposant un ton assuré et spontané mêlant humour, roublardise et réactivité.

Souvenez-vous les difficultés éprouvées dans ses débuts télévisuels par un François Mitterrand qui se rattrappa fort bien par la suite. Exit avec VGE, le style conférence de presse du Général pourtant si génial dans ses réactions et boutades publiques. Les années 70 marquent une énorme évolution de l’homme médiatique public. Pour le meilleur et pour le pire. Un peu pitre, Georges Marchais avait nous dit-on de l’appétit médiatique. Une attitude de fauve ! Les journalistes témoignent de ce tempérament quand ils se trouvaient eux-mêmes pris en proie alors qu’ils croyaient prendre ! Les grands succés de Georges Marchais ne tenaient-ils pas à sa capacité d’en imposer aux forts en thèmes déstabilisés par sa gouaille emportée et son style offensif ?

Ces succés médiatiques ont accompagné, il est vrai, une attitude plus ouverte du PCF sur l’évolution du monde dans une conjoncture nouvelle :  » le socialisme aux couleurs de la France » sous l’influence d’un Juquin ou d’un Fiterman et l’eurocommunisme prôné par les dirigeants italiens et espagnols. La perte d’audience du dirigeant français n’alla -t- elle pas de pair avec le retour à une posture plus sectaire d’un PCF en butte à l’hégémonie de ses alliés socialistes, tentés alors par « le virage à droite »?

 La rupture des négociations sur le programme commun entame alors un lent processus d’érosion du PC. Georges Marchais n’est plus à l’affiche dès son raté télévisuel en direct de Moscou lorsqu’il justifie l’invasion de l’Afghanistan par les soviétiques. Nous sommes alors en pleine crise des relations internationales avec un durcissement des rapports des deux super blocs  (en toile de fond des années quatre vingt : la guerre des étoiles conduites par les américains, l’implantation des SS20 soviétiques à l’Est et des fusées Pershing en Europe occidentale ) .

 Il y aurait beaucoup à dire sur le discrédit qui fut alors jeté sur le dirigeant communiste car, au-delà de sa personne n’était-ce point aussi l’effet des croisades anti-communistes et la poussée du néo-conservatisme avec Thatcher et Reagan ? Quoi qu’il en fût, Geoges Marchais ne pouvait compenser son déficit politique par sa présence médiatique, laquelle fut fortement entamée durant ce processus de décomposition électoral engagé dès les années 80. En fin d’émission, le témoignage de Pierre Juquin traduit assez bien ce basculement et relativise l’effet médiatique vis à vis du fond.

Une tout autre question reste pendante : celle de la surmédiatisation des hommes publics au détriment des débats de fond qui n’ont plus cours dans les grands médias. Une question importante pour le devenir de notre démocratie.

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