La Paz. Dans un climat de violences et de tensions, le président Evo Morales et les préfets des régions remettent en jeu leur mandat, le 10 août.

Pas de bruits de bottes mais les balles sifflent. La crise politique, qui secoue la Bolivie depuis plusieurs mois, devient explosive, à quatre jours des référendums révocatoires au cours desquels le président, Evo Morales, et son vice-président ainsi que les préfets des départements du pays remettent en jeu leur mandat. Mardi, à Trinidad dans le département de Beni (est), le véhicule officiel du ministre de la présidence, Juan Ramon Quintana, a été la cible de coups de feu. Ce dernier sortait justement d’une réunion avec les forces de l’ordre chargées de garantir la sécurité du chef de l’État qui était attendu dans cette ville pour l’ultime acte de campagne.

Cet événement s’inscrit dans une longue liste de tentatives de déstabilisation politique qui ont culminé en mai et juin derniers avec la tenue de référendums autonomistes illégaux organisés par les quatre préfets des riches départements de l’Est bolivien, dit de la Demi Lune (Santa Cruz, Pando, Beni et Tarija). Ces consultations ne visaient rien d’autre qu’à accélérer la partition du pays, en creusant davantage les fractures sociales, économiques et ethniques  : à l’Est, les Blancs et métis riches, souverains des principales ressources naturelles  ; à l’ouest, les Indiens, pauvres, et privés des retombées financières. Et par là même à isoler la partie occidentale pour mieux renverser le gouvernement de gauche d’Evo Morales. Ce n’est donc pas un hasard si l’attaque qui a visé l’un des principaux ministres s’est déroulée à Beni.

Pas plus que l’annulation de la session d’honneur du congrès célébrant le 183e anniversaire de l’Indépendance, qui devait se dérouler mardi à Sucre, en raison d’actes de violences. Pour cette même raison, les présidents argentin et vénézuélien, Cristina Fernandez et Hugo Chavez, ont annulé leur déplacement à Tarija où ils devaient signer, avec leur homologue bolivien, un partenariat énergétique d’importance. On devine sans mal que les troubles de ces derniers mois, orchestrés d’une part par l’opposition de droite et les comités civiques, et d’autre part, alimentés par les agissements d’une frange de l’extrême gauche, insatisfaite du rythme et de la profondeur des réformes gouvernementales, cherchent avant tout à empêcher la participation électorale de dimanche.

D’autant que, selon les dernières enquêtes, le président et le vice-président recueilleraient 54 % des intentions de vote tandis qu’au moins trois des huit préfets, qui se seront soumis malgré eux au vote populaire, seraient révoqués. Quant à Manfred Reyes Villa, préfet du département de Cochabamba, il a refusé tout bonnement de participer au scrutin en dépit du caractère obligatoire de la convocation, votée au Sénat avec les voix de Podemos, principale formation d’opposition.

Comme si cela ne suffisait pas, le recensement électoral, les pourcentages minimums requis pour la révocation, et des « doublons » sur les listes d’émargements ont également nourri un début de controverse. Les leaders des comités civiques ont remis une couche, en initiant, dimanche, une grève de la faim pour récupérer, disent-ils, « leurs ressources ». Une allusion grossière à l’impôt direct sur les hydrocarbures (IDH), principale réforme fiscale du gouvernement d’Evo Morales depuis la nationalisation du gaz et qui finance l’allocation scolaire « Jacinto », et la pension vieillesse « Dignidad ».

Il y a une semaine, le chef de l’État a simplement résumé ce qui se joue, le 10 août prochain dans les urnes : « La consolidation des nationalisations ou le retour des néolibéraux. »

Cathy Ceïbe
(Article paru dans l’Humanité du jeudi 7 août 2008)