Vous connaissez le principe du « molletisme », cette posture verbale radicalement de gauche qui accompagnait les pires trahisons de l’idéal socialiste de ce chef incontesté de la SFIO d’après-guerre ; Guy Mollet, l’exécuteur de Léon Blum. Devenu secrétaire général de la SFIO, ministre puis président du conseil, celui-là même  qui conduisit « la politique de pacification en Algérie » avec les moyens que l’on sait, régnait sans partage sur son parti de 1946 à 1969 jusqu’à son éviction salutaire et définitive  par François Mitterrand au congrès d’Epinay de 1971 en dépit du score de sa motion. Guy Alcide Mollet, cet expert en discours néo-guesdistes, qui sut même accueillir  le CERES dans la vieille SFIO ( le CERES sans lequel le nouveau Parti socialiste n’aurait pas vu le jour à Epinay) et polariser le courant de Jean Poperen ( allié à Mollet en 1971) -, disait du futur premier secrétaire - chantre de la rupture avec le capitalisme et de l’Union de la Gauche à Epinay-sur-Seine - sur le ton de la confidence et avec la plus grande défiance, qu’il « parlait bien socialiste ». Fallait-il voir un compliment dans la dénonciation de cette tare congénitale du socialisme guesdiste qui masque la mollesse d’une politique social-démocrate derrière la pureté du discours ?

Aujourd’hui, le soixante quinzième congrès des socialistes, est l’enjeu de tous les appétits de pouvoir pour les protagonistes en lice qui, à l’exception de Benoît Hamon, dont on connait la trajectoire complexe du rocardisme à la gauche du parti,  n’ont pas vraiment d’alternative à proposer à la crise mondiale du capitalisme financier transnational qui frappe durement notre peuple. C’est dire que mises à part, peut être, l’intelligence et la sincérité d’un Vincent Peillon - ce théoricien du socialisme républicain qui fonda le NPS aux côtés d’Arnaud Montebourg et de Benoît Hamon avant d’avoir le soutien d’Henri Emmanuelli avec qui il fit la synthèse du Mans dans le dos d’une partie de ses amis parmi lesquels figurait Montebourg -, et dont l’image souffre néanmoins à gauche de ses propositions d’ouverture au MODEM après son retournement sur l’Europe, on ne trouve chez les signataires des trois motions en tête aucune personnalité susceptible d’incarner une autre politique socialiste.

Dans ce contexte, il est bien difficile à la motion de gauche de se faire entendre dans une hypothétique synthèse. D’où le risque de dérapage si Benoît Hamon, instrumentalisé par les adversaires invétérés de Ségolène Royal, devait renoncer à son message pour se fondre dans une mouvance social-libérale dominée par le maire de Paris avec l’adoption d’une pâle motion de synthèse chèvre-chou ouvrant la voie à tous les renoncements.

C’est qu’il faut bien du courage et de la « bravitude » à nos amis de la gauche socialiste pour « tenir bon » sans sombrer dans les effets de manche du congrès. Tel qui jadis à Metz, en 1979, pour mieux dénonçer l’imposture d’un Michel Rocard, actuel supporter de Delanoë, expliquait que la ligne de démarcation entre le plan et le marché c’était le socialisme, n’y va pas de main morte aujourd’hui pour tenter d’agréger toutes les forces hostiles à Ségolène Royal. En affirmant qu’il y aurait deux lignes, deux conceptions du parti, deux visions de la société, deux projets politiques antagonistes, l’ancien premier ministre, incarnation du social-libéralisme avant sa posture de 2005, voudrait gommer par la magie du verbe des différences irréductibles entre ses amis, ceux de la motion C et le social-libéralisme affiché sans complexe d’un Bertrand Delanoë. Aux socialistes d’apprécier cet embrouillamini qui ne fait qu’entretenir l’illusion d’un ralliement sans trahison ! Dans cette éventualité, une telle attitude serait pourtant une véritable pantalonnade pour les amis de Benoît Hamon et l’on aurait raison de moquer à jamais, dans les annales du socialisme français, indiféremment les deux camps ; la bravitude contre la molletude !

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