Une série de quatre documentaires proposée par Séverine Liatard, réalisée par Marie-Christine Clauzet.

A l’occasion du congrès du Parti socialiste français qui se déroulera à Reims du 14 au 16 novembre 2008, La Fabrique de l’histoire se propose de décliner cette histoire du socialisme français en quatre congrès fondateurs : celui d’Issy-les-Moulineaux en 1958, celui d’Epinay en 1971 puis Metz en 1979 et enfin le congrès de Rennes en 1990.
Vingt-et-une personnalités du PS de générations et de courants différents ont accepté de revenir sur les préparatifs et l’ambiance de ces congrès, le rôle et les positions défendues par le parti socialiste dans la vie politique française à ces différents moments, les enjeux idéologiques et les luttes de tendances et/ou de pouvoir internes au PS, pour comprendre l’évolution de ce parti après la seconde guerre mondiale et à l’orée du XXI ème siècle.
Avec les témoignages d’André Chandernagor, Jean Jacques Marie, Gérard Jaquet, Jean-Pierre Biondi, Paul Quilès, Claude Estier, Jean-Pierre Chevènement, Paul Lussault, Michel Rocard, Denise Cacheux, Louis Mermaz, Yvette Roudy, Marie-Noëlle Lienemann, Laurent Azoulay, Jean Marcel Bichat, Marie-Thérèse Mutin, Marcel Debarge, Michel Pezet, Charles-Emile Loo, Pierre Mauroy, Jacques Fleury.

 premier épisode : la scission d’Issy-les-Moulineaux (septembre 1958) Ecoutez

Suite à la prise d’assaut du gouvernement général et la proclamation du Comité de salut public le 13 mai 1958 à Alger, le Président René Coty fait appel au général de Gaulle qui constitue un gouvernement de large union nationale à l’exception des communistes. Guy Mollet, patron de la SFIO depuis 1946, participe alors à ce gouvernement et appartient au comité d’experts censés réfléchir et rédiger une nouvelle Constitution.
En février 1946, l’Assemblée nationale extraordinaire du parti admet la liberté entière de discussion mais ne tolère plus de groupements organisés en son sein. Les tendances ne disparaissent pas complètement, toutefois, Guy Mollet fort de l’appui de la grosse fédération socialiste du Nord dirigée par Augustin Laurent exerce une autorité sans faille à l’intérieur du parti.
Déjà en mai 1956, quelques cadres militants de la SFIO manifestent leur opposition à la politique algérienne menée par Guy Mollet à la tête du gouvernement mais restent dans le parti. Lors du congrès de septembre 1958, alors que le leader de la gauche socialiste choisit de soutenir de Gaulle et de plébisciter le référendum sur la nouvelle Constitution, des minoritaires menés entre autres par Edouard Depreux, Robert Verdier, Alain Savary et Oreste Rosenfeld décident de partir de la SFIO pour créer le Parti socialiste autonome (PSA). Ils font campagne en faveur du Non à la Constitution parce qu’elle menace selon eux les principes essentiels de la République et s’opposent à la politique d’intégration en Algérie encore défendue par Guy Mollet.

second épisode : François Mitterrand s’empare du Parti socialiste à Epinay (juin 1971) Ecoutez
Le congrès d’Epinay qui débute le 11 juin 1971 constitue la dernière phase d’un long processus de rapprochement entre une vieille SFIO affaiblie et un ensemble de « clubs » créés depuis les débuts de la Cinquième République dont la Convention des institutions républicaines (CIR) dirigée par François Mitterrand. Ce dernier, candidat unique de la gauche socialiste, obtient un excellent score aux présidentielles de 1965 mettant en ballotage le général de Gaulle. Le départ de celui-ci à l’issue du référendum d’avril 1969 change le calendrier du processus de fusion. La SFIO propose d’avancer le congrès d’unification qui se tient en juillet 1969 en l’absence des conventionnels. C’est Alain Savary qui prend la direction de l’ancienne SFIO et il est alors convenu qu’un débat de fonds devra être organisé avec le parti communiste et qu’un nouveau congrès d’unité devra se tenir en juin 1971.
Personne ne dispose d’une majorité lorsque le congrès s’ouvre. Il y a cinq motions en présence : Savary-Mollet ; Poperen ; Chevènement ; Mauroy et Mermaz-Pontillon. Pour prendre la direction du parti et conquérir à terme le pouvoir, François Mitterrand défend la stratégie de l’union de la gauche. Dans son discours d’une grande ferveur socialiste, le futur leader de la gauche parle de rupture avec le capitalisme et d’appropriation collective des grands moyens de production. Manœuvre d’appareil ou bataille d’idées ? François Mitterrand l’emporte en s’alliant avec l’aile droite du parti incarnée par Pierre Mauroy et Gaston Defferre et son aile gauche, animée par Jean-Pierre Chevènement au sein du Ceres. Cette grande alliance Defferre-Mauroy Mitterrand-Chevènement qui créée la surprise générale a en fait été préparée bien avant le congrès et triomphe le 13 juin de justesse sur l’équipe Savary-Mollet-Poperen.
En devenant le premier secrétaire du parti, François Mitterrand impulse certainement une dynamique de rénovation au sein de la gauche socialiste et a désormais les moyens de défendre sa stratégie d’union de la gauche. En juin 1972, le PC, le PS et le Mouvement des radicaux de gauche signe d’ailleurs le Programme commun.

 troisième épisode : le combat entre les anciens et les modernes. Le congrès de Metz (avril 1979) Ecoutez
Le soir même de l’échec de la gauche aux législatives de 1978, Michel Rocard, entré au PS lors des Assises du socialisme en 1974 avec une partie des militants du PSU, se pose en alternative à François Mitterrand comme candidat potentiel aux présidentielles à venir. En 1977, lors du congrès de Nantes, Michel Rocard a développé sa théorie des deux cultures au sein de la gauche française. A la culture jacobine et centralisatrice, il oppose une culture décentralisatrice, régionaliste et moins étatiste. Par la même occasion, il énonce partiellement son opposition à la stratégie de l’union de la gauche défendue par François Mitterrand, stratégie qu’il qualifie d’archaïque. Cet affrontement entre rocardiens et mitterrandistes annonce la rupture du Programme commun officialisée en septembre 1977. Louis Mermaz, Lionel Jospin, Laurent Fabius et Paul Quilès, entre autres, sont chargés de préparer le congrès de Metz pour défendre la ligne d’Epinay face aux rocardiens épaulés par Pierre Mauroy. Ce dernier qui a incité Michel Rocard à rejoindre le PS pense en effet que François Mitterrand n’est plus forcément l’homme de la situation.
Lors de ce congrès, les partisans d’une rupture avec le capitalisme s’affrontent, parfois avec violence, à ceux qui souhaiteraient une transition plus douce. Le Premier secrétaire du parti en place qui refuse catégoriquement la synthèse gauchit ses positions et pour s’assurer une majorité, s’allie avec le Ceres de Jean Pierre Chevènement malgré leur désaccord évident sur la question européenne.

quatrième épisode : le combat des héritiers. Le congrès de Rennes (mars 1990) Ecoutez
A Metz en 1979, le combat entre les anciens et les modernes était alors assorti d’un débat politique de fond. A Rennes, dix ans plus tard, l’affrontement entre Lionel Jospin et Laurent Fabius n’a rien d’idéologique. Le duel par seconds couteaux interposés gagne également les fédérations à l’intérieur desquelles des scissions s’opèrent. François Mitterrand a finalement été réélu en 1988 après une période de cohabitation. Il entame alors son second et dernier mandat. La question de sa succession devient donc d’actualité. Lionel Jospin est ouvertement entré en conflit avec Laurent Fabius en 1985. Lors du Comité directeur de juillet 1989, le combat des deux héritiers est lancé par listes de soutien interposées et comptage des voix sur lesquelles l’un ou l’autre peut s’appuyer.
L’enterrement du courant mitterrandiste bat son plein. Le débat idéologique reste au second plan et le restera tout au long du congrès qui s’ouvre le 15 mars 1990. Sept textes sont soumis à la discussion et au vote des militants mais personne n’écoute les discours. Ni Fabius, ni Jospin ne veulent de synthèse. On négocie en coulisse et on échange des propos aigre-doux avec ses adversaires de courants. Des émissaires sont chargés de calmer le jeu. En vain, ce congrès du PS se termine sans que les courants ne se soient mis d’accord sur la composition de la direction et sur un texte commun d’orientation. Le rôle de François Mitterrand est ambigu. Son dauphin est Laurent Fabius mais il ne le soutient pas ouvertement. Il lui a d’ailleurs sans doute suggéré d’abandonner la partie pour laisser finalement la direction du parti à son ancien premier Secrétaire, Pierre Mauroy, qui aura vainement tenté d’apaiser cette lutte de succession.