socneocouv2web.jpgJacques Généreux

( professeur à Sciences Po., secrétaire national à l’économie du PG,

auteur notamment de La Dissociété, Les Vraies lois de l’économie,

Manuel critique du parfait européen,etc. ),

vient d’ouvrir un blog de présentation et discussion de son livre à paraître

le 18 mars

Le Socialisme néomoderne

 ou l’avenir de la liberté

http://neomoderne.fr

 

 « Le Socialisme néomoderne.. ». Extrait. n°1.

A paraître le 18 mars, au Seuil

Extrait n°1. chap.1.(…)

Une refondation scientifique du discours politique

En résumé, l’air du temps, relativiste quant aux valeurs et rationaliste quant aux instruments, prétend que les préférences idéologiques indémontrables ne sauraient fonder les mesures politiques concrètes, tandis que celles-ci pourraient être déterminées objectivement sans a priori idéologique.

Je soutiens exactement l’inverse: la plupart des choix politiques sont, au moins implicitement, fondés sur des a priori idéologiques ; ce sont donc ces derniers qu’il convient et qu’il est possible de soumettre à un examen scientifique. C’est là un trait majeur de ce que j’appelle le « socialisme néomoderne »: un socialisme qui ne se borne pas à réactiver l’idéal de justice des pionniers, qui ne se limite pas davantage à la seule science marxiste de l’histoire, et qui entend s’appuyer sur une anthropologie générale, i.e. l’état réel des connaissances sur l’être humain. (…)

Refonder le discours politique sur la raison et la connaissance tout en préservant la liberté d’en débattre et la liberté d’adhérer ou non à ce discours: rien n’est plus moderne, au sens historique et philosophique du terme. Mais, alors, pourquoi ai-je qualifié le socialisme scientifique et démocratique proposé dans ce livre de  «néomoderne» ? En premier lieu, même si au fond cela reste accessoire, il vaut mieux éviter la confusion avec les multiples et éphémères discours de campagne qui entendent par « moderne » un cocktail variable d’inconsistance idéologique, d’imitation de la droite et de lieux communs à la mode. Cette pensée moderne-là passe seulement une brosse à reluire sur des idées assez légères pour suivre l’air du temps. On comprendra donc mon souci d’éviter une proximité, même purement sémantique, avec le florilège des socialismes « modernes ». Toutefois, là n’est pas ma préoccupation essentielle. L’essentiel est qu’une anthropologie rigoureuse montre à l’évidence que la modernité, c’est dépassé! Ou, plus exactement, à dépasser.
 

Le « pseudo-modernisme »

Avant de m’expliquer plus avant sur le qualificatif «néomoderne », et pour retrouver le fil du propos central de ce livre, rappelons à grands traits le discours prétendument « moderne » dont je compte ici prendre le contre-pied :

« Un projet politique doit être moderne, et cela implique l’adaptation permanente de l’action publique à l’évolution du monde. Le libéralisme, parce qu’il privilégie la quête de la liberté et de l’initiative individuelle, propose la philosophie et le mode d’action politique les plus en phase, à la fois avec l’exigence d’adaptation permanente de la société et avec l’aspiration croissante des individus à l’autonomie.

 « En revanche, le socialisme classique, parce qu’il est plus soucieux de construire par la loi une société égalitaire et solidaire que de libérer les énergies individuelles, entrave et retarde les adaptations nécessaires, limite la création de richesses, et contrarie ainsi l’aspiration individualiste et consumériste des individus modernes. Ce décalage entre une idéologie héritée du xixe siècle et les réalités contemporaines explique en bonne part les déboires de la gauche.

 « Certains partis travaillistes et sociaux-démocrates, conscients de ce décalage, ont compris la nécessité d’une “troisième voie” entre le socialisme d’antan et le néolibéralisme d’aujourd’hui, et déjà entrepris, en conséquence, leur modernisation. Celle-ci passe par une série de conversions : l’adoption d’une philosophie de la responsabilité individuelle en lieu et place de l’antique logique d’aide sociale  ; la reconnaissance de la libre concurrence et du capitalisme comme socle commun et indépassable du système économique  ; la priorité à la production compétitive des richesses plutôt qu’à leur redistribution  ; le recul de la loi générale au profit des contrats librement négociés entre les acteurs.

 « D’autres partis de gauche, et singulièrement le parti socialiste français, ont trop tardé à assumer l’impossibilité d’une rupture avec le système aujourd’hui mondialement répandu, et ont désormais pour seule alternative le déclin ou le rattrapage du processus de modernisation entrepris par leurs homologues anglais, néo-zélandais, allemands, etc. Au terme de ce processus, le “clivage” gauche-droite se trouvera largement aboli et remplacé par l’alternance paisible de “sensibilités” plus ou moins sociales, plus ou moins interventionnistes, dans le cadre d’une philosophie générale et d’un système social communs, alternance comparable à celle qui prévaut aux États-Unis entre démocrates et républicains. »

Telle est la caricature (par définition sommaire, mais néanmoins significative) du discours pseudo-moderniste que j’entends ici évaluer, et que je prétends rejeter non par inclination personnelle, non par idéalisme, encore moins par nostalgie d’un «grand soir» auquel je n’ai jamais cru, mais parce que l’anthropologie, la sociologie, l’éthologie, la neurobiologie, l’économie, la psychologie, l’histoire, bref, toutes les connaissances mobilisables pour une évaluation rigoureuse d’un tel discours me conduisent immanquablement à l’évidence que celui-ci est faux.
 

Dépasser la modernité pour en accomplir la promesse

S’agit-il alors pour moi de reconstruire un discours authentiquement moderne? Oui et non.

Oui, car il s’agit de renouer avec la volonté d’émancipation de l’humanité, y compris à l’égard des nouvelles formes d’aliénation engendrées par le mouvement même de la modernité. Oui, car il s’agit aussi de refonder l’idée de progrès en ce temps où le mot «réforme» en vient à désigner tout retour en arrière.

Non, car ce mouvement atteint désormais ses limites ; il est enlisé dans les impasses où l’emmènent les deux erreurs anthropologiques qui structurent la pensée moderne, à savoir : le fantasme de l’homme surnaturel et le mythe de l’individu autonome. (…)

… À suivre …