Puzzle Socialiste de Jean-Michel Normand du 12 juin 2009 http://partisocialiste.blog.lemonde.fr/

Jusqu’à présent, Ségolène Royal s’est tenue à l’écart de la secousse du 7 juin. Non pas que les résultats électoraux de la région Poitou-Charentes – où le PS a dégringolé de 13 points par rapport à 2004 – l’aient épargné. Absente du conseil national du 9 juin, l’ancienne candidate socialiste à l’Elysée n’a pas émis le moindre commentaire sur le score des européennes, préférant rester à l’écart du désastre. Elle s’est contentée de recevoir dans ses locaux parisiens Martine Aubry, venue lui confier la représentation du PS auprès de l’Internationale socialiste. En faisant officiellement reconnaître sa légitimité de VIP présidentiable, Ségolène Royal tient une forme de revanche et peut préparer les élections régionales de 2010 qui imposent de ne pas trop se décaler par rapport au PS. Ce faisant,  elle court le risque de suggérer le slogan « Martine-Ségolène, même combat ». Et de s’exposer à l’offensive des « quadras » qui ont pris pour cible l’actuelle catégorie de dirigeants, jugés responsables de la débâcle.  D’où la fin de non-recevoir qu’elle oppose à l’invitation qui lui est faite de participer à un comité des sages auprès de Laurent Fabius ou François Hollande…
 

Le retour sur le devant de la scène de Ségolène Royal aura lieu lundi 15 juin à la mairie du IV ème arrondissement de Paris pour une « université populaire » organisée par Désirs d’avenir sur le thème du « modèle de développement pour l’après-crise ». Un débat avec des intervenants de qualité (Jacques Attali, Philippe Aghion, Jean-Paul Fitoussi, notamment) destiné à signifier que, chez les ségolénistes, on  privilégie « le fond » et à rappeler que la présidente de la région Poitou-Charentes n’a pas découvert le 8 juin au matin le caractère stratégique de la « croissance verte ». Mme Royal profitera de l’occasion pour livrer son analyse du scrutin et, à n’en pas douter, mettre en exergue ce qui la sépare d’un PS que d’aucuns décrivent comme moribond. Ségolène Royal ne change pas: un pied dedans, un pied dehors. Même si elle est très demandeuse de l’organisation de primaires ouvertes, la « dame en blanc » n’a pas l’intention de les réclamer à cor et à cris. Elle ne veut pas prêter le flanc aux critiques de ceux qui – on se demande bien pourquoi… – y verraient des arrières pensées présidentielles. Mieux vaut laisser ces chers « quadras » monter au créneau.
 

Pour Ségolène Royal, ce retour sur scène sera aussi l’occasion de reprendre l’initiative face aux responsables du courant l’Espoir à gauche avec lesquels les relations sont plutôt tendues. Cette situation l’a notamment incitée à se rapprocher de Martine Aubry afin de pouvoir disposer d’un contact direct avec la direction sans devoir passer par Vincent Peillon ou un autre intermédiaire. Enfin, « l’université populaire » du 15 juin livrera aussi un aperçu de la liste des fidèles qui, au sien du PS, restent aux côtés de Mme Royal. Parmi les principaux intervenants, sont prévus Aurélie Filippetti, Guillaume Garot et François Rebsamen qui composent, avec Delphine Batho et Jean-Louis Bianco, la garde rapprochée de l’ancienne candidate à la présidentielle.

Jean-Michel Normand