L’étrange Michel Rocard titre un quoditien, évoquant les différentes missions confiées par le président Sarkozy à l’ancien Premier ministre. Lequel vient d’accepter sa nomination aux côtés d’un autre ancien Premier ministre, Alain Juppé, à la tête d’une commission chargée de réfléchir au grand emprunt national.

Cet E.T de la politique qui remettra sous peu, au gouvernement, son rapport favorable à l’instauration d’une taxe carbone, n’a pourtant rien d’un petit homme vert. Pour n’avoir, à vrai dire, jamais partagé les conceptions de celui qui se fit le chantre de la société civile contre l’Etat, dans son opposition interne au « socialisme archaïque, étatique et jacobin » des années de conquête précédant l’exercice du pouvoir rose mitterrandien – dont il fut in fine et paradoxalement le principal inspirateur -, je me sens d’autant plus autorisé à reconnaître au personnage une capacité à s’émanciper des pesanteurs conformistes de la vie politique.

Et je rejoindrai presque, sur ce point, l’analyse élogieuse d’un Vincent Duclert, qui, dans son dernier et excellent ouvrage « La gauche devant l’histoire » ( publié aux éditions du Seuil en avril 2009 ) retrace la trajectoire exceptionnelle de cet homme courageux qui démarra son engagement  en enquêtant sur les regroupements opérés par l’armée française en Algérie et sur les conditions de vie dans les camps cause d’une surmortalité effrayante. L’impact de la guerre d’Algérie sur la deuxième gauche fut en effet tout à fait considérable et explique ce divorce durable d’avec la SFIO et le parti socialiste jusqu’aux « assises du socialisme » qui replacèrent Rocard dans le jeu socialiste au détriment du CERES avant l’échec historique de sa candidature à l’élection présidentielle de 1981.

A la différence de Duclert, je ne crois cependant pas qu’un Rocard incarne à lui seul l’héritage d’un socialisme humaniste et pratique. Un inventaire plus précis mériterait de faire une part plus large aux autres parcours jauressiens ou mendésiens. Ce qu’entreprit avec bonheur l’auteur en collaboration avec Christophe Prochasson dans le dictionnaire critique de la République ( nouvelle édition 2007 chez Flammarion ) qui évoque dans son épilogue – « des Républicaines et des Républicains en France »  – quarante figures individuelles qui ont incarné la République ou un moment de son histoire.

L’étrangeté en politique relève sans doute de ces parcours surprenants quant on ne sait pas toujours démêler les véritables facteurs explicatifs d’une trajectoire avec ses filiations et ses ruptures. Chez les hommes au delà de la mêlée, on pourra toujours s’étonner de leur prise de positions quand elles contrarient les conformismes ambiants ou s’exonèrent de la recherche effrénée  d’une notoriété à bon compte. Si l’on veut bien examiner avec lucidité et intelligence les raisons d’agir de quelques grandes figures, on trouvera en elles des traits constants par delà toutes les vicissitudes de la politique : l’incarnation d’une cohérence, d’une posture courageuse souvent singulière et d’une certaine hauteur de vue.

Ce modèle devient hélas une exception en politique, pour ne pas dire une étrangeté !

X D

N.B : Pour une critique de fond de la nouvelle gauche et du rocardisme, lire nos billets sur ce blog. Nous assumons ces écrits, datés, tout en revendiquant le droit à leur auto-critique.

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