mermazdumoulin86.jpgMeeting socialiste dans l’Ain durant le premier septennat de François Mitterrand Archives et crédits photographiques du blog citoyen, socialiste et républicain

Pour sortir le P.S de son  « hibernation comateuse » - le mot serait de Michel Rocard -, la maire de Lille refait surface d’une manière quelque peu inattendue dans ses  »courriers d’été ». Celle qui trahit le peu d’engouement pour son job de première secrétaire à temps partiel, promettait il y a peu de redevenir elle-même, entendez par là ne plus vouloir ménager les savants équilibres, exercice diplomatique par trop inhibant.

C’est fait ! En dressant l’acte d’accusation contre le bavard et très médiatique maire d’Evry, Manuel Valls, ne retrouve-t-elle pas ses accents autoritaires qu’on lui reprochait naguère jusque de la bouche de son prédécesseur, Pierre Mauroy ?

Dans sa missive à son « cher Manuel » (1°), Martine adresse un véritable ultimatum stigmatisant celui qui se trouve quasiment traité d’agent double, lequel, il est vrai, paraît très sollicité par l’hôte actuel de l’Elysée qu’il prétend pourtant supplanter un jour. Allez comprendre ! A moins que les griefs de la première secrétaire ne s’alimentent du manque de fairplay de ce rival qui, en dépit de ses allégations, pourrait faire l’impasse sur  les prochaines présidentielles pour mieux préparer les suivantes ? Auquel cas cela justifierait cette fermeté de ton envers le député de l’Essonne prêt à jouer contre son camp. Lequel riposte dans une tonalité agressive, dénonçant dans sa lettre à la première secrétaire « la conception très datée du parti », qualifié pour la circonstance de « machine à perdre », et accusant « les forces qui prônent le silence dans les rangs » de vouloir étouffer « l’indispensable démarche de rénovation » après avoir préalablement posé la question qui tue  :    « L’urgence était-elle donc telle qu’il ait fallu reprendre la plume pour masquer le cuisant échec d’une récente initiative épistolaire à l’attention des autres partis de gauche ? » (2°) Ca balance !

Cette atmosphère délétère annonce un été orageux sur fond de crise de désaffection des militants pour leur université d’été, après le fiasco des européennes. Ambiance !  Mais est-ce bien là l’essentiel ? Faute d’une réflexion de fond sur les raisons de cette défaite annoncée, il est à craindre que la première secrétaire peine à convaincre ses partenaires – PC, PRG, Verts et MRC – de la suivre dans la refondation de la maison commune et à trouver le bon rythme pour préparer les échéances futures. Ce qui supposerait un grand débat, sous forme  » d’Etats-généraux de la gauche où chacun pourrait exposer ses analyses et ses propositions, non pas sur un sujet particulier mais sur l’ensemble de la démarche qui permettrait de rendre un espoir à notre peuple « , préalable à des primaires ouvertes, comme le réclame le MRC de Jean-Pierre Chevènement.(3°) Tout autre chose que ces guerres intestines et ces valses-hésitations d’aujourd’hui !

X D

P.S : Sur son blog Julien Dray dénonce l’action de Martine Aubry absurde, selon lui, jusqu’ A en pleurer

N.B :  portrait de Martine Aubry dans notre billet précédent son accession à la tête du parti

Martine Aubry : Un réformisme moderniste chevillé au corps

Notes

( 1° ) : Lettre de Martine Aubry à Manuel Valls en date du 13 juillet

« Cher Manuel,

Notre Parti a besoin de chacun des socialistes pour contribuer à son redressement après des années difficiles ponctuées par trois échecs à la présidentielle et un Congrès de Reims difficile qui a laissé une image déplorable de notre parti. Au congrès, les militants nous ont demandé avec force de jouer notre rôle de principal parti d’opposition, c’est-à-dire de dénoncer ce qui nous apparaît injuste, ou inefficace, et de proposer une alternative qu’attend aujourd’hui notre pays. Ils nous ont aussi demandé de nous réunir et de parler d’une même voix.
Depuis cette date, et personne ne le conteste, le parti s’est remis au travail, s’est ouvert sur la société et a su porter des propositions fortes. Nos parlementaires mènent depuis plusieurs mois un travail coordonné et tout à fait remarquable.
Par ailleurs, j’ai mis toute mon énergie à rassembler les diverses sensibilités dans le respect de la ligne politique définie par le Congrès de Reims, aujourd’hui présentes dans la direction. Je suis d’ailleurs heureuse des relations de confiance qui me permettent de débattre en toute sérénité avec Ségolène Royal.
A la suite des élections européennes, nous avons défini notre feuille de route, en nous attelant à deux tâches essentielles : la préparation du projet et le rassemblement de la Gauche.
Le séminaire de Marcoussis a constitué le coup d’envoi de ce travail collectif. Chacun a reconnu la qualité du débat qui nous a rassemblés.

Par ailleurs, après de nombreux contacts avec nos partenaires de la gauche, j’ai écrit à chacun d’entre eux pour engager une nouvelle démarche de rassemblement, fondée sur les idées comme sur la stratégie politique.
Force est de constater que ce travail collectif pour moderniser nos idées est contrarié chaque jour par la cacophonie d’expressions isolées -d’ailleurs le plus souvent contradictoires-, et par des initiatives solitaires prenant le contrepied des positions de notre Parti.
S’engager dans un Parti, c’est un acte d’adhésion à des valeurs et des pratiques communes, mais c’est aussi – qui plus est dans un parti démocratique comme le nôtre-, accepter de débattre en son sein, d’y apporter ses idées et ses réflexions, et lorsque la décision est prise de la respecter et la porter dans l’opinion.
On ne peut utiliser un Parti pour obtenir des mandats et des succès, en s’appuyant sur la force et la légitimité d’une organisation collective, et s’en affranchir pour exister dans les médias à des fins de promotion personnelle. On n’appartient pas à un Parti pour s’en servir mais pour le servir. Les militants et même les français exigent de nous du travail, du courage et des idées.
Il n’y a pas un jour, mon cher Manuel, où tu n’expliques aux médias que notre parti est en crise profonde, qu’il va disparaître et qu’il ne mérite pas de se redresser. Paradoxalement, tu t’appuies sur nos règles collectives pour appeler à « l’insurrection militante ».
Les militants, eux, ont un souhait, c’est que tu mettes ton intelligence et ton engagement au service du Parti et donc des Français. Tes propos, loin d’apporter une solution, portent atteinte à tous les militants et à tous les dirigeants, qui aujourd’hui travaillent à retrouver la confiance avec nos concitoyens.
Tu donnes l’impression d’attendre, voire d’espérer la fin du Parti Socialiste.
Mon cher Manuel, s’il s’agit pour toi de tirer la sonnette d’alarme par rapport à un Parti auquel tu tiens, alors tu dois cesser ces propos publics et apporter en notre sein tes idées et ton engagement. Si les propos que tu exprimes, reflètent profondément ta pensée, alors tu dois en tirer pleinement les conséquences et quitter le Parti Socialiste.
Je ne peux, en tant que première secrétaire, accepter qu’il soit porté atteinte au travail que nous avons le devoir de réaliser. La discipline n’est pas la police des idées, mais la condition de la cohésion et de la réussite d’une équipe.
C’est un moment de vérité. Je te demande de me faire part de ton choix dans les jours qui viennent, et d’en assumer toutes les conséquences pour l’avenir.

Avec toute mon amitié.

Martine AUBRY »

( 2° ) : Lettre de Manuel Valls à Martine Aubry en date du 15 juillet

« Chère Martine,

J’ai lu avec étonnement la lettre dans laquelle tu m’adresses tes amitiés et m’enjoins… de me taire ou de quitter le Parti socialiste.

J’ai conscience des difficultés de ton rôle et de sa part ingrate. Personne n’a oublié les circonstances exceptionnelles de notre dernier congrès. Beaucoup de forces se sont alors mobilisées pour étouffer l’indispensable démarche de rénovation. Après le désastre électoral du 7 juin dernier, je ne suis pas étonné que ces mêmes forces te demandent aujourd’hui d’imposer le silence dans les rangs.

Je suis surpris, par contre, par la méthode. Pourquoi avoir transmis simultanément ta lettre à la rédaction du Parisien? L’objectif affiché par ton courrier n’est-il pas de clore l’ensemble de nos débats à l’abri des huis clos? L’urgence était-elle donc telle qu’il ait fallu reprendre la plume pour masquer le cuisant échec d’une récente initiative épistolaire à l’attention des autres partis de gauche?

Mais je veux te répondre sur l’essentiel. Tu me soupçonnes «d’espérer la fin du Parti socialiste». J’y suis rentré à l’âge de 18 ans et j’y consacre ma vie. Sans jamais renoncer à mes convictions, j’y ai exercé de multiples responsabilités et j’en suis l’élu depuis 1986. Et contrairement à certains qui s’érigent aujourd’hui en grands sages, j’ai toujours respecté, quoiqu’il ait pu m’en coûter, le choix des militants et les règles de vote de notre groupe parlementaire dont je suis aussi l’un des animateurs.

Ton procès d’intention relève donc, au mieux, de la désinformation et, au pire, de l’insulte. S’il y a une chose dont j’espère la fin, ce n’est pas celle d’une formation qui garde encore l’honneur d’être le pivot de la gauche; c’est celle d’une machine à perdre qui détruit l’espoir mis par nos concitoyens dans le progrès social.

Tu affirmes que notre «parti s’est remis au travail, s’est ouvert sur la société et a su porter des propositions fortes» depuis le congrès de Reims. Malgré un dévouement et une bonne volonté que je ne mets pas en cause, force est pourtant de constater, pour l’heure, que ce travail et ces propositions n’ont pas convaincu nos compatriotes.

Je suis frappé que tu n’évoques nulle part, dans ta lettre, les résultats du scrutin européen. Pourquoi un tel déni? Faut-il que le désaveu ait été si cruel pour justifier un tel refoulement? Il est vain de m’accuser qu’«il n’y a pas un jour, où [je] n’explique […] que notre parti est en crise profonde». La crise de notre parti – qui est aussi celle de la social-démocratie européenne – n’est pas de mon fait; elle a été établie et sanctionnée par nos concitoyens eux-mêmes lors de toutes les échéances électorales majeures depuis 2002.

Et si cette vérité dérange notre confort et nos certitudes, je prendrai toujours le risque, pour ma part – et avec bien d’autres – de l’assumer. Quel que soit le prix à payer, je ne me ferai pas le silencieux complice de l’aveuglement. C’est un choix éthique qui relève de ma conscience et qui donne sens à mon engagement. Je te confirme donc que mes propos reflètent bien ma pensée!

Il est également malhonnête de sous-entendre que je réserve ma parole «aux médias». Avec une égale constance, je m’exprime à l’intérieur comme à l’extérieur de notre parti. Et si cette parole rencontre davantage d’écho hors les murs, c’est qu’elle entre en résonance avec des aspirations et des interrogations que l’on voudrait bien étouffer.

Ma chère Martine, tu l’auras compris, je ne renoncerai donc jamais à l’ambition collective de définir un nouveau projet pour la gauche – d’autant que je suis convaincu que nous pouvons gagner en 2012 et battre Nicolas Sarkozy. A travers mes ouvrages et mon expression publique, sans vouloir imposer une vérité, je me place toujours sur le terrain des idées et des propositions: école, retraites, sécurité, culture, entreprise, nouvelle ville…

C’est cet effort que j’ai souhaité amplifier – et je tiens à t’adresser, une nouvelle fois, mon intervention faite le mois dernier au Théâtre Michel ; et c’est cet effort que j’entends bien poursuivre au cours des prochaines années en m’appuyant sur l’expérience de nos élus locaux, la générosité de nos militants, l’attente de nos sympathisants et aussi sur les travaux de nos clubs de réflexions.

Oui, pour redonner une envie de gauche, je pense qu’il faut transformer profondément notre formation, l’ouvrir réellement à la société et être clair sur des alliances qui ne doivent pas être déterminées au cas par cas.

L’idée selon laquelle un parti peut être à lui-seul porteur d’un projet clé en main pour transformer la société est aujourd’hui dépassée. Son action est désormais plus horizontale que verticale à l’instar de la révolution Internet. La mise en place de primaires s’inscrit parfaitement dans cette évolution.

A la lecture de ta lettre, je ne te cache pas ma profonde inquiétude sur ta conception très datée du parti. Pour la gauche, l’urgence est de redessiner, avec les français, une perspective qui suscite, à nouveau, l’espérance. En partant de notre traditionnelle ligne de clivage avec la droite – l’appréciation différente de l’origine des inégalités entre les hommes – je m’efforcerai, avec tous ceux qui voudront en faire l’effort, de jeter les bases d’un nouveau modèle de développement pour le XXIe siècle.

Donner à chaque individu les moyens de son autonomie devrait devenir la nouvelle frontière de la gauche. «Je me révolte donc nous sommes» disait Albert Camus. Par cette formule, il établissait une dialectique originale entre l’individuel et le collectif. J’espère que tu pourras aussi y voir, comme moi, une source d’encouragement et d’espoir.

Et puisque tu me sommes de donner une réponse claire à ton ultimatum, je t’informe que j’entends bien rester fidèle à mon poste, à ma famille politique et à mes valeurs.

Avec toute mon amitié,

Manuel Valls »

( 3° ) : Lettre de Jean-Pierre Chevènement en date du 15 juillet  en réponse à Martine Aubry, première secrétaire du Parti socialiste, dans sa lettre aux partis et mouvements de gauche et écologistes 

« Madame la Première Secrétaire, chère Martine,

J’ai bien reçu votre lettre du 7 juillet 2009. Nous partageons l’idée que « la gauche doit changer », mais elle ne saurait, selon nous, surmonter ses divisions que si, tous ensemble, nous sommes capables de procéder à une analyse sérieuse et approfondie de la « globalisation financière » ou si vous préférez, du capitalisme financier de notre temps. Ce système qui a creusé les inégalités et entraîné un profond recul de la démocratie ne s’est pas installé d’hier. Sa crise implique que nous définissions des ripostes qui soient « à la hauteur ». Nous devons offrir un projet dans lequel le peuple français puisse se reconnaître.

A cet égard, nous sommes trop conscients des insuffisances que la gauche a manifestées après 1983 aussi bien que dans la période dite de la « gauche plurielle » (1997-2002) pour proposer de revenir à des formules qui ont montré leurs limites. Il a manqué et il manque encore à la gauche un « projet ».

Nous sommes donc partisans d’Etats-généraux de la gauche où chacun pourrait exposer ses analyses et ses propositions, non pas sur un sujet particulier mais sur l’ensemble de la démarche qui permettrait de rendre un espoir à notre peuple.

Nous ne voulons pas noyer sous des initiatives particulières qui brouilleraient encore plus le message de la gauche, l’autocritique salubre et nécessaire et les propositions à la fois audacieuses et réalistes qui pourraient retisser un lien de confiance, aujourd’hui fortement distendu entre la gauche et les couches populaires.

Pour ce qui le concerne, le Mouvement Républicain et Citoyen avait proposé, lors de son dernier Congrès, les 28 et 29 juin 2008, au Kremlin-Bicêtre, une « refondation républicaine » de toute la gauche. Qu’entendons-nous par là ? Qu’en toutes choses l’intérêt du pays soit notre boussole. C’est cette exigence républicaine qui pourrait permettre de déboucher sur la création d’un grand parti de toute la gauche seul capable de fournir l’électrochoc nécessaire. Nous constatons que notre offre n’a rencontré aucun écho de la part de la direction du parti socialiste, jusqu’à votre lettre du 7 juillet 2009 évoquant une « maison commune », aux contours, il est vrai, pour le moins imprécis.

Le redressement de la construction européenne, le rôle que la France peut y prendre, la conception républicaine de la nation sont évidemment des questions clés. L’est également l’élaboration d’un nouveau modèle de développement qui soit soutenable dans la durée et tienne compte de la nouvelle multipolarité du monde. Entre les Etats-Unis et la Chine dont la relation structurera le XXIe siècle, la France et l’Europe ont des intérêts légitimes à défendre, à commencer par ceux de nos couches populaires, particulièrement éprouvées par les délocalisations d’activités.

L’intérêt général de notre peuple et celui de l’Humanité tout entière, ne sont pas contradictoires. Encore faut-il inventer un nouveau chemin. C’est à cela qu’une gauche digne de ce nom devrait consacrer ses efforts. Pour ne pas décevoir à nouveau, la gauche doit tenir un discours de vérité.

C’est dans cet esprit que le Mouvement Républicain et Citoyen est prêt à participer à la rentrée à une rencontre des partis de gauche qui permette de « débroussailler le terrain ».

Je vous prie de croire, Madame la Première Secrétaire et chère Martine, en l’assurance de ma meilleure pensée.

Jean-Pierre Chevènement »