Créé le 27.08.09 à 19h35 | Mis à jour le 27.08.09 à 19h35  |dans 20 minutes

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POLITIQUE – Les effets de ce dispositif aux modalités encore floues peuvent être inattendus pour le PS comme pour les éventuels candidats…

Le principe de primaires «ouvertes» pour désigner le candidat du Parti socialiste ou de la gauche à la présidentielle en 2010 semble acquis. Martine Aubry vient de s’y rallier publiquement, dans une tribune parue dans Le Monde daté de vendredi. Contrairement à 1995 ou 2006, le scrutin ne serait pas réservé aux seuls adhérents du parti mais à tous les «sympathisants» des partis concernés par le vote. Une option à double tranchant, et ce à plusieurs niveaux. 20minutes.fr fait le point.
 
La faisabilité: avec ou sans les autres partis?
 
C’est la grande inconnue de ce nouveau mode de désignation: qui pourra voter et qui pourra se présenter? (
>> le mode d’emploi des primaires ouvertes, c’est ici >>). Si le fait que le scrutin soit ouvert à tous les «sympathisants» de gauche paraît crédible, celle d’un ralliement des candidats d’autres partis semble beaucoup moins envisageable. «C’est évident que François Bayrou ne va pas jouer le jeu des primaires ouvertes. Ce serait suicidaire car s’il perdait, ça l’empêcherait de se présenter en 2012», analyse le politologue Rémy Lefebvre, contacté par 20minutes.fr. «Si le MoDem participait à ces primaires, il s’inscrirait en rupture totale avec son patrimoine idéologique, ni droite ni gauche», estime pour sa part Frédéric Dabi, de l’institut de sondage Ifop, qui parle de «politique-fiction».
 
Selon lui, il est tout aussi improbable de voir un candidat du PCF ou du NPA participer, car il ne parviendrait pas à s’imposer face à ceux du PS, qui pèsent plus lourd à gauche. Du côté des Verts, poursuit-il, le seul challenger crédible, Daniel Cohn-Bendit, a déjà indiqué qu’il ne serait pas candidat en France. Le politologue Gérard Grunberg est moins catégorique: «Les socialistes auront intérêt à le proposer à l’ensemble [des partis, ndlr], même si les autres leur disent non dans un premier temps», affirme-t-il à l’AFP.
 
Les candidats: les outsiders ou les caciques du PS?
 
A qui peuvent profiter ces primaires ouvertes au sein du Parti socialiste? Là encore, les avis divergent. Pour certains, ceux qui mené campagne en faveur de ce mode de désignation avaient justement intérêt à ce que le jeu soit plus ouvert que d’habitude. «Il s’agit des outsiders, les Moscovici, Valls, Montebourg, Peillon, observe Rémy Lefebvre. Ça leur permet de tenter leur chance alors que, dans le système précédent, un candidat devait être parrainé par un certain nombre de membres du Conseil national et disposer de nombreux soutiens à l’intérieur de l’appareil.» Reste à savoir quelles conditions seront retenues cette fois-ci pour désigner les candidats.
 
D’autres considèrent que l’ouverture du scrutin jouera au contraire en faveur des
caciques du parti, plus connus à l’extérieur. «Selon le sondage Ifop pour Paris Match en juillet, 46% de personnes interrogées ne connaissaient pas suffisamment Manuel Valls, 38% Arnaud Montebourg et 44% Benoît Hamon», rappelle Frédéric Dabi. Ségolène Royal, Bertrand Delanoe, Martine Aubry, François Hollande bénéficieraient donc davantage d’un tel système.
 
«Il s’agit d’un piège formidable contre Dominique Strauss-Kahn, remarque le sondeur. Si les primaires sont organisées au premier semestre 2011, il faudrait qu’il quitte son mandat au FMI pour s’engager dans une bataille qui lui a déjà fait perdre des plumes en 2006.»
 
Le timing: avant ou après les régionales?
 
Patrick Mennucci, proche de Ségolène Royal et membre du courant L’espoir à gauche de Vincent Peillon, s’est prononcé pour une «convention nationale sur la rénovation du parti et les primaires dans les deux mois», soit avant les régionales. De l’avis des experts, ce timing pourrait être «dévastateur». «Si les principales prises de parole avant les régionales se font sur les primaires, le PS apparaîtra complètement en décalage avec les préoccupations des Français, plus préoccupés par les problèmes d’emploi et le pouvoir d’achat», pronostique Frédéric Dabi. Un décalage que l’UMP s’est empressé de souligner ce jeudi, par la voix du secrétaire d’Etat à l’Emploi. «Faire, dans cette période, une rentrée politique sur les primaires avait un côté indécent», a lancé Laurent Wauquiez.
 
Le rapport de forces à l’issue des régionales sera déterminant pour voir émerger les candidats potentiels au sein du PS, comme cela avait été le cas pour Ségolène Royal en 2004. «Si la gauche perd l’Ile-de-France par exemple, la donne ne sera pas la même», estime Frédéric Dabi, qui préconise ainsi d’attendre cette échéance pour organiser les primaires.
 
L’image du PS: innovante ou diluée?
 
La décision de procéder à des primaires ouvertes est perçue par certains comme une innovation dont le PS n’avait pas fait preuve depuis longtemps. «Il se passe quelque chose de sérieux et d’important au Parti socialiste. On ne peut plus dire que le PS ne bouge pas», indique Philippe Grunberg à l’AFP. Benoît Hamon, le porte-parole du parti, va plus loin, parlant d’une une «mini-révolution».
 
L’ex-ministre socialiste de la Défense, Paul Quilès, ne le voit pas de cet oeil: «Il y a une confusion totale sur ce qu’on propose de désigner. Le candidat du PS, du centre gauche, ou de la gauche et des écologistes?», s’interroge-t-il. Selon lui, «François Bayrou n’a évidemment pas la moindre intention de participer à ces primaires. Il attend juste que ce processus crée la confusion et fasse éclater le PS.»
 
Un avis partagé par Rémy Lefebvre. «Il s’agit d’une solution à risquée, qui peut mener à la liquidation du parti. Les primaires ouvertes sont soudain considérées comme une solution providentielle alors que ce n’est autre que le résultat de la vacuité intellectuelle du PS et de sa décomposition», poursuit le spécialiste, y voyant le signe que «le parti a fait le deuil de sa rénovation interne». Les militants risquent eux aussi d’être perdus. «Ils seront sans doute heureux d’apprendre que payer leur cotisation ne sert plus à rien puisque leurs dirigeants, Martine Aubry en tête, considèrent désormais que les seuls adhérents du PS sont incapables de désigner leur candidat pour l’élection majeure de la vie politique française», ironisait jeudi Yves Jégo, député UMP de Seine-et-Marne. 

Catherine Fournier