Le principe des primaires à gauche, exigence revendiquée à cor et à cri par la vedette de l’université d’été, Arnaud Montebourg, trouve enfin un écho dans la déclaration d’ouverture de Martine Aubry à La Rochelle. La patronnesse du P.S entrouvre la porte en évitant toute crispation sur le sujet jusqu’alors tabou. Principe acté mais compliqué cependant par l’avancée à découvert de l’ancien complice du secrétaire à la rénovation, ex-membre du NPS lui aussi, le philosophe et animateur du courant « Espoir à gauche », dans son offre simultanée de grande alliance ouverte au Modem.

Par delà les difficultés sur les modalités pratiques qui seront, en leur temps, vite résolues, la double question du périmètre et de l’identité de la gauche rassemble toute la problématique, la formule introuvable des primaires à Gauche restant par ailleurs inconciliable, en l’état, avec les équations partisanes.

Un rapide tour d’horizon illustre cette difficulté. La stratégie du Front de gauche, peu efficiente lors du scrutin des élections parlementaires européennes, voudrait agréger toutes les sensibilités de la gauche du P.S jusqu’au NPA. Elle souffre d’une divergence sérieuse de perspectives entre ce dernier qui reste campé sur des positions de refus de principe de toute alliance avec le P.S et les visions embuées du P.C et du Parti de gauche en grande incertitude sur leur capacité d’infléchir un rapport de forces à gauche. Ces deux là doivent, par delà leur rivalités internes, trouver une formule d’alternative à leur désaccord stratégique initial avec le NPA pour arriver néanmoins à embarquer ce dernier dans une compétition permettant un score significatif de la gauche de gauche aux prochains scrutins pour mieux préparer le premier tour de la présidentielle. Scrutin dans lequel ils espèrent bien se compter !

Plus réalistes, les amis de Jean-Pierre Chevènement mesurent l’intérêt d’une grande alliance préalable à l’élection majeure pour réorienter la politique nationale et européenne. Mais ils récusent par avance toute combinaison qui trahirait cet objectif stratégique en posant d’emblée la question identitaire de son contenu.

Au P.S d’aucuns croient encore en la possibilité d’une primaire réservée aux seuls encartés et sympathisants socialistes. Cette vision sectaire, dénoncée jadis par l’ex-candidate socialiste aux présidentielles, n’est qu’un pet mouillé évacuant inélégamment la substance même du débat. Elle ne peut aller bien loin. La difficile crédibilité des socialistes gagnés à l’idée d’une représentation des autres sensibilités tient toute entière dans l’impossible équation, en l’état, entre cette offre et leur posture vis à vis des centristes. D’où l’incapacité de leur première secrétaire à disserter plus au fond de la question qui viendra à son heure. Pétard mouillé que cette annonce imprécise ? Voire !

Les voeux pieux de Marie-Noëlle Lienemann - ancien ministre et figure de proue, avec Paul Quiles, de Gauche-Avenir – en faveur d’une primaire intégrant les socialistes, les amis de Jean-Pierre Chevènement, les Verts, les radicaux de gauche et le Front de gauche, sans exclusive, sont un signe manifeste de bonne volonté. Mais au delà des formules incantatoires, il reste à s’entendre sur le fond de cette perspective stratégique. En l’absence de projet partagé cet espoir à gauche relève bel et bien d’une impossible alchimie.

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