François Hollande, sous l’autorité duquel le Parti socialiste avait réussi le grand chelem en 2004, en gagnant les élections régionales, cantonales et européennes, est confiant. « Il y a toutes les raisons de croire, a-t-il assuré le 9 novembre sur Radio Classique, que les élections régionales seront bonnes pour la gauche. » Le même jour, au « talk Orange-Le Figaro« , l’ancien premier secrétaire a ajouté un codicille en forme d’avertissement : « Puisque nos partenaires veulent partir séparément de nous, relevons le défi. Au premier tour, soyons forts parce que c’est la condition pour rassembler la gauche et au-delà. » 

A quatre mois du scrutin des 14 et 21 mars 2010, la droite, qui devrait pourtant partir à la bataille dans une parfaite unité, semble revoir ses ambitions à la baisse quant au nombre de régions qu’elle espère ravir à un PS qui en détient vingt sur vingt-deux en métropole. Avec une gauche en ordre dispersé au premier tour, la « mode 2010″ est à l’autonomie. Conséquence : le PS pourrait se voir disputer une ou deux présidences par des alliés, venant de sa gauche ou plus vraisemblablement des écologistes, tentés de faire de la surenchère pour monnayer leur soutien au second tour. L’éclatement de la gauche rend l’échéance périlleuse pour le PS. Mais si chaque parti a fixé ses règles, les transgressions ne s’annoncent pas marginales.

Le PS, qui bouclera ses listes et adoptera une plateforme nationale lors d’une convention le 12 décembre, campe sur « le rassemblement de la gauche et des écologistes ». « Les socialistes doivent avoir une stratégie électorale claire », a affirmé le bureau national, le 20 octobre, en la définissant ainsi : « Une fois seulement la gauche rassemblée, nos listes pourront s’ouvrir au second tour à toutes celles et tous ceux qui veulent se retrouver autour d’un projet de gauche. «  De fait, Martine Aubry a avalisé une ouverture au second tour « aux humanistes et aux démocrates », c’est-à-dire au MoDem.

Comme en 2004, le PS a conclu des accords avec le Parti radical de gauche (PRG), qu’il avait « oublié » aux européennes, et le Mouvement républicain citoyen (MRC) de Jean-Pierre Chevènement, sur des listes communes dès le premier tour. « Le danger, souligne un expert électoral du PS, c’est que nous soyons assez faibles au premier tour et nos futurs partenaires assez forts au point de menacer de se maintenir au second tour si on ne leur donne pas satisfaction. » L’accord PS-MRC du 4 novembre fait référence à une union des « forces de gauche et républicaines ». M. Chevènement qui, comme M. Hollande et Ségolène Royal, a rencontré récemment François Bayrou, s’est converti à l’idée d’un dialogue « républicain » avec le MoDem.

Plusieurs régions dirigées par le PS, comme la Bourgogne et Rhône-Alpes, sont déjà tentées de transgresser la règle de Solférino et de s’allier avec le MoDem dès le premier tour. Vincent Peillon, qui anime le courant ségoléniste L’espoir à gauche, pousse dans ce sens. Le 14 novembre, à Dijon, il organise les premières rencontres du Rassemblement social, écologique et démocrate (qui va ouvrir son propre site sur Internet) sur le thème de l’éducation avec Marielle de Sarnez (MoDem), Robert Hue, l’ancien dirigeant communiste qui vient de fonder le Mouvement unitaire progressiste (MUP), et Gabriel Cohn-Bendit en tant qu’ambassadeur des écolos.

En renouvelant la configuration qui leur a si bien réussi aux européennes du 7 juin, celle d’Europe Ecologie, les Verts ont opté pour l’autonomie. Ils font le pari de faire jeu égal avec le PS, voire de le dépasser dans certaines régions, comme l’Ile-de-France. Cécile Duflot, leur secrétaire nationale, récuse le double procès qui leur est fait. Daniel Cohn-Bendit a vu dans leur refus de s’allier au MoDem dès le premier tour une marque de « sectarisme ». Mme Duflot met en avant leur ouverture à la société civile. Et elle exclut tout chantage sur le PS, qui amènerait les Verts à lui réclamer une présidence, même s’il est devant eux, en échange de leur soutien.

Le Parti communiste a sauté le pas. Il a choisi l’autonomie, en reconduisant avec le Parti de gauche (PG) de Jean-Luc Mélenchon le Front de gauche des européennes. Il s’est affranchi du PS – alors qu’en 2004 il avait fait liste commune au premier tour, à l’exception de sept régions – mais est résolu à le rejoindre au second tour. « Dans un gros tiers de régions, là où ils savent qu’ils n’ont aucune chance, ils seront avec nous dès le 14 mars », dit-on au PS. Quant au MUP de M. Hue, qui va être rejoint par Jean-Claude Gayssot et rêve de créer une « confédération progressiste et démocratique », il devrait avoir des candidats sur toutes les listes départementales menées par le PS.

Comme prévu, le Front de gauche ne s’est pas élargi au Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) d’Olivier Besancenot, qui subira à l’extrême gauche la concurrence de Lutte ouvrière. L’échec a été constaté, le 10 novembre, le NPA refusant d’entrer dans des exécutifs « dominés par le PS et/ou Europe Ecologie qui mènent des politiques d’adaptation au libéralisme ». Mais une menace de scission plane sur le NPA, et la Fédération pour une alternative sociale et écologique (FASE) animée par Clémentine Autain, venue du Parti communiste, devrait participer au Front de gauche pour porter « la colère sociale dans les assemblées régionales ». Il n’est pas sûr que cela change fondamentalement la donne.



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Michel Noblecourt (Editorialiste)