Notre monde est confronté à une urgence environnementale inédite, qui exige une prise de conscience et une mobilisation planétaires. Parce que c’est l’avenir même de l’humanité qui est en question, nous ne pouvons nous résigner à l’impuissance collective qui mènerait le prochain sommet de Copenhague à l’échec. 

Le sommet de Copenhague a rendez-vous avec l’histoire et en appelle à notre responsabilité à l’égard des générations futures. Serons-nous capables d’élaborer des solutions mondiales pour la sauvegarde de notre planète ?

Il faut se féliciter des annonces récentes de Barack Obama et des dirigeants chinois, qui montrent que la prise de conscience progresse, même si elles sont encore en deçà de ce qu’il faudrait faire. Mais les engagements des pays les plus pollueurs, développés ou émergents, à réduire leurs émissions de gaz à effets de serre ne sont ni suffisamment ambitieux ni suffisamment contraignants pour contenir, d’ici à 2050, le réchauffement en deçà de 2 °C.

Même l’Union européenne (UE), qui avait été à l’avant-garde des négociations du protocole de Kyoto, semble céder à une forme de renoncement. Ses positions restent timorées sur ses propres réductions d’émissions et sur le financement de la transition dans les pays en développement. L’UE a adopté en décembre 2008 un objectif de réduction de 20 % à échéance 2020 des émissions de gaz à effet de serre. Elle déclare aujourd’hui être prête à le porter à 30 %, mais sous réserve d’un engagement des autres participants. Or, selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), il serait d’ores et déjà nécessaire que l’Union européenne vise l’objectif de – 40 % à échéance de 2020.

Le succès du sommet de Copenhague se mesurera, au-delà des engagements quantifiés des uns et des autres, dans sa capacité à ouvrir la voie à un nouveau modèle économique, à la fois social et écologique, qui ne soit pas uniquement la décarbonisation de l’économie capitaliste la plus dérégulée et sauvage pour poursuivre le « business as usual », en plus vert. L’ampleur des bouleversements environnementaux nous impose de révolutionner notre modèle de croissance et de développement pour le rendre conforme à l’impératif écologique.

Il faut revoir nos modes de consommation et de production, et le fonctionnement des échanges mondiaux. Les secteurs de l’énergie, des transports, de la construction tout comme l’industrie doivent opérer leur mutation vers de nouvelles technologies propres. Cela ne sera possible qu’avec le volontarisme d’un Etat stratège écologique. Il appartient à la puissance publique d’orienter et d’accompagner cette transformation de l’économie par des investissements massifs, par exemple dans les réseaux de transports propres, ou par des crédits d’impôts stimulant la recherche sur la sobriété et l’efficacité énergétique.

En France, les collectivités locales socialistes ont pris de longue date leurs responsabilités en promouvant notamment les constructions haute qualité environnementale, l’accès aux produits issus de l’agriculture biologique, les transports publics non polluants ou les écoquartiers. Au niveau national, la puissance publique doit prendre l’initiative pour une nouvelle politique énergétique, rééquilibrée, développant les énergies renouvelables. C’est aussi le sens d’une fiscalité écologique juste, comme la contribution climat-énergie que propose le Parti socialiste, qui intègre toutes les sources d’énergie, touche d’abord les gros pollueurs et ne pénalise pas les plus fragiles.

Notre plus grande responsabilité sera de concilier l’engagement environnemental et le combat pour la justice sociale. Urgence écologique et urgence sociale sont indissociables, car les pays en développement – et à de nombreux égards les citoyens les plus fragiles des pays développés – sont les plus exposés à la dégradation de l’environnement. Comment accepter, par exemple, le paradoxe d’une agriculture mondiale dont l’échec se mesure autant à l’empreinte écologique qu’à l’augmentation insupportable de la malnutrition à travers la planète ?

Alors même que le GIEC annonce que les changements climatiques peuvent provoquer un effondrement de la production alimentaire, 1 milliard d’êtres humains souffre de la faim, et l’agriculture est à l’origine de 33 % des émissions de gaz à effets de serre. La question d’un « New Deal » agricole mondial visant à assurer la sécurité alimentaire, à lutter contre les spéculations sur les denrées et à promouvoir des solutions innovantes pour une agriculture relocalisée, raisonnée et vivrière, doit impérativement figurer à l’agenda des négociations pour un accord climatique.

Pour être au rendez-vous, et répondre à l’aspiration légitime des hommes à l’amélioration de leur condition et au progrès social, il faut inventer un nouveau modèle de développement. Le socialisme, qui s’est bâti sur le rapport capital/travail, doit aujourd’hui conjuguer pleinement le combat écologique et la transformation sociale, et inventer une nouvelle solidarité écologique pour le XXIe siècle.

A Copenhague, il est impératif d’aboutir à des accords sur une large gamme de problèmes. Les financements à destination des pays en développement devront être à la hauteur : une enveloppe de 100 milliards d’euros d’aide, équitablement répartie, est indispensable. Au coeur de cette solidarité, les transferts de technologie doivent faire l’objet d’un mouvement inédit du Nord vers le Sud. Le commerce international devra être régi par de nouvelles règles sociales et environnementales, qui devront primer sur celles de la concurrence.

Cela suppose une refonte du fonctionnement d’institutions internationales comme l’Organisation mondiale du commerce (OMC), et l’émergence d’une gouvernance globale plus forte et mieux coordonnée, faisant place à une organisation mondiale de l’environnement dotée de pouvoirs contraignants. C’est indispensable pour concrétiser l’idée d’un fonds dédié à la lutte contre le changement climatique ou d’un fonds mondial permettant l’accès de tous à des ressources vitales comme l’eau et l’énergie propre. Une telle coopération doit également permettre l’adoption d’un nouvel arsenal de sanctions internationales pour faire respecter le principe pollueur/payeur.

Seul l’accord le plus large peut permettre de dégager les financements nécessaires. L’idée d’une taxation sur les transactions financières progresse. Je défends aussi la création d’une contribution sur les émissions de carbone liées au transport international de marchandises, qui pourrait être un prélèvement sur le nombre de kilomètres parcourus par les produits d’importation. Cette contribution favoriserait la relocalisation de la production à proximité des consommateurs, notamment pour l’agriculture et permettrait de dégager des ressources en faveur du développement durable des pays du Sud.

A Copenhague, une alternative claire s’offre aux dirigeants du monde entier, qui devront répondre de leurs choix : continuer à se chercher des excuses pour ne rien décider de contraignant et retarder l’inéluctable mutation écologique de nos économies, ou aborder avec responsabilité et audace notre avenir commun.

Au-delà de la préservation de notre planète, de ses beautés et de ses richesses, c’est notre rapport à la vie qui est en question car il s’agit, plus que jamais, de refuser la destruction de l’humanité par l’humanité.



Martine Aubry est première secrétaire du Parti socialiste.