Les nouveaux programmes, selon l’association des profs de SES, évacuent les questions de société, comme le pouvoir d’achat ou le chômage.

Par MARIE PIQUEMAL dans Libé du 26/01/10

Déjà, les professeurs de Sciences économiques et sociales (SES) sortaient perdants de la réforme du lycée, qui commence à se mettre en place à la rentrée 2010. Le volume horaire n’y est pas. L’option de trois heures hebdomadaires en classe de seconde disparaît. A la place, les élèves auront, au choix, une heure trente de SES ou de «Principes généraux de l’économie et de la gestion», une nouvelle matière.

Deuxième nouvelle : les nouveaux programmes de l’option SES évacueraient purement et simplement la plupart des questions de société. Et en premier lieu, le chapitre consacré au chômage et aux problèmes liés à l’emploi. L’information, révélée par Rue89, n’a pas été confirmée par le ministère de l’Education qui insiste ce mardi soir : «Il est prématuré de parler des nouveaux programmes. Rien n’a été arrêté, nous en sommes encore à l’étape de la préparation.»

«J’aimerais bien que ce soit vrai… Mais les nouveaux programmes ont déjà été transmis aux éditeurs», assure Sylvain David, président de l’association des professeurs de SES (Apses). Il fait partie du groupe d’experts qui a travaillé sur les nouveaux programmes, aux côtés notamment des économistes Philippe Martin et Christian de Boissieu. «On s’est réuni trois fois. Les discussions ont chaque fois été constructives… Mais, au final, les choix que nous avons fait n’ont pas été repris par le cabinet du ministère», explique-t-il. Exemple type : la notion d’élasticité des prix. «On était tous d’accord pour considérer que ce concept, abstrait et technique, n’était pas nécessaire pour une première approche de l’économie en seconde.» Il a finalement été retenu dans le chapitre 1, intitulé «ménages et consommation».

Adieu l’ethnologie, bonjour l’épargne

Egalement sur le point de tomber dans les oubliettes, les inégalités sur le revenu, l’investissement… Pas question non plus d’aborder le thème de l’entreprise, en parlant d’innovation ou de la distinction entre chiffre d’affaires et profit. Les élèves découvriront à la place «les joies des constructions des courbes de coûts», de l’épargne ou de «la construction du prix d’équilibre», détaille l’association dans son communiqué.

Quant à la sociologie et l’ethnologie (avec entre autres la notion de la famille, dans le programme actuel), elles sont reléguées à la toute fin du programme – étant précisé dans la maquette que l’enseignant devra traiter «au moins les 10 premières questions». «Le ministère a pris soin de nous laisser aucune marge de manœuvre, se désole Sylvain David. J’ai demandé à ce que, dans chaque thème du programme, on ait le choix entre plusieurs entrées… Refus net.»

En lutte depuis des années pour défendre leur discipline dans sa globalité (sciences économiques ET sociales), les profs sont appelés à se mobiliser une nouvelle fois. Dans la rue, samedi prochain, avec l’ensemble des enseignants. L’association entend ensuite présenter un «programme alternatif». Et si, le ministère s’entête, ils lanceront un appel à «la désobéissance citoyenne», appelant les profs à ne pas respecter les programmes.