Idées – Tribune libre – Histoire – Article paru le 12 mars 2010 dans l’Huma

tribunes & idées

La sécurité passe par la lutte pour l’égalité 

Par François Cocq, Secrétaire à l’Éducation du PG et candidat du Front de Gauche dans le Val-de-Marne,

et Francis Daspe, Secrétaire Général de l’Association pour la Gauche Républicaine et Sociale-Prométhée.

Quelles solutions contre la violence à l’école ? 

Les médias se sont fait l’écho récemment d’un brusque accès de violence dans les lycées de la région Île-de-France. Confrontées à cette urgence en pleine campagne des régionales, la droite et la ministre candidate Valérie Pécresse ont tenté d’instrumentaliser les faits. Pourtant, les deux versants symétriques de leur politique, dilatoire et sécuritaire, ne répondent pas à la gravité de la situation. La responsabilité des gouvernements de droite dans la dégradation constatée est accablante.

La convocation pour le mois d’avril d’états généraux portant sur la sécurité dans les établissements scolaires ne vise qu’à gagner du temps, à éluder les questions de fond. Les restrictions budgétaires, dans le cadre de la révision générale des politiques publiques, contribuent à la détérioration de la situation : les 50 000 suppressions de postes d’enseignants ces trois dernières années ne sont que la face émergée de l’iceberg. La stratégie des libéraux pour casser le service public d’éducation : organiser la pénurie pour convaincre de la nécessité d’une contre-réforme favorisant invariablement l’ouverture au secteur marchand. Tout en supprimant des postes d’enseignants, le duo Chatel-Pécresse diminue le nombre de places offertes au concours de recrutement pour le public mais double les postes à pourvoir au Capep (le Capes de l’enseignement privé) pour les épreuves 2010. Édifiant ! Le scrutin régional doit être l’occasion de rappeler, notamment à travers la question de la formation professionnelle et de la fin des subventions facultatives octroyées aux lycées privés, la validité du principe : fonds publics à école publique.

Le salut ne saurait venir de l’empilement des lois sécuritaires substituant policiers ou caméras aux personnels de surveillance : la présence de personnels formés, si elle ne résoudra pas tout, peut contribuer à remédier à quelques-uns des dysfonctionnements. Mais c’est aussi la perception même de l’école qu’il faut faire évoluer si l’on souhaite qu’elle se « résanctuarise de l’intérieur ». Elle doit redevenir un lieu de mixité sociale construisant l’égalité entre élèves. Au lieu de cela, la droite trace la voie à une école à deux vitesses : suppression de la carte scolaire, autonomie institutionnalisant la mise en concurrence des établissements. C’est à l’inverse le double objectif d’émancipation individuelle et collective que l’école doit se fixer. Construction du citoyen et qualifications professionnelles sont les deux faces d’une même libération de l’individu.

Le respect de la sécurité dans les établissements ne peut enfin se concevoir sans un minimum de sérénité garanti aux enseignants. Les attaques répétées contre leurs statuts s’inscrivent bien dans une volonté d’instaurer un mode de gestion managérial visant à faire plier la « forteresse enseignante ». Les tentatives d’abrogation ou de contournement des décrets de 1950 et la loi sur la mobilité des fonctionnaires déjà à l’œuvre dans l’académie de Créteil cherchent à supprimer des postes en réduisant les filières et en changeant les matières enseignées ! L’appel à des personnels précaires comme les vacataires, phénomène renforcé par la réforme dite de « mastérisation » de la formation des enseignants, accentue la tendance. Un enseignant précaire ou fragilisé devient facilement un enseignant en difficulté : les victimes en sont aussi les élèves. Difficile dans ces conditions de parler de sécurité ! D’autant que cette dérive sécuritaire s’accompagne d’un vent mauvais d’atteinte aux libertés, comme en témoigne la criminalisation croissante de l’action syndicale.  Les stigmatisations exprimées par le duo Claude Allègre et Ségolène Royal avaient enclenché chez les enseignants un sentiment d’abandon. Il grandit. Comment pourrait-il en être autrement quand le droit de retrait (qui autorise le salarié à cesser le travail en cas de danger grave et imminent) est assimilé comme au lycée Chérioux à Thiais à un fait de grève, ou quand les enseignants sont, en cas d’incident, abandonnés par leurs autorités hiérarchiques ?

Les réponses gouvernementales ne se situent pas à la hauteur des enjeux. La grève d’aujourd’hui doit être l’occasion de contrecarrer ces dérives, comme le scrutin régional dans deux jours. Ou l’art de relier les messages de la rue et des urnes pour faire face à ces politiques toujours plus inégalitaires.