Pour le pouvoir actuel, la lutte contre les discriminations ne peut donc être elle-même fondée que sur une discrimination minimale de principe : seul un Français d’origine peut en assurer la direction. Il est vrai que ses propres contradictions n’ont pas l’air de l’inquiéter. Le vrai problème n’est toutefois pas dans les incohérences internes à ce pouvoir. Il réside dans son fonctionnement qui est tantôt conforme à la Constitution, tantôt anticonstitutionnel.

Or le propre de notre Constitution, c’est que ses articles sont obligatoires et non pas facultatifs, comme le premier d’entre eux notamment qui dispose que la République « assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion ». En conséquence, l’idée même de choisir ou d’écarter, pour quelque fonction que ce soit, une personne en tenant compte de son origine est anticonstitutionnelle avant même d’être scandaleuse.

Ce n’est pas une question de point de vue ni de jugement, c’est une question de droit, et de droit constitutionnel, donc de principe politique. On a le droit, au sein de la République française, de s’opposer, mais nul n’a le droit de le faire en dehors de la Constitution. La droite au pouvoir s’autorise du droit pour faire une leçon de républicanisme aux Français et aux Françaises de confession musulmane, mais elle n’hésite pas à se situer elle-même en dehors de la République.

Le nouveau mépris de notre République exprimé au sujet de la Halde s’inscrit dans une ligne politique initiée par le président lui-même dès juillet 2007 dans le discours de Dakar, qui pratiquait ouvertement le racisme d’Etat, invitant l’Africain à retenir la leçon de l’Occident, son colonisateur bienveillant lui ayant laissé ce trésor : le goût de la liberté qu’il n’avait plus qu’à cultiver. « L’homme africain », c’était déjà une abstraction raciste n’ayant de réalité que dans le cerveau de celui qui l’imagine.

Le discours de Latran de décembre 2007 piétinait ensuite la laïcité en la redéfinissant, c’est-à-dire en la dissolvant dans une perspective religieuse : « Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur. » Pourquoi le président de la République française éliminait-il de son élan spirituel le rabbin et l’imam ? Parler comme il le fait dans ce discours du « désert spirituel des banlieues », c’est au passage nier l’islam, et c’est une abstraction dangereuse pour notre pacte républicain de toute façon.

Impossible dans ces conditions de traiter de « dérapages » les propos de Gérard Longuet et ceux de Brice Hortefeux sur les Auvergnats. Car c’est laisser croire qu’ils s’écartent de la ligne du pouvoir, alors qu’ils l’épousent au contraire. On ne s’étonnera donc pas si le spectre de l’extrémisme renaît de ses cendres, puisqu’on veille depuis le sommet de l’Etat jusqu’à ses bas-fonds à en entretenir le foyer, que le vent de la crise actuelle n’aura pas de mal à attiser.



Christophe Girard, adjoint au maire de Paris chargé de la culture, et Guillaume Pigeard de Gurbert, professeur de philosophie.