Le projet de loi d’interdiction générale de la burqa a été adopté en conseil des ministres. L’approuvez-vous ?

Si j’étais membre du Parlement français, je voterais la loi. Les droits de la personne humaine interdisent que des traitements dégradants lui soient appliqués quand bien même elle en serait d’accord.

Le Conseil d’Etat a émis des réserves…

Antérieur au Conseil d’Etat, il y a le peuple souverain. Les femmes qui sont accoutrées de cette manière s’agressent elles-mêmes et nous agressent. Elles sous-entendent qu’elles sont des proies pour les hommes qui ne pourraient jeter sur elles que des regards concupiscents. C’est une vision de l’homme qui n’est pas acceptable. Quant à ceux qui veulent avoir une activité de type insurrectionnel sur le plan religieux, ils affronteront la République et le dernier mot restera à la République. Il faut être vigilant sur ces sujets. La France est un pays qui a vécu trois siècles de guerre civile et religieuse.

Sur la réforme des retraites que proposez-vous ?

Que l’on s’en tienne aux 60 ans, que la pension représente 75 % du revenu antérieur et qu’on revienne aux 10 meilleures années d’activité pour la calculer.

Vous parlez de dépenses nouvelles alors que tous cherchent des économies ?

Faire des économies, c’est un point de vue libéral, Moi je suis socialiste, de gauche, et je considère que la retraite est une grande conquête de la vie humaine.

Mais qui finance ?

Il faut se calmer sur les chiffres. Nous avons réussi à convaincre que ce n’était pas la catastrophe et que toute la question serait de partager les richesses. Après, ce n’est qu’une question de tuyauterie. Si l’on taxe les revenus du capital comme on taxe ceux du travail, ça peut rapporter 100 milliards d’euros.

Les attaques contre l’euro vous inquiètent-elles ?

Vous plaisantez ! Chaque fois que l’euro perd 10 % de sa valeur, ça produit 5 points d’exportation supplémentaires, 1 point de production de richesses en plus. Mais je suis heureux de cette dévaluation. Et pendant ce temps, les moulins à prière libéraux continuent leurs petits récits de griot, l’équilibre, les dépenses excessives des Etats…

Il ne faut pas réduire les déficits ?

Il y a une évolution autoritaire des libéraux qui devrait vous crever les yeux. Quand on annonce que les budgets des nations qui, jusqu’à présent sont élaborés par les représentants du peuple, vont être examinés en préalable par la Commission, qu’on va demander à M. Barroso de nous dire combien nous devons dépenser pour notre éducation en France, cela ressemble à une très mauvaise plaisanterie.

Qu’allez-vous faire en 2012 ? Discuter avec le Parti socialiste que vous avez quitté, ou lui tourner le dos ?

Je suis candidat à ce qu’il y ait dans notre pays un gouvernement du Front de gauche, autour du Front de gauche. Pour autant, vais-je me transformer en un sectaire, qui ne voudrait entendre parler que de lui ? Non, je propose d’appliquer la vieille règle qui est qu’au deuxième tour, on se désiste pour celui de gauche qui est le mieux placé. Mais je mets solennellement en garde les socialistes. Il ne faut pas qu’ils croient qu’il leur suffira de sauter autour de la table en disant : « Le vote utile, le vote utile », et de faire peur avec Marine Le Pen, pour qu’aussitôt tout le monde y aille les yeux fermés…

Faites-vous une différence entre Martine Aubry et Dominique Strauss-Kahn ?

Un peu, que j’en fais ! Si j’étais un sectaire, je dirais : « Bravo, envoyez-nous Dominique Strauss-Kahn, ça va nous faire au moins 4 points de plus pour nous. » Mais au deuxième tour, quand il va falloir expliquer à l’autre gauche, qui représente quand même 10 % du corps électoral de ce pays, vous allez voter pour le gars du FMI, qui veut annuler les retraites… Je mets en garde les socialistes : ne faites pas cette erreur parce que vous nous ferez perdre.



Jean-Luc Mélenchon est député européen, président du Parti de gauche.

Propos recueillis par Françoise Fressoz et Thomas Legrand