Editorial par Jean-Paul Piérot dans l’Huma du 30 juillet 2010

Les vannes sont ouvertes. 
La calomnie, l’amalgame, 
le mensonge, les accusations 
à l’emporte-pièce, tout devient possible dès lors que l’on parle des « problèmes » posés par le « comportement » de « certains » Roms 
et autres Tsiganes citoyens français. La parole extrémiste est libérée. À peine Nicolas Sarkozy et une escouade de ministres et de policiers galonnés achevaient-ils leur réunion juste avant les JT de 20 heures mercredi soir 
que le ministre Lellouche affirmait devant les caméras que le drame de Saint-Aignan n’était pas un cas isolé ; 
le lendemain un député UMP en redemandait en matière de répression et soutenait au micro de France Inter que l’errance n’était pas « compatible » avec la manière de vivre en France. Qu’y a-t-il donc au bout de sa pensée ? Une assignation à résidence et l’interdiction de se déplacer ? Le régime de Vichy avait eu cette idée, et avait même créé des camps pour y interner les Gitans récalcitrants. Les principes de la République, forgés par 
la Révolution de 1789, ne reconnaissent que des citoyens, et non des ethnies et autres communautés fondées 
sur la religion ou sur des lectures fantaisistes de l’histoire. À cet héritage, le clan sarkozyen préfère-t-il le modèle berlusconien en cours de l’autre côté des Alpes, où les Roms sont traqués et pourchassés, livrés en pâture aux nostalgiques du fascisme et aux agités de la Padanie ?

Nous voilà avertis. Pour assourdir l’écho 
des affaires de collusion entre le parti présidentiel et les plus grandes fortunes et pour tenter de distraire l’attention des Français du débat sur l’avenir des retraites, Brice Hortefeux va multiplier les opérations policières contre les campements « illégaux » – la feuille de route prévoit l’évacuation de trois cents campements. Toute réaction de colère sera exploitée pour stigmatiser un peu plus les victimes expulsées et tous les Tsiganes de France et d’ailleurs. C’est l’été meurtrier des expulsions vers les Balkans, et des bulldozers contre les familles qui commence. Sur le fond, les mesures annoncées ne constituent pas des nouveautés mais la réunion de l’Élysée est une incitation au harcèlement d’hommes, de femmes, d’enfants suspectés à l’avance de commettre des actes délictueux. Répression et rien d’autre, y compris par anticipation, tel est le message adressé depuis l’Élysée.

Nicolas Sarkozy a pris soin de ne pas accompagner l’arsenal répressif de mesures, fussent-elles cosmétiques, pour donner à l’ensemble 
du dispositif au moins une apparence d’équité. Rien n’est dit par exemple sur la scolarisation des enfants, qui risquent au contraire de voir les portes de l’école se fermer plus hermétiquement encore dans ce climat annoncé de chasse à l’homme. En 2002, un préfet avait été sanctionné pour avoir accusé les gens du voyage 
de « vivre à nos crochets et de la rapine ». Aujourd’hui 
ce genre de propos est à la mode en haut lieu.

Les réactions de la gauche sont au niveau 
de la violence du coup porté aux principes républicains et à la cohésion nationale par ses premiers dirigeants. L’appel lancé par Pierre Laurent au nom du PCF à toutes les organisations de gauche, aux associations et aux syndicats devrait être entendu. 
On ne peut laisser ainsi défigurer la République.

Par Jean-Paul Piérot